CRITIQUE The Circle

The Circle

Critique du Film

A l'heure des réseaux sociaux triomphants, The Circle est un film qui arrive un peu tard. Certes, dans l'histoire de la fiction occidentale, on peut remonter à Kafka puis à George Orwell (Big Brother dans 1984) voire The X-Files (Trust noone) pour l'extension de la paranoïa citoyenne. Il n'empêche que depuis les agissements de la NSA révélés par Edward Snowden (CitizenFour, Snowden), cette angoisse a pris une résonance inimaginable, renforcée par une série comme Person of Interest. Sous prétexte de nous informer et de nous protéger, tout gouvernement ou toute institution nous surveille. The Circle s'inscrit dans cette mouvance et en effectue même la synthèse mais ne parvient pas à innover réellement, en dépit de sa thématique explosive.

On peut regretter que The Circle s'affiche ainsi davantage comme un catalogue d'idées trouvées dans les fictions dystopiques que comme un film véritablement innovateur.

Mae, jeune femme dépourvue de cynisme, est ici engagée par l'entreprise-reine dans le domaine des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, The Circle, sorte de mixte entre un Facebook très intrusif, un Google visionnaire et un Apple encore plus spectaculaire. Progressivement, elle sera prise dans une spirale qui consistera à renoncer de plus en plus à sa vie privée pour l'exposer aux yeux de tous. Dans un premier temps, cela reste relativement gentillet: Mae se voit interrogée par des superviseurs qui, dans une scène assez réussie, la déstabilisent en lui posant des questions très privées. Mais, suite à un souhait de s'investir davantage dans l'entreprise, elle devient le cobaye volontaire de l'expérience de transparence: Mae, filmée 24 h sur 24 h par une caméra miniature, s'expose finalement à montrer tout de sa vie, ce qu'elle voit et ce qu'elle exprime. On bascule alors dans la téléréalité (Loft Story, Secret story), ce qu'exprimait The Truman Show bien avant The Circle. Néanmoins le climax est atteint lorsque Mae, prise d'une inspiration subite, proposera de voter à travers The Circle et de rendre l'inscription au réseau et au vote obligatoire, basculant dans le totalitarisme le plus effrayant. Elle s'en rendra compte mais un peu tard lors d'une démonstration des pouvoirs de l'entreprise pour la recherche de criminels ou d'anonymes (cf. les émissions Perdu de vue ou Témoin numéro 1). Ici encore, on n'est pas très loin de certains films d'anticipation comme Le Prix du danger d'Yves Boisset ou La Mort en direct de Bertrand Tavernier, excepté qu'il ne s'agit quasiment plus aujourd'hui d'anticipation et que ces films avaient donc trente ans d'avance. De l'exhortation du savoir au totalitarisme le plus abject, la frontière est mince, ce qui est exprimé par la maxime de l'entreprise : "savoir, c'est bien ; tout savoir, c'est mieux".

La thématique s'avère donc passionnante mais a déjà été maintes fois explorée depuis un certain temps. On peut regretter que The Circle s'affiche ainsi davantage comme un catalogue d'idées trouvées dans les fictions dystopiques que comme un film véritablement innovateur. La faute en revient donc à un scénario peu imaginatif et surtout à une mise en scène passe-partout, sans jeu de mots. Le seul effet véritablement intéressant, lorsque les commentaires du réseau social recouvrent l'ensemble de l'écran, provient déjà de Chute Libre, l'épisode 1 de la saison 3 de Black Mirror, avec Bryce Dallas Howard. James Ponsoldt qui nous avait charmés avec The Spectacular Now, a manifestement perdu le contrôle de son projet et empile cliché sur cliché. Emma Watson, qu'on adore pourtant en représentante du féminisme ou lorsqu'elle cache des livres dans les capitales du monde, reste peu ou prou Emma Watson et ne manifeste guère d'évolution dramatique par rapport à son rôle culte d'Hermione, ce qui ne va sans inquiéter par rapport à la suite de sa carrière. Des seconds rôles, Karen Gillan, Ellar Coltrane (l'ado de Boyhood) et John Boyega auraient mérité que leurs personnages soient bien plus développés. En fin de compte, seul Tom Hanks, en simili-Steve Jobs, tire réellement son épingle du jeu, en exprimant à la fin en une seule réplique, la situation du spectateur et celle du film: "on l'a dans l'os!". Comme lui, on enrage un peu de voir un tel potentiel narratif inexploité par rapport à un sujet qui nous concerne tous au plus haut degré.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

David Speranski

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