CRITIQUE Baywatch - Alerte à Malibu (Baywatch)

Baywatch - Alerte à Malibu

Critique du Film

Apparue dans les années 90, Alerte à Malibu est encore aujourd'hui la série qui a été la plus vendue dans le monde. Pourtant, alors que Twin Peaks révolutionnait les codes de la série TV, cette série n'a strictement rien apporté, hormis une figure de style récurrente, les courses au ralenti de sauveteuses en maillot rouge, ralenti qui était utilisé pour permettre de remplir la durée des épisodes, sans frais supplémentaires, dixit David Hassellhoff (sic!), le producteur-vedette de la série. Alerte à Malibu représente donc le prototype de la série ringarde pour beauf aux intrigues puériles et sans intérêt, du genre, encore une personne à sauver, entre des intrigues de couple encore moins intéressantes. Autant dire que l'on voyait avec suspicion ce type de projet engendrer une adaptation cinématographique.

Aujourd'hui, qui peut regarder Alerte à Malibu sans honte ou condescendance, vu les progrès ahurissants accomplis dans le monde des séries, à moins d'être resté au stade pré-pubère de Chandler et Joey dans Friends?

On n'avait pas vraiment tort de le penser. Sur le plan idéologique, Alerte à Malibu symbolise le mode de vie californien dans ce qu'il a de plus caricatural, éloge de la gonflette et des starlettes surpoumonées, souvent grâce au silicone. Un culte absolu du matérialisme qui peut faire vomir mais auquel on peut reconnaître malheureusement un succès mondial qui n'est dû ni à la complexité de l'intrigue, ni à la subtilité des dialogues et encore moins à la puissance dramatique de ses comédiens. Cette série représente une sorte de Jardin d'Eden avec cette sexualité envahissante mais a priori innocente, grâce au puritanisme déjà à l'œuvre dans les années 90. Des starlettes en maillot rouge aux préoccupations ne s'élevant pas au-dessus du QI inférieur, courant au ralenti en milieu naturel, que vouloir de mieux pour un (télé)spectateur peu exigeant et surtout fatigué après une journée ou semaine de travail harassant...

Aujourd'hui, qui peut regarder Alerte à Malibu sans honte ou condescendance, vu les progrès ahurissants accomplis dans le monde des séries, à moins d'être resté au stade pré-pubère de Chandler et Joey dans Friends? Au cinéma, c'est encore pire. Sous prétexte de comédie, le spectateur a droit à la parodie de ce qui est déjà immensément parodique. Les scènes plus ou moins graveleuses s'enchaînent, tout en restant très puritaines (pas question de dévoiler le moindre centimètre de peau interdit) : on ne s'attardera pas sur la séquence gênante du sexe du personnage de Ronnie (comme par hasard un petit gros, pour faciliter l'identification avec un spectateur lambda) bloqué dans un transat, après un contact trop rapproché avec la sauveteuse CJ (Kelly Rohrbach qui remplace Pamela Anderson avec des atouts mammaires comparables) ni sur le concours de recrutement qui voit Dwayne Johnson ridiculiser Zac Efron à l'étalage de muscles.  Non, ce qui est plus regrettable, c'est, au cas où on se serait fait des illusions après sa participation remarquée à True Detective, de voir Alexandra Daddario ne pas savoir jouer, balbutiant ses répliques de façon incohérente, en mode pilotage automatique, au point de se retrouver à un niveau inférieur à celui de Kelly Rohrbach. C'est dire à quel point le niveau vole bas...Certes, les plus belles filles du monde ne peuvent donner que ce qu'elles ont, selon le dicton, mais tout de même...     

En bref, Baywatch : Alerte à Malibu n'est ni fait ni à faire. On a connu Seth Gordon bien plus à l'aise dans la comédie (Comment tuer son boss?) mais les seuls moments drôles sont ici involontaires, étant dus soit à la faiblesse de jeu (pauvre Alexandra), soit à l'incroyable nullité de l'intrigue qui accumule invraisemblances et facilités. Le seul effet vraiment drôle survient lorsque le film se moque ouvertement de la course au ralenti de CJ Parker, mais l'on peut se demander si ce running gag dans la série n'est pas plus efficace en étant implicite. Hitchcock avait dit qu'il fallait éviter d'adapter des chefs-d'oeuvre littéraires au cinéma et que des bons films pouvaient parfois naître de romans de gare. Il n'avait certainement pas prévu le cas d'adaptation de séries TV nullissimes. Nous voici devant le fait accompli.

Note : Monumentale Erreur ! Verdict : Monumentale Erreur !

David Speranski

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