CRITIQUE Voyage vers Agartha (Hoshi o ou Kodomo)

Voyage vers Agartha

Critique du Film d'Animation

Quand l'herbe de ce pré est aussi verte, pourquoi sauter la cloture ?

 

Imaginez un monde entre Le Voyage de Chihiro et on pourrait – presque – dire le monde réel. C'est ce que nous offre Makoto Shinkai avant Your Name et avant The Garden of Words, Voyage vers Agartha. Le film est sorti en 2011, produit par le studio CoMix Wave Films, responsable des œuvres de Makoto Shinkai.

Tout commence avec Asuna, une jeune fille solitaire dont le père est décédé et élevée par une mère infirmière rarement présente. Entre l'école et les tâches ménagères, Asuna passe le plus clair de son temps dans son refuge dans la montagne. Vous voyez Le Tombeau des Lucioles ? Vous voyez le tombeau des lucioles dans Le Tombeau des Lucioles ? Voilà, ce genre de refuge. Dans lequel elle y cache ses petits trésors y compris la radio artisanale de son père. Avec laquelle elle recherche des fréquences au hasard. Un jour, elle capte une mélodie étrange mais le signal se coupe rapidement après. Le lendemain, elle retourne dans la montagne et alors qu'elle passe le pont au dessus de la vallée, elle se retrouve face à un « ours ». Comment sauront-ils ce qu'il se sera passé ? Parce qu'apparemment dans l'archipel nippone, quand on habite pas à Tokyo on se retrouve soudain dans l'Ardèche du Japon avec un train toutes les 2h. Ce train providentiel qui interrompt l'attaque de cet « ours ». Enfin, c'est ce que diront les villageois, en vérité il s'agit d'un quetzalcoatl, un gardien d'Agartha dont Asuna sera sauvée par le jeune Shun. C'est ainsi que débute son voyage vers Agartha.

Les œuvres de Makoto Shinkai possèdent plus ou moins toutes le même défaut. Un mauvais rythme qui donne beaucoup de lenteur, et quand l'histoire et l'action avancent le spectateur est lésé. C'est un phénomène très présent dans Voyage vers Agartha. Le film, d'une durée de 115 minutes donne l'impression d'être structuré comme une mini-série de 3 épisodes d'une quarantaine de minutes, voir comme 6 épisodes d'une vingtaine de minutes. Les passages de transition entre chaque élément du schéma narratif se font de manière brutale. Si on poussait la réflexion, on pourrait dire que le spectateur vit le film à travers Asuna, donc ce manque de repère serait compréhensible. Mais pour un film de quasiment 2h il est important de bien gérer ce que l'on donne aux spectateurs et à quel moment. Pour Voyage à Agartha, le pari n'est pas réussi et le format cinéma n'était peut-être pas le mieux adapté.

On reconnait la volonté poétique, caractéristique de Makoto Shinkai mais qui laisse tout de même un goût d'inachevé au spectateur.

Sur le papier, l'histoire est originale et attirante mais dans la pratique, superficielle. Elle repose trop sur les personnages qui ne servent finalement que de moteur à l'histoire sans avoir de place pour exister ou pour donner aux lecteurs les moyens de s'attacher à leurs motivations et surtout leurs sentiments. Hormis le personnage de M. Morizaki dont on comprend bien les motivations car elles sont justement le principal moteur à l'avancement de l'histoire, Voyage vers Agartha donne l'image d'un mauvais équilibre entre histoire et développement des personnages. C'est un défaut fatal dans les films d'animation japonais. Surtout quand on voit des films comme Le Voyage de Chihiro ou Le Château Ambulant qui font ça très bien.

On va revenir quelques lignes plus haut, le mélange entre Chihiro et le monde réel. Makoto Shinkai a créé un monde imaginaire, sous la surface de notre monde, plein de fantaisies et de mythologies, accessible par un passage dans la montagne. Le très court voyage vers Agartha est magique et féérique. Mais la destination fait contraste. Il y a des inégalités entre le potentiel de ce monde et ce qu'on nous montre.

En revanche, comme chaque œuvre du réalisateur et donc des productions de CoMix Wave Films, les graphismes sont magnifiques. Même trop magnifiques, quand on crée un monde imaginaire, on veut le faire ressortir. C'est facile à faire, il suffit de rendre le monde normal terne. Idée qui n'a pas été appliquée ici. Notre monde est chaleureux et verdoyant, c'est le japon donc la lumière est toujours chaude et les couleurs toujours vives, la rivière, la montagne... Cependant, le monde d'Agartha n'est pas plus beau, en tout cas l'accent n'est pas mis dessus. Le design des personnages est simpliste, arrondi, ni mauvais ni époustouflant. Tandis que celui des quetzalcoatls est ingénieux et créatif. Les créatures qui peuplent le monde d'Agartha sont un vrai plus. D'ailleurs, tous les éléments fantastiques du monde d'Agartha sont des qualités pour le film. Quant à la musique, les compositions musicales signées Tenmon sont de qualité sans être emblématiques. Mais le film ne leur laisse pas la possibilité d'être assez mises en avant. Dommage, les musiques sont toujours importantes dans un monde imaginaire.

Voyage vers Agartha est un film qui souffre de nombreuses inégalités aussi bien sur le plan narratif que créatif. Un rythme trop lent et un potentiel sous-exploité sont les principaux défauts qui donnent un film pas aussi bon qu'il aurait pu être. Le plus important c'est le voyage, pas la destination. Un concept qui aurait du être appliqué à Voyage vers Agartha car c'est la fin qui lui donne toute son importance, là où l'aventure ne sert que de faire valoir. Un Makoto Shinkai ici, bien plus à l'aise avec des formats plus courts et pas encore celui qui sera l'auteur de Your Name.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Jérémy DEROZIER

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