CRITIQUE : K.O.


K.O.

Critique du Film

On peut dire que quand il s’y met, Laurent Lafitte de la Comédie Française sait sortir le grand jeu. Acteur humoriste, grand amateur de comédies, c’est dans les thrillers et autres drames intenses qu’il prouve ses capacités d’acting. Il l’avait prouvé il y a quelques temps dans Tristesse Club ou plus récemment dans Elle de Verhoeven, malheureusement des films restés soit discrets, soit peu adulés du grand public. Son passage chez Fabrice Gobert, réalisateur des Revenants, ne devrait pas passer inaperçu. Sa capacité à se mouvoir dans un rôle dramatique avec autant d’aisance que dans un rôle comique allié aux talents de mise en scène du réalisateur, devrait suffire à attiser la curiosité.

K.O. raconte l’histoire d’Antoine Leconte, un homme de pouvoir arrogant et dominateur tant sur le plan personnel que professionnel. A force de mépriser les gens qui l’entourent et de les considérer comme des moins que rien, il finit par être confronté à une agression qui le plonge dans le coma. Son réveil est dur mais il constate rapidement que rien n’est comme avant. Ses relations ont changé, son statut social et l’empire qu’il semblait avoir bâti se sont subitement écroulés et le voilà de nouveau en bas de l’échelle.

Un montage malin et bien pensé parsemé d'indices et d'événements à la manière des flashforwards pour noyer le spectateur dans une hésitation continuelle.

Fabrice Gobert sait y faire avec les histoires à twist, peut-on le considérer comme notre M. Night Shyamalan ou notre David Fincher ? Toujours est-il que K.O. fait partie de ces histoires mystérieuses régies par le suspense et le questionnement. L’intrigue ne trouvant d’explication qu’à son ultime terme et basant l’intégralité de son mystère sur une simple idée, un simple événement. En sortant de son coma, Antoine Leconte est confronté à des réactions laissant présager qu’il ne vit pas totalement la même vie qu’au début. C’est là que le montage est malin et bien pensé. Le spectateur se retrouve en continuelle hésitation entre le rêve/cauchemar, la perte de mémoire, le complot, jusqu’à ce qu’on apaise son esprit quand il commence à penser à un monde parallèle. Tout au long du récit, une multitude de réactions de la part des personnages renverront des informations précises au spectateur. Tel événement est lié à cette précédente scène quand telle réplique est l’opposée parfaite d’un événement précédent. Une multitude d’indices se chevauchent, liant ce qui ne peut être lié. Des personnages antipathiques deviennent sympathiques, d’autres changent diamétralement de mentalité, de quoi faire perdre la tête autant qu’à Antoine Leconte. Durant tout le film, on n'aura de cesse de se demander dans quelle temporalité se situe le personnage à l’instant T. Et chaque scène nous poussera à conclure une chose plutôt qu’une autre mais la réponse ne vient jamais. C’est pourtant une histoire très maligne qui nécessite certainement plusieurs visionnages afin d’en percevoir tous les indices. Qui avait prédit la fin de Fight Club ? Et pourtant lorsqu’on le regarde une seconde fois, il devient limpide comme de l’eau de roche. Il ne fait aucun doute que K.O. parsème son histoire d’indices et autres pistes de lecture des événements. Simplement les références aux 2 temporalités (s’il n’y en a bien que deux) s’imbriquent et s’entremêlent de manière si fréquente qu’il apparaît compliqué pour le spectateur de remettre de l’ordre en même temps qu’il découvre le film.

Si l’on pense effectivement à une intelligence d’écriture digne de The Game ou Sixième Sens, il n’en est malheureusement pas encore à ce stade de qualité. Le fait est qu’il subsiste cette petite pointe éternelle d’ésotérisme. Un classique des films français qui vendent plus difficilement la mèche que leurs confrères américains. En effet ces derniers avouent clairement leurs intentions à la fin, tantôt un scénario grandiloquent et mystérieux s’avère d’un pragmatisme à couper le souffle, tantôt cela relève complètement d’un fantastique assumé. Ici ce n’est ni l’un ni l’autre. Nous sommes face à un scénario bien terre-à-terre, ancré dans le réel, mais une fois que ce réel perd de sa légitimité pour chatouiller l’irréel et le fantastique, le mystère est conservé et jamais vraiment expliqué. La conséquence directe relève d’abord d’une frustration, le spectateur ne saura jamais vraiment quelle est la réponse à ce suspense s’il ne cherche pas de lui-même à approfondir les indices du film ou si on lui donne la réponse, un peu comme l’avait fait Nolan avec Inception malgré son nombre important d’indices. Mais la seconde conséquence relève du doute, ce doute systématique de savoir si l’on n’a pas compris parce que déceler les informations cachées est un exercice qui requiert beaucoup d’attention ou si simplement le scénariste ne savait pas comment conclure son histoire car en fin de compte il n’a rien à dire. Difficile de croire à la deuxième option venant du réalisateur des Revenants, mais il faut admettre que le questionnement est tellement présent que le doute subsiste.

Une fin qui reste mystérieuse comme si elle ne voulait pas avouer ses failles de dernière minute ou comme si les scénaristes cherchaient à maintenir le spectateur dans un état d'incompréhension.

L’autre point se situe dans les intentions. Dans la plupart des films à twist, la place du héros est certes chamboulée, mais elle est surtout inversée à la fin. La situation pour le personnage principal est censée lui faire changer d’attitude ou de caractère d’un extrême à l’autre entre le point de départ de l’histoire et son achèvement. Ici, encore une fantaisie française, ce n’est pas le cas. Est-ce un souci de réalisme idéologique que de laisser le héros en proie à lui-même et de faire comprendre que même des événements aussi intenses ne sont pas capables de changer quelqu’un comme d’un simple claquement de doigts ou est-ce une volonté de laisser le temps à la prise de conscience de se faire ?

Quoi qu’il en soit, Fabrice Gobert signe une très belle performance avec un film soigné et maîtrisé qui laisse de nombreux questionnements en suspens. Qu’ils soient des pétards mouillés ou de vraies futures révélations importe peu à partir du moment où le film pousse le spectateur à la réflexion. Au début nous mettions en avant Laurent Lafitte, mais le jeu d’acteur général est particulièrement bon et convaincant. K.O. trouvera son public sans aucun doute et mérite le déplacement, ne serait-ce que pour le côté thriller peu abordé dans le cinéma français.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film K.O.
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Suspens - Drame
Version Cinéma Durée 115 '
Sortie 21/06/2017 Reprise -
Réalisateur Fabrice Gobert Compositeur Jean-Benoît Dunckel
Casting Laurent Lafitte - Chiara Mastroianni - Pio Marmai
Synopsis Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée. Au terme d’une journée particulière oppressante, il est plongé dans le coma. À son réveil, plus rien n’est comme avant : Rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ?… Il est K.O.

Par Aymeric DUGENIE