CRITIQUE Nos Patriotes

Nos Patriotes

Critique du Film

Il y a beaucoup de genres cinématographiques qui suivent une mode et envahissent le grand écran pendant une très longue période. Les films de super-héros en sont un très bon exemple actuellement. Les spectateurs en viennent rapidement à être désabusés de voir autant de productions sur ces mêmes sujets. De son côté, le cinéma aime bien s’inspirer de l’Histoire pour en créer de nouvelles. Les guerres, les attentats, les événements d’actualité, les révolution industrielles et technologiques, les grands hommes et femmes qui ont changé le monde. Et pourtant, s’il semble bien y avoir une période qui charme le cinéma depuis que l’événement s’est produit mais qui ne semble agacer ni spectateurs ni scénaristes, c’est bien la seconde Guerre Mondiale. Personne ne semble s’en lasser et pourtant le cinéma largement épuisé et essoré le sujet si bien qu’il semble ne plus rien avoir à en tirer. Hitler, les poilus, les tirailleurs, le débarquement, les résistants, les collabos, des histoires dramatiques, des comédies parodiques jusqu’au film anachronique de Tarantino, tout y est passé.

Vous l’aurez donc compris, Nos Patriotes est un film qui traite une fois de plus des événements historiques de la seconde Guerre Mondiale. On y suit Addi Ba, un jeune tirailleur sénégalais qui a réussi à s’échapper d’un camp de prisonnier dans les Vosges. Par chance, il obtient de l’aide des villageois qui se sentent solidaires et prêt à accueillir tout soutien à la résistance. Sa soif de vengeance et de résistance l’entraîne à fonder une communauté de résistants dans la région et d’agir en opposition aux ennemis.

Nos Patriotes n’offre que peu de nouveautés ou d’originalité, pour la simple et bonne raison que ces sujets n’ont pas la place pour cela.

De prime abord, Nos Patriotes n’offre que peu de nouveautés ou d’originalité, pour la simple et bonne raison que ces sujets n’ont pas la place pour cela au cinéma. Alors comment se fait-il que les films traitant de ce sujet continuent d’attiser une certaine curiosité alors que d’autres genres exténuent littéralement le public ? Même s’il en sort de manière régulière, les sorties restent relativement espacées dans le temps et ne créent pas d’overdose cinématographique pour le spectateur. Moins que d’autres genres filmiques en totale surproduction en quelques années. De plus, il s’agit d’une période de l’Histoire, comme son nom l’indique, impliquant un grand nombre d’intervenant et dont les événements ont été absolument multiples et éparpillé à travers le monde donc. C’est comme ça que quelques vagues de nouveauté, comme Les Oubliés, qui traitent d’événements précis peu ou pas connus et peu ou pas traités au cinéma, peuvent encore alimenter une certaine curiosité. Le dernier point se situe dans l’impact de ces films. Soit ce sont des films discrets, comme le sera certainement Nos Patriotes, malgré la présence d’Alexandra Lamy qui multiplie les rôles intéressants ces temps-ci. Soit ils sont mis en scène par d’immenses réalisateurs comme Spielberg pour Il faut sauver le soldat Ryan, Tarantino pour Inglorious Basterds ou encore prochainement Nolan pour Dunkerque. La résultante de ce point réside dans le fait qu’on ne va soit pas voir le film car on n’en entend pas parler, soit que l’on va voir « un film de » plutôt qu’ « un film sur ».

Revenons sur notre production française pour étudier ce qu’elle a d’intéressant à nous offrir. On s’aperçoit que Nos Patriotes a conscience du constat fait précédemment. En mettant en scène un tirailleur sénégalais comme héros du point de vue de la résistance dans un contexte dramatique et non guerrier, on se rend compte que le réalisateur, Gabriel Le Bomin, souhaite rendre son film le plus exhaustif possible. Beaucoup trop de thématiques sont abordées pour n’être que survolées sans réel approfondissement. Le racisme, l’entraide, la trahison, la méfiance (très fort à l’époque à cause de la collaboration), la stratégie, le sacrifice, bref tout ce qui investissait les hommes à cette époque et dans ce contexte est, lors d’une scène, d’une phrase, d’un acte ou même d’un regard, abordé. On voit la résistance sous un œil légèrement différent et moins souvent évoqué, ce qui permet de conserver une forme d’intérêt pour le long métrage qui montre qu’il n’a pas été fait en se reposant sur le travail de ses ainés. Il cherche à apporter une forme d’innovation sans forcément y parvenir. Par ailleurs, le panel important de thèmes et d’intentions proposées dans l’histoire tend à rendre le propos intéressant à suivre malgré son classicisme scénaristique (un prisonnier de guerre qui s’évade et trouve refuge chez des citoyens pour rejoindre ou créer son propre groupe de résistants). Les éléments intéressant se trouvent donc dans la quête initiale du héros, dans son statut de tirailleur, dans la stratégie des résistants à agir et dans le caractère et le statut social de certains personnages qui permettent la création de relations légèrement inhabituelles.

Trop d’incohérences ou de manque d’explication rendent des passages parfaitement incompréhensibles voire aberrants pour un film historique.

En contrepartie Nos Patriotes souffre d’énormément de failles, qu’elles soient scénaristiques ou de mise en scène. Trop d’incohérences ou de manque d’explication rendent des passages parfaitement incompréhensibles voire aberrants pour un film historique. Un tirailleur sénégalais recherché par les nazis dans un petit village au point que ces derniers fouillent la maison dans laquelle il était encore quelques minutes auparavant pour le voir la scène suivante déambuler dans les rues comme si de rien était paraît assez improbable. Un sénégalais qui se balade dans un village des Vosges recherché par les allemands, il ne doit pas y en avoir beaucoup alors le voir se promener comme s’il faisait sa balade champêtre laisse légèrement dubitatif. Dans le même genre, la scène de dénouement tombe un peu rapidement et manque de crédibilité. L’enfant que la scène implique passe pour complètement fou ou horriblement malveillant alors que ce n’est simplement qu’un personnage qui n’a pas été développé du tout. Bref, les scènes improbables qui manquent de profondeur et de rigueur d’écriture sont légion malheureusement, comme si de nombreux passages avaient été raccourcis par restriction de durée. Cela touche essentiellement la deuxième moitié du film. Tout le premier acte est correct et développe les personnages de manière suffisamment complète pour s’intéresser à eux. Mais lorsque les enjeux prennent de l’ampleur, l’objectif du protagoniste principal change et se détourne de choix premier. Cela correspond à la manière dont les événements évoluent et dont les informations lui parviennent, mais sa nouvelle quête, ses nouveaux enjeux, ses nouveaux objectifs ne s’imbriquent pas dans ce qui a déjà été fait et apparaissent comme totalement fouilli. L’inexpérience de front d’Addi Ba joue sur le côté incertain et hésitant de ses choix, malheureusement cela jure avec le reste du film et donne la sensation de bâclage.

On trouvera réconfort dans la qualité d’acteur de Marc Zinga, Alexandra Lamy et Pierre Deladonchamps. Marc Zinga prouve un grand talent de jeu quand Alexandra Lamy démontre qu’elle est largement capable de faire des étincelles si elle le souhaite. Le petit bémol incombe à Louane Emera. Il y a une chose intéressante à tirer de son personnage et de l’actualité du film, c’est une femme forte qui ne se laisse pas faire. Aujourd’hui l’ère est aux femmes, il faut toutes qu’elles s’exemptent du patriarcat et qu’elles revendiquent leur féminisme. Une bonne chose dans la lutte pour l’égalité des sexes mais qui apparaît comme totalement à côté de la plaque dans un contexte comme celui-ci. Une jeune fille qui balancent des chaises et des tables et qui est prête à se la jouer cow-boy viril du far west en 1940… Mille excuses à la gente féminine, mais c’est intemproel, inadapté à une telle production et parfaitement mal amené. Par ailleurs, si Alexandra Lamy offre de réelle capacité de d’actrice et impose sa place sur l’affiche, Louane peine encore à démontrer qu’elle n’est pas présente pour une autre raison que sa popularité.

En fin de compte il s’agit d’un film qui trouvera son public car la volonté de raconter est bien présente. Mais la qualité intrinsèque du long métrage n’est pas aussi présente. Les acteurs, pour certains, se chargent d’élever la qualité générale du film malgré ses défauts notoires, mais cela ne permet pas à cette production de se démarquer durablement et significativement de ses compère ayant traité de la même période malheureusement. En sommes Nos Patriotes est une histoire qui divertit et offre une vision légèrement inattendue mais qui n’impacte pas le spectateur comme le sujet pourrait le laisser présager.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Aymeric DUGENIE

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