CRITIQUE : Wonder Woman


Wonder Woman

Critique du Film

On attendait avec intérêt cette première production "féministe" de l'univers DC Comics. Mettant en scène une super-héroine après les désastreux précédents d'Elektra et de Catwoman, Wonder Woman permettait de nourrir les espoirs les plus fous en ces temps de vogue du féminisme.  Pour la première fois, une femme réalisatrice se trouvait même aux commandes d'un film de super-héros. Patty Jenkins s'était déjà illustrée par Monster, un film social mettant en vedette un duo d'actrices, Christina Ricci et Charlize Theron, de manière relativement lourde. Malheureusement, du féminisme, le film n'en possède véritablement que les intentions.

Le féminisme ne sera jamais une excuse pour sauver un film très quelconque, d'autant plus que la morale de l'histoire repose sur la phrase la plus creuse jamais écrite dans un blockbuster: "seul l'amour sauvera le monde".

De Wonder Woman, nous n'avions que le souvenir confus d'une série kitchissime avec la sculpturale Lynda Carter, à voir surtout au second degré, avec sa métamorphose en tournant sur soi et son lasso magique. La nouvelle Wonder Woman était apparue brièvement lors de Batman Vs Superman et était alors considérée avec bienveillance, apportant un peu de séduction et de répit au cours d'un film assez inégal. Gal Gadot y incarnait déjà Diana Prince et les limites de son jeu y étaient nettement moins apparentes qu'ici, où il se résume en tout à deux expressions (le sourire et le froncement de sourcils). Le premier tiers du film parvient à faire illusion en retraçant la genèse de Wonder Woman. Malheureusement dès la première scène d'action, les effets spéciaux et les ralentis malencontreux imposent leur laideur manifeste. Même la fameuse scène du No man's land où Diana Prince se métamorphose la première fois en Wonder Woman n'impressionne guère, tant le déni de réalité y est prégnant. On ne croit pas plus à ce personnage repoussant les balles ennemies qu'en un jeu vidéo dont le film reproduit à l'envi les figures de style et les procédures fatiguées. Le cinéma ne consiste pas seulement en un son et lumière, il s'agit de mettre en interaction des personnages dont le sort est susceptible de nous émouvoir.

Or le film évacue le seul personnage véritablement intéressant, le Docteur Maru, défigurée et  recouverte d'un masque intrigant, interprété par Elena Anaya tout droit sortie de La Piel que habito de Pedro Almodovar. Pour le reste, Chris Pine livre une prestation honnête en Brad Pitt de deuxième choix, tandis que Said Taghamaoui, après La Haine, s'est brillamment reconverti en second rôle comique dans les blockbusters hollywoodiens. En fait, dans une direction artistique très brouillonne, où Patty Jenkins, contrairement à Zach Snyder, ne brille pas par les scènes d'action, surnage une seule idée de cinéma: la reprise d'une scène silencieuse d'adieux qui, devenant parlante, se révèle tragique. C'est bien le seul véritable moment émouvant du film.

Car le twist du film n'en est pas réellement un puisque tous les spectateurs s'en doutaient plus ou moins. L'indulgence incroyable dont bénéficie ce film provient de deux choses: 1) Les trois précédents films tirés de l'univers DC se sont tous révélés des échecs ou pour le moins des œuvres inégales. A moins de couler cette franchise, Wonder Woman se révélait un peu le blockbuster de la dernière chance. 2) Vu la rareté des œuvres de promotion féministe ainsi que les échecs d'Elektra et de Catwoman, il était important, voire très politiquement correct de vanter les mérites de Wonder Woman. Or le féminisme ne sera jamais une excuse pour sauver un film très quelconque, d'autant plus que la morale de l'histoire repose sur la phrase la plus creuse jamais écrite dans un blockbuster: "seul l'amour sauvera le monde". En effet, le personnage féminin ne bénéficie pas d'une autonomie minimum mais doit sans cesse se référer aux agissements de son compagnon pour exister. On s'aperçoit ainsi que le féminisme affiché n'était que de pacotille lorsque Wonder Woman doit dépendre du sacrifice de son amoureux pour vouloir enfin sauver l'humanité.

 

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Informations

Détails du Film Wonder Woman
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Aventure - Fantastique
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 07/06/2017 Reprise -
Réalisateur Patty Jenkins Compositeur
Casting Connie Nielsen - Chris Pine - David Thewlis - Elena Anaya - Danny Huston - Robin Wright - Gal Gadot - Lisa Loven Kongsli
Synopsis Avant d'être Wonder Woman, elle s'appelait Diana, princesse des Amazones, entraînée pour être une guerrière impossible à conquérir. Elle est élevée sur une île isolée et paradisiaque, mais lorsqu'un pilote américain s'écrase sur leur rivage et annonce qu'un conflit à grande échelle fait rage dans le monde, Diana quitte son foyer, convaincue qu'elle doit arrêter cette menace. Combattant aux côtés de cet homme et des siens pour mettre fin à cette guerre et à toutes les guerres, Diana découvre ses vrais pouvoirs... Et son véritable destin.

Par David Speranski