CRITIQUE Comment j'ai rencontré mon père

Comment j'ai rencontré mon père

Critique du Film

Par chance, Comment j’ai rencontré mon père sort après les élections présidentielles. Car à n’en pas douter, c’eut été un film qui aurait fait grincer des dents madame Le Pen. Désormais les immigrés sont plus tranquilles et le sujet de ce film passera avec plus de souplesse. Autant se l’avouer d’entrée de jeu, il s’agit d’une comédie sans prétention qui n’offre ni plus ni moins que le divertissement qu’un tel sujet est capable d’offrir. Le charisme et l’aura de François-Xavier Demaison jouant grandement à l’attrait que l’on peut porter au film.

L’histoire est basé sur une situation si simple et improbable qu’elle en devient cocasse. Ava et Eliot constituent une dynamique petite famille avec leur fils adoptif, Enguerrand. Ce dernier est de couleur noire quand ses 2 parents sont blancs. L’enfant voit bien que la couleur de la peau ne correspond pas, quand son père assume si peu le fait d’être un père adoptif qu’il bassine son fils avec ses origines africaines. Ava essaie tant bien que mal de maintenir la famille en équilibre, mais c’est sans compter sur son beau-père, André, un personnage bien déjanté qui se charge d’ajouter la pagaille qu’il manquait dans cette famille. Un soir, alors qu’Enguerrand se baladait seul sur la plage à côté de leur maison, il rencontre un homme noir, grand et imposant. Pour l’enfant il s’agit sans l’ombre d’un doute de son père qu’il décide d’héberger dans sa chambre à l’insu de ses parents. C’est le lendemain que l’on apprend qu’il s’agit en fait d’un immigré africain qui cherche à rejoindre son frère en Angleterre. S’ensuit alors une série de péripéties et de rebondissements emportant nos protagonistes dans une fuite à la justice interminable.

Un parti pris bien osé basé sur l’ouverture d’esprit sur la situation et l’humanité de son prochain, notamment lié ici à l'immigration.

Là où Comment j’ai rencontré mon père se démarque d’un grand nombre de comédies actuelles, se trouve dans le schéma même de l’orientation de l’histoire. Le réalisateur, Maxime Motte, prend un parti bien osé, celui de l’ouverture d’esprit sur la situation et l’humanité de son prochain. Alors que la question de l’immigration est un problème au cœur des sujets de notre société, il n’est pas question de savoir ici si l’on est pour, contre, connaître leurs origines ou quoique ce soit d’autre. On impose le spectateur à une situation claire : c’est un homme qui cherche de l’aide, et nous allons l’aider. Alors qu’on le voit débrayé et sale, qu’il s’est introduit au sein de cette famille sans leur autorisation (et ne parlant pas français de surcroît), la manière dont il est accepté et protégé, et la non représentation d’une forme de rejet à son égard permet de l’intégrer à l’histoire en éludant totalement l’apriori sur le personnage pour le spectateur. Les circonstances de son apparition jouent évidemment sur le ressenti de chacun et notamment les agissements des protagonistes, mais le film aborde toujours le positif de la situation, une autre manière de voir les choses et surtout une autre manière de penser les sujet sociaux dans la comédie. Si son statut d’immigré est avéré, on le perçoit avant tout comme un homme qui souhaite retrouver un membre de sa famille.

L’autre atout de cette comédie est l’humour parfois très tranché. Le personnage d’André, joué par Albert Delpy, est une exagération outrancière d’un personnage atypique. Vieux, bedonnant, il est un dealer avéré de produits en tous genre et la complicité presque fraternelle qu’il lie avec Enguerrand, le pousse à un statut d’irresponsable notoire. Il est une caricature à lui seul de l’humour barge jusque dans sa propre mort dû à l’acte sexuel. On sent de son côté que l’acteur FXD est dans son élément. Ce genre d’humour à peu médiocre, très bon enfant mais toujours suffisamment naturel pour toucher là où il faut lui colle à la peau et lui correspond diablement bien. On repensera à Tellement Proche où il faisait déjà équipe avec Isabelle Carré et qui était une comédie dont on regretterait presque déjà l’époque. Dans sa globalité en revanche, l’humour ne se démarque pas tant que ça des autres comédies de la génération actuelle dont l’humour parfois toujours aussi peu subtil mais plus jeune (notamment au travers d’une nouvelle génération d’acteurs) s'avère rafraîchissant. Exception faite du vieux qui tient une place hors norme et offre un lien fraternel avec l’enfant, une relation à la fois attendrissante, désopilante, inattendue et légèrement intrigante.

En finalité Comment j’ai rencontré mon père est un divertissement sans prétention mais très intéressant dans sa manière d’aborder son message. De manière brute et sans détour avec un certain positivisme. Les acteurs se chargent quant à eux de s’attacher aux personnages et de suivre l’histoire. Sans aucun doute un divertissement familiale de qualité, certainement pas aussi impactant que ne purent l’être Bienvenue chez les Ch’tis ou Intouchables, mais qui ne décevront pas les amateurs de comédie sans prétention.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Aymeric DUGENIE

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