CRITIQUE Conspiracy (Unlocked)

Conspiracy

Critique du Film

Jusqu’à preuve du contraire, c’est le cinéma qui s’inspire de la réalité et non l’inverse. Quelques fois, des films se prétendant d’anticipation s’avèrent, à terme, être vrais. Mais en ces temps de trouble, où la menace terroriste frappe de plus en plus, on finirait presque par croire que la réalité et le cinéma avancent de concert. Même si le cinéma peut donner des idées de temps à autre, les faits divers ne s’en inspirent que rarement. Le hasard avait déjà mal fait les choses lors de la sortie de Bastille Day, qui parlait d’attentats terroriste dans Paris le 14 juillet, en ne se trompant que de lieu. Mais voilà que le malheur frappe une seconde fois lorsqu’un attentat frappe Manchester peu avant la sortie de Conspiracy qui parle de terrorisme en Angleterre. La coïncidence devient si improbable qu’elle en ferait sortir de l’ombre les complotistes indécis. Et pourtant, sans vouloir jouer les experts en actualité ou grand penseur de la société, ce genre d’événement ne fera que continuer à se multiplier impliquant de nouveau ce genre de coïncidence.

Pour résumer, Conspiracy est un film d’espionnage – infiltration où l’on suit Alice Racine, une ex-agent de la CIA, rappelée pour une mission d’interrogation afin de déjouer une attaque terroriste à Londres. Cette mission la rapprochera de son ancien mentor et la mettra en relation avec l’organisation anglaise équivalente de la CIA. C’est au fur et à mesure qu’elle commence à récupérer des informations sur la complexité des enjeux qui se montent face à elle qu’elle s’apercevant que tous ses alliés ne sont pas aussi innocents et amicaux qu’ils n’y paraissent. Son parcours et sa mission sont semés d’embuches, de trahisons et de retournements de situations qui rendent sa tâche bien compliquée.

Un jeu d'acteur de qualité, et notamment avec un rôle principal féminin qui offre une légère diversité à ce genre filmique.

La première chose appréciable de ce long métrage est d’être accompagné durant toute la séance de l’excellente Noomi Rapace dans le rôle principal. Une actrice à la carrière déjà enviable, qui sait en général faire de bons choix dans ses projets cinématographiques. Le casting est particulièrement alléchant avec deux ainés parmi les plus grands, à savoir Michael Douglas et John Malkovich, tous deux aussi plaisant à voir l’un que l’autre, quelque soit le film. Ou encore Toni Collette qui, malgré une notoriété relative, parvient très souvent à tirer son épingle du jeu. Et dans une moindre mesure, ce cher Orlando Bloom qui s’infiltre tel un véritable agent de la CIA dans des projets auxquels on ne s’attend pas. Depuis les deux trilogies Pirates des Caraïbes et Le Seigneur des Anneaux, il est vrai que cet acteur a su se détacher du grand spectacle et du devant de la scène. Bien que toujours rattaché à ces licences, on se plaît à le voir dans des films moins populaires et plus intimistes malgré sa tête d’affiche pour un temps d’apparition moins important que sa collègue. Mais revenons-en à notre actrice principale. Si les films d’infiltration/espionnage/action ont souvent pour héros un homme du fait du caractère violent du dit personnage, Conspiracy parvient à proposer une histoire pertinente avec le point de vue d’une femme. Ce n’est pas spécialement novateur mais cela reste bienvenu dans la mesure où il se différencie légèrement des histoires avec leurs homologues masculins. Prenons exemple du film Atomic Blonde qui sortira durant l’été : Charlize Theron semble y tenir un rôle bien barré et déjanté, pourtant les scènes d’action et les chorégraphies semblent, au vu de la bande annonce, n’être qu’un pâle copier/coller des innombrables scènes de ce genre, mais avec une femme. Du coup, quel est l’intérêt de mettre une femme en protagoniste principale si c’est pour proposer exactement la même chose qu’avec un homme. Quel est l’intérêt de voir Charlize Theron mettre 15 mandales à la seconde en 1 contre 10 si je peux voir Jason Statham ou Tom Cruise le faire à sa place ? Le réalisateur Michael Apted parvient donc à modeler l’histoire à son personnage le rendant peut-être plus faible à l’écran, mais surtout plus réaliste et plus intéressant a suivre. Ici, tous les acteurs s’en sortent très bien, y compris les moins connus comme Akshay Kumar ou Tosin Cole, qui bien qu’avec des rôles secondaires, offrent une grande qualité de jeu et participent à la profondeur scénaristique du film.

Ce n’est pas tant le genre du film qui permet de rehausser l’importance d’une actrice (et vice versa) que la manière dont les scènes sont tournées. L’une des scènes les plus intelligemment écrites et retranscrites à l’écran se situe durant la première partie, lors de l’interrogatoire. Beaucoup d’enjeux se passent à l’insu du spectateur qu’il comprend en même temps que notre protagoniste. Cette scène débouche sur une scène d’action et de course poursuite relativement bien maîtrisées sans pour autant en renouveler la fonction et la teneur. Ce qui est intéressant, c’est le procédé et la tension impliqués, Alice Racine ne répond pas à la violence pour répondre par la violence, elle analyse la situation et prend de véritables risques. C’est comme cela qu’un genre peut survivre au temps et aux acteurs, en ne succombant pas à la facilité systématique et en cherchant différentes échappatoires, notamment au travers même de la sensibilité et des capacités physiques de ses personnages, à un problème donné. Beaucoup de films l’ont déjà proposé, mais ici les scènes d’actions ne sont pas ultra brutales et parfois même non létales. Cela peut paraître idiot, mais l’impact directe produit et son sous-texte sont assez important. C’est malheureusement rapidement trahit par le final de Conspiracy, avec l’arrivée dans l’histoire de ce cher Orlando Bloom entre autre. Mais cela permet au personnage de Noomi Rapace de bénéficier d’une plus grande sensibilité et d’une meilleure importance psychologique.

Le scénario de Conspiracy démontre malheureusement que le film d'espionnage est un genre qui s'essoufle en mettant en scène les éternels événements et retournements de situation.

Mais tout ceci ne fait malheureusement pas tout dans un film. En l’occurrence, les films d’infiltration/espionnage/action sont un genre en totale chute libre. Quelques thrillers intenses se démarquent de temps à autre, mais ce n’est souvent pas la même catégorie. En réalité, les histoires n’ont quasiment aucune différence à chaque fois. Il s’agit toujours d’une agence qui vient mettre des bâtons dans les roues de l’autre, de protagonistes qui agissent en solitaire, d’un allié imprévu (auquel on ne s’attend pas toujours), d’une trahison (ou plusieurs), de sacrifices, la cibles ou le prisonnier qui meurt etc. Le schéma narratif est identique à tous les autres, en réalité il n’y a finalement que peu de surprises. Avec le nombre de faction ou de camps qui s’opposent couplé à une multitude de personnages pour les représenter, le spectateur en vient vite à être perdu et à se désintéresser de l’histoire en elle-même. Conspiracy a un aspect extrêmement fouilli et bordélique qui n’est pas sans rappeler la complexité de ce genre d’enjeu. La seule chose qui peut changer d’une histoire à l’autre sont les motivations et la nature des méchants, mais les événements et les actes eux, ne sont pas ou peu modifiés. Si bien que même les séries policières ont fini par adopter les mêmes schémas. Elles ont désormais largement épuisé ce filon (comme d’autres). Éventuellement, les événements réels relancent un temps ce genre de film, notamment les attentats du 11 Septembre qui ont été une véritable source d’inspiration pour une longue génération de scénaristes, mais même là, à force de voir et revoir les terroristes à la télévision dans les médias, on finit par se lasser de les voir toujours et encore sur grand écran. D’autant que plus on en parle, plus ils en jouissent, mais ça, ce n’est pas le problème du critique de cinéma. Sauf que voilà, paradoxalement à son manque de renouvellement, l’histoire et la société se charge d’impacter directement le cinéma. Aussi vrai que certains ont crié à la manigance lorsque le film Mandela sortait peu de temps après sa mort, ce genre d’événement amène une énorme vague de curiosité pour le film et peut jouer en faveur de celui-ci. Contrairement à ce que pensent les producteurs et distributeurs, Bastille Day, qui a été retiré des salles, a joui d’une immense curiosité et a beaucoup fait parler de lui. L’autre raison pour laquelle ces films perdent en intérêt et en intensité à chaque nouvelle sortie se trouve dans le format même de ceux-ci. Fut une époque où nous pouvions facilement accepter certaines libertés, certaines grandiloquence dans les actes et les événements. Aujourd’hui, avec la vitesse de propagation de l’information ou tout ce que permet plus largement internet, des complots à grande échelle comme ceux montrés dans ce genre de films, paraissent plus difficile à croire. Certes la corruption est présente, mais la manière dont tout ceci reste secret dans les films et la façon dont on peut abattre froidement un élément indésirable rend la chose plus fantaisiste que réaliste ce qui colle difficilement au côté infiltration/espionnage. Et alors que la modernisation de la société et de la politique devrait pousser les gens à se détourner de tels films, la vie et ses événements en décident autrement.

La finalité est que Conspiracy est un film dont le genre perd en crédibilité à chaque nouvel opus. Quelques bonnes intentions ne suffisent malheureusement pas à rendre toutes ses lettres de noblesses à ce dernier. Une bonne maîtrise de la mise en scène ne suffit plus, même si le jeu d'acteur est excellent. Peut-être quelques cinéastes très talentueux parviendront à proposer quelque chose de neuf, voire de totalement différent. En attendant ces perles rares, nous nous contenterons de cette sucrerie mature intéressante et partiellement rafraîchissante, grâce au personnage de Noomi Rapace, mais loin d’être pleinement convaincante sur le fond et la forme.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Aymeric DUGENIE

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