CRITIQUE You were never really here

You were never really here

Critique du Film

Lynne Eamsay a quasiment toujours fait des films différents: sur un pré-ado (Ratcatcher), sur une jeune femme de 21 ans (Morven Callar), sur la relation mère-fils avec un ado surdoué (We talk about Kevin). Tous différents mais magnifiques ou au moins intéressants avec un seul point commun, des êtres perturbés jusqu'au plus profond de leur âme. Elle ne déroge pas à cette règle avec son quatrième film, You were never really here, adapté d'un roman de Jonathan Ames, présentant un Joaquin Phoenix immense et anthologique de toute sa carrière en un seul film.

D'une certaine manière, You were never really here est une sorte de variation sur Taxi Driver, tout comme Drive l'était du Solitaire et des autres films de Michael Mann.

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence...

Lue rapidement, l'intrigue ressemble un peu à celle de Taxi Driver et il existe en effet plus que des similitudes entre le film de Scorsese et celui de Lynne Ramsay. You were never really here peut être considéré comme une étude de la solitude masculine. Comme Travis Bickle, Joe est un ancien vétéran qui a du mal à s'insérer dans la société. Il vit encore avec sa mère, avec qui il fantasme parfois un remake de Psychose. Homme de main, il est chargé de sauver des jeunes filles embourbées dans des réseaux de prostitution, comme Travis décidait de sauver Iris (Jodie Foster). D'une certaine manière, You were never really here est une sorte de variation sur Taxi Driver, tout comme Drive l'était du Solitaire et des autres films de Michael Mann.

Néanmoins, ce qui différencie le film de Lynne Ramsay de celui de Scorsese, c'est le passé du personnage qui lui revient par bribes, flashes, inserts rapides. On y perçoit le vécu d'un enfant martyrisé qui a depuis pris le parti de défendre les enfants ou adolescents qui risquaient de l'être. Car la mise en scène de Lynne Ramsay, par un montage éblouissant, nous plonge dans l'inconscient de Joe, véritable cimetière de pulsions suicidaires et de souvenirs mortifères. Quelques séquences resteront dans les mémoires: celle de l'intrusion dans l'appartement, l'arrachage d'une dent, l'enterrement par la noyade, le retour dans la maison...A la fois très belles et terriblement sanglantes, elles démontrent la maîtrise de l'art de la mise en scène chez Lynne Ramsay. Scénaristiquement, on peut cependant regretter la faiblesse du lien affectif entre Nina et Joe, ce qui justifie assez mal la débauche d'efforts qu'il consent pour aller à son secours.

Mais le film, en dépit de toute la plus grande mise en scène du monde, ne serait peut-être rien sans Joaquin Phoenix. Ours mal léché, ogre immense, il ne cesse d'édifier à chaque film sa propre légende. Pathétique et vulnérable, suicidaire et dépressif, il est absolument bouleversant à chaque plan. Quand il lance, découragé et pitoyable "où peut-on aller? ", c'est toute l'humanité qui s'exprime en son nom.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

David Speranski

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