CRITIQUE L'Amant double

L'Amant double

Critique du Film

Etant donné son nom, on a toujours pensé qu'Ozon rimait avec transgression et provocation. Or son meilleur registre n'est pas celui-ci, il s'agit plutôt de la finesse et de la sensibilité, cf. Sous le sable, Frantz ou Angel. Lorsqu'il s'essaie à la provocation, il se heurte très vite aux limites de sa représentation et ne parvient pas à dépasser ses devanciers qui vont souvent beaucoup plus loin que lui, comme Fassbinder, Almodovar ou ici Cronenberg. L'Amant double, sous prétexte d'une adaptation d'un roman de Joyce Carol Oates, est ainsi une variation française du cinéma de David Cronenberg, moins brillante, moins nécessaire, moins indispensable.

L'Amant double, pâtissant de sa facture trop classique, est bien trop lisse pour engendrer des émotions que les acteurs ne ressentent pas à la place de leurs personnages.

Le synopsis évoque un drame érotique intrigant: Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

Le pot-aux-roses est vite levé par l'énoncé du titre, extrêmement transparent, ainsi que par celui du roman de Joyce Carol Oates, The Live twins. Par conséquent, le twist du film n'en est plus vraiment un. Sans aller jusqu'à critiquer l'œuvre de Joyce Carol Oates qui fait partie de nos écrivains préférés, il est possible de détailler le traitement qui en est fait dans le film de François Ozon.

Tout d'abord une partie du casting se révèle être absolument catastrophique: Marine Vacht, dans un rôle censé susciter le trouble, ne dégage pas une once de sensualité, ce qui s'avère plutôt dommageable pour une atmosphère qui se voudrait érotique. Déjà dans Jeune et jolie, elle faisait mentir les promesses du titre. Aux prises avec un double rôle, Jérémie Rénier ne parvient pas à délimiter les contours de ses personnages, sinon de manière très grossière. Reconnaissons qu'arriver après la maestria subtile de Jeremy Irons dans Faux Semblants n'aide pas forcément tout acteur qui s'essaie à la difficile tâche d'incarner des jumeaux.

Ensuite, le scénario, pourtant prometteur, s'enlise dans l'illustration la plus totale de la mise en scène. Ozon, comme il le fait parfois, rend une copie propre de bon élève où presque rien ne dépasse mais où il échoue à susciter le grand frisson que son film réclame. A un seul moment, le film surprend dans un éclat gore digne de la séquence d'accouchement de Prometheus mais il est déjà malheureusement trop tard pour le spectateur...En résumé, L'Amant double, pâtissant de sa facture trop classique, est bien trop lisse pour engendrer des émotions que les acteurs ne ressentent pas à la place de leurs personnages.  

Note : Maladroit sur de nombreux points. Verdict : Maladroit sur de nombreux points.

David Speranski

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