CRITIQUE : Une femme douce (A gentle creature)


Une femme douce

Critique du Film

Une femme douce de Sergei Loznitsa s'annonçait comme une libre adaptation de la nouvelle de Fiodor Dostoïevski et par ricochet du film éponyme de Robert Bresson. Malgré quelques similitudes de surface, il n'en est rien, contrairement à ce qu'ont pu écrire certaines revues approximatives et on le démontrera plus avant. Au lieu des tourments existentiels d'une jeune femme dépressive et suicidaire, le spectateur se retrouvera embarqué dans un long voyage et un grand combat face à l'iniquité de l'administration russe. Donc la grande surprise consiste à se retrouver face à un brûlot politique alors qu'on espérait une plongée dans les profondeurs insondables de l'âme russe.

Pour se rendre compte que Une femme douce de Loznitsa n'a guère de choses à voir avec Une femme douce de Bresson (ou la nouvelle de Dostoïevski), il suffisait pourtant de comparer les synopsis. Pour Bresson : "une jeune femme vient de se suicider. Près du corps, sous le regard de la vieille servante, le mari s’interroge et revit leur passé. Jeune fille pauvre, elle venait souvent dans sa boutique de prêteur sur gages. Il l'a aimée, a insisté pour l’épouser. Très vite, blessée par sa froideur et sa jalousie, elle s’est enfermée dans le silence…". Pour Loznitsa : "un jour, une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré. Inquiète et profondément désemparée, elle décide de se rendre à la prison, dans une région reculée de Russie, afin d’obtenir des informations". En résumé, il n'existe aucun point commun entre les deux histoires excepté le fait qu'elles concernent toutes les deux une femme russe, ce qui paraît bien mince...Une femme douce version Loznitsa peut davantage se définir comme une parabole politico-administrative, quasiment kafkaienne. S'il faut rechercher une version cinématographique contemporaine d'Une femme douce, elle serait plus à trouver du côté de The Shade de Raphael Nadjari.

La grande surprise d'Une femme douce consiste à se retrouver face à un brûlot politique alors qu'on espérait une plongée dans les profondeurs insondables de l'âme russe.

Pour ce qui est de la mise en scène, Loznitsa, même s'il professe une admiration totale pour Bresson, se retrouve davantage dans les somptuosités stylistiques d'un Tarkovski que dans la sécheresse et l'âpreté du maître français. La mise en scène affiche en effet un côté ostentatoire assez impressionnant mais elle se trouve en fait au service d'une démonstration politique certes juste mais finalement assez pesante. Quelques notes d'humour parsèment pourtant cette longue traversée de la Russie: le passage devant une prison où un détenu dit ses quatre vérités à la pauvre épouse, l'audience interminable qui se conclut par un édit autorisant enfin la femme douce à se rendre auprès de son mari.

On se dit alors que le film commence enfin, surtout après une séquence cauchemardesque de viol collectif, mais il n'en sera rien car après un twist final assez consternant, il sera temps de clore cette histoire qui n'aura jamais réellement commencé. 

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails du Film Une femme douce (A gentle creature)
Origine Russie Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 143 '
Sortie 25/05/2017 Reprise -
Réalisateur Sergei Loznitsa Compositeur
Casting
Synopsis Un jour, une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré. Inquiète et profondément désemparée, elle décide de se rendre à la prison, dans une région reculée de Russie, afin d’obtenir des informations. Ainsi commence l’histoire d'un voyage semé d’humiliations et de violence, l’histoire d'une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.

Par David Speranski