CRITIQUE Les Proies (The Beguiled)

Les Proies

Critique du Film

De façon surprenante, Sofia Coppola, qui n'avait jamais signé auparavant que des scénarios originaux, revient à Cannes avec ce remake des Proies de Don Siegel. Avec un casting en or, son film présente une apparence de best-of qui a parfois été fatale à certains (Haneke) puisqu'on y retrouve son actrice fétiche Kirsten Dunst, déjà présente dans Virgin Suicides et Marie-Antoinette, ainsi qu'Elle Fanning, la fée Zébulon de Somewhere. N'empêche, la véritable question est ce que Sofia Coppola a bien pu apporter de plus aux Proies de Don Siegel qui était déjà un très bon film sorti en 1970.

Les Proies de Don Siegel, que nous avons vu, -il suffit pour cela de s'intéresser d'assez près à la carrière phénoménale de Clint Eastwood- est déjà un film culte. Mais sa résonance n'était pas la même à l'époque qu'aujourd'hui. En 1970, il s'agissait surtout de renouveler l'image de Clint Eastwood et de révéler la dimension profondément masochiste du personnage, alors qu'il était à l'époque le stéréotype du mâle triomphant.

Les Proies version Coppola, ce n'est plus seulement la castration de l'élément masculin comme chez Siegel, c'est le triomphe absolu des femmes, c'est l'exclusion de l'élément masculin hétérogène qui vient troubler la tranquillité parfaite du gynécée. C'est dans son œuvre le passage de la féminité au féminisme.

Si l'on se penche sur le film de Sofia Coppola, en soi, il est absolument remarquable: distribution parfaite, mise en scène au cordeau, photographie sublime ménageant les clairs-obscurs et les palettes de couleurs mordorées. Le problème se pose surtout quand on le compare à son prédécesseur. En premier lieu, au générique de fin, apparaît que Sofia Coppola a écrit le scénario de ce film, ce qui n'est pas entièrement faux mais le fait qu'il s'agisse d'un remake aurait mérité d'être précisé. Hormis quelques détails, - Siegel n'insiste pas autant sur le personnage de Kidman faisant la toilette du soldat blessé, le viol du personnage de Dunst n'est pas aussi évident et le plan de fin est différent- la version Coppola est assez proche de la reprise plan par plan. Excepté quelques changements de cadrage, cela ressemble à l'opération de Gus Van Sant effectuée sur Psycho, faire une nouvelle version à partir du découpage originel.

Par rapport à toute son œuvre, on retrouve l'univers presque exclusivement féminin qui compose les films de Sofia Coppola. L'énorme différence par rapport au film originel de Siegel, c'est que le point de vue s'est inversé: alors que le point de vue de la version Siegel reposait sur Clint Eastwood, starisation et priorité du personnage masculin obligent, ici prédominent les points de vue féminins, dont celui effrayant de la mante religieuse incarnée par Nicole Kidman qui, soit dit en passant, continue son Festival de Cannes de manière exceptionnelle. C'est elle, la Reine du 70ème Festival de Cannes avec quatre participations au compteur (Les Proies, Mise à mort du cerf sacré, Top of the Lake Saison 2 et How to talk to girls at parties) qui la mettent en piste pour un prix d'interprétation féminine qui ne serait que justice.

Les Proies version Coppola, ce n'est plus seulement la castration de l'élément masculin comme chez Siegel, c'est le triomphe absolu des femmes, c'est l'exclusion de l'élément masculin hétérogène qui vient troubler la tranquillité parfaite du gynécée. C'est dans son œuvre le passage de la féminité au féminisme. Cela apparaît d'autant plus frappant que les protagonistes féminines des films de Sofia Coppola étaient auparavant des victimes, des suicidées de la société, des captives involontaires. Cette fois-ci, les femmes demeurent dans leur prison mais de manière totalement volontaire, en ayant reconnu l'inanité du désir masculin. Une version intéressante, esthétiquement remarquable, à défaut d'être narrativement passionnante.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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