CRITIQUE Rodin

Rodin

Critique du Film

Jacques Doillon est un peu un revenant. Surtout connu pour des films hyperdialogués (La Vengeance d'une femme),  parfois au parfum d'hystérie (La Pirate), on ne l'attendait pas sur ce projet de biopic qui tombe à pic l'année du centenaire de la mort d'Auguste Rodin. Jacques Doillon remplit la commande tout en la détournant, en centrant son film sur Rodin travaillant et créant et en évacuant presque toute notion biographique n'ayant pas d'incidence sur la création. Parti pris intéressant qui débouche malheureusement sur un film étrangement atone et sans saveur.  

Doillon, en réalisant Mes séances de lutte, un film époustouflant sur l'affrontement sensuel et sexuel entre deux anciens amants, avec Sara Forestier et James Thiérrée, a peut-être déjà tourné sa vision de l'œuvre de Rodin, de la sculpture de corps en mouvement, déployant une puissance érotique désarmante.

A la décharge de Doillon, il faut avouer que filmer la création représente sans doute l'exercice cinématographique le plus difficile. Pour la profession similaire de peintre, Rivette s'en était plutôt bien tiré avec La Belle Noiseuse. Pour sa part, Doillon a choisi de centrer son film sur le travail de sculpteur. Or le travail de sculpteur n'est souvent guère passionnant en soi alors que son résultat l'est la plupart du temps. De plus, le fait d'écarter tout élément biographique qui n'interfère pas avec la création fait que le triangle amoureux Rodin-Camille Claudel-Rose Beuret est à peine exploité. Le casting -parfait en l'occurrence- n'est pourtant pas en cause, mais bien plutôt la succession de scènes peu signifiantes et dramatiques. Par rapport à une sculpture aussi érotique, le film déçoit aussi par son manque de potentiel sensuel, comme si la puissance physique du personnage ne se traduisait qu'en création et non en dépense sexuelle.   

On retiendra de Rodin une image, celle hallucinante de Rodin faisant poser une femme nue enceinte pour son Balzac, intuition géniale du fait que Balzac était littéralement "enceint" de ses personnages. Pour le reste, les séances se succèdent et se ressemblent dans un étrange no man's land. A force de vouloir échapper à l'académisme, Rodin y plonge les pieds joints. Il faut sans doute souligner que Doillon, en réalisant Mes séances de lutte, un film époustouflant sur l'affrontement sensuel et sexuel entre deux anciens amants, avec Sara Forestier et James Thiérrée, a peut-être déjà tourné sa vision de l'œuvre de Rodin, de la sculpture de corps en mouvement, déployant une puissance érotique désarmante. 

Note : Maladroit sur de nombreux points. Verdict : Maladroit sur de nombreux points.

David Speranski

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