CRITIQUE Jeune femme

Jeune femme

Critique du Film

Encore un nouveau film d'une jeune femme issue de la section scénario de la FEMIS...Tout d'un coup, une question existentielle nous tourmente: que font les garçons admis dans la section scénario de la FEMIS? Une autre également: que font les garçons et les filles issus de la section REALISATION de la FEMIS? Ne réalisent-ils jamais? Car il est possible d'énumérer les découvertes de la section scénario de la FEMIS (toutes des filles, sans exception): Céline Sciamma, Léa Fehner, Rebecca Zlotowski, Katell Quillévéré, Julia Ducournau...et donc cette année Léonor Serraille et Léa Mysius. En revanche, il est quasiment impossible de citer une révélation garçon ou fille de la section réalisation. Le mystère de cette discrimination active reste entier.

La jeune femme d'aujourd'hui, c'est elle, Laetitia Dosch : elle va sans doute en devenir l'emblème grâce à ce film générationnel.

Cela n'a pas grand'chose à voir avec Jeune femme de Léonor Serraille, qu'il est tentant de critiquer en faisant une analyse comparée avec Ava de Léa Mysius. D'un côté, un film a priori sans prétention, fait à l'arrache ; de l'autre un film qui essaie déjà d'installer son auteur. Toujours du même côté, un sujet actuel, contemporain, tragi-comique (comment se débrouiller à Paris quand on est une jeune femme qui n'a pas un sou en poche); de l'autre, des préoccupations déjà vues et revues, traitées sans humour, sur l'émoi sensuel des jeunes filles; enfin, d'un côté, une actrice formidable qui explose dans un grand premier rôle (Laetitia Dosch, vue et remarquée surtout dans les films moyens ou longs de Justine Triet) ; de l'autre, une ado boudeuse dans son tout premier rôle. Il est un peu inutile de dire de quel côté penche le cinéma.

Car Jeune femme est un premier film épatant, formidable qui, tout en étant modeste sans sa forme, dit beaucoup sur la désespérance des jeunes femmes d'aujourd'hui, capables d'enchaîner un job d'hôtesse d'accueil dans un magasin et des travaux de baby-sitter dans une famille bourgeoise (dont l'épouse a conscience de son aliénation, cf. "je ne l'aimais pas beaucoup mais j'aimais son appartement"), pour pouvoir juste survivre à Paris.

En dépit de son sujet presque social, Jeune femme manifeste surtout beaucoup d'humour, comme une sorte de politesse du désespoir, comme par exemple dans la séquence qui va devenir culte de l'entretien d'embauche ou des tentatives de la baby-sitter pour amuser l'enfant surdouée dont elle a la garde.

Le film bénéficie surtout d'une comédienne exceptionnelle, Laetitia Dosch qui fait preuve d'un abattage et d'une énergie fantastiques. N'hésitant pas à ne pas paraître à son avantage, Laetitia Dosch fait plus qu'incarner cette Jeune femme, elle lui donne vie, elle fait exploser toutes les coutures de la réalité, aussi à l'aise pour faire le clown avec ses mimiques irrésistibles que crédible lorsqu'elle échappe de peu à des tentatives plus ou moins sournoises de viol. La jeune femme d'aujourd'hui, c'est elle, Laetitia Dosch : elle va sans doute en devenir l'emblème grâce à ce film générationnel.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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