CRITIQUE : Vers la lumière (Hikari)


Vers la lumière

Critique du Film

Cela fait quelques années qu'on suit, en tout bien tout honneur, la cinéaste Naomi Kawase. On adore sa sensibilité poétique à fleur de peau, son humanisme bienveillant, son attention précieuse aux êtres et aux choses : Naomi Kawase est une belle personne dans tous les sens du terme. On avait fondé de beaux espoirs sur la présence de Vers la lumière à Cannes et son synopsis mélodramatique à souhait, a priori susceptible de faire pleurer Margot à chaudes larmes. Malheureusement il semble que la belle Naomi ait eu la main un peu trop lourde cette fois-ci.

Reprenons donc ce fameux synopsis: Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie.  Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit. 

On aurait aimé aimer, voire adorer, Vers la lumière mais ce développement mélodramatique est bien trop attendu et prévisible pour nous arracher des larmes. Naomi Kawase confond ici mélodrame et roman-photo, sentimentalisme et sensiblerie, illumination et cliché.

La thématique paraissait belle, une rencontre entre deux marginaux qui possèdent chacun ce que l'autre n'a pas, ce qui va les amener à se compléter. En effet, Nakamori, le photographe, va progressivement perdre la vue (en passant, la description de son cheminement rend complètement caduque le traitement du personnage d'Ava, devenant aveugle) et va devoir se reposer sur les épaules frêles de la tendre Misako, spécialiste de l'audiodescription. On aurait aimé aimer, voire adorer, Vers la lumière mais ce développement mélodramatique est bien trop attendu et prévisible pour nous arracher des larmes. Naomi Kawase confond ici mélodrame et roman-photo, sentimentalisme et sensiblerie, illumination et cliché. On n'a pas envie d'être cynique avec Naomi Kawase qui ne possède pas en elle une seule once de cynisme. Il s'agit quand même de la seule cinéaste capable de dire en interview " J’ai légué mon âme au cinéma et l’âme de ces acteurs est gravée dans ce film. J’aimerais léguer ce film pour tous les amoureux du cinéma de ce monde.", sans que cela donne un seul instant envie de rire car il est évident qu'elle le pense à 100% au premier degré. C'est la raison pour laquelle dans le générique de fin de son film, figure ce plan sur des spectateurs aveugles sous le charme d'une projection de cinéma. Néanmoins, cette pente larmoyante existait déjà en germe dans son cinéma mais on préférait l'ignorer car elle était contenue par une inscription précise dans la nature et le contexte de ses personnages. Rien de tout cela dans Vers la lumière où ses personnages semblent incarner avant tout des postulats théoriques sans chair ni âme. Plusieurs fois revient dans le film cette phrase « Rien n’est plus beau que ce qu’on a sous les yeux et qui s’apprête à disparaître », qui est malheureusement à l'évidence très creuse. On se prend alors à regretter Still the water ou La Forêt de Mogari qui représentent les sommets de sa filmographie à ce jour.

Avec ces films, Naomi Kawase aurait sans doute bien davantage mérité la Palme d'or qu'avec son dernier film. Depuis quelques années, elle est ainsi pressentie à chaque participation comme la seule cinéaste capable de succéder à Jane Campion comme cinéaste femme remportant la Palme d'or, rompant l'exclusivité de la Néo-Zélandaise. Souvent les meilleurs cinéastes sont récompensés pour leurs moins bons films. Néanmoins ce serait une très belle victoire que celle de Naomi Kawase, même si on n'est pas tombé cette fois-ci sous le charme de son nouveau film. Remporter la Palme d'or, c'est la pire chose qu'on puisse lui souhaiter. 

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Informations

Détails du Film Vers la lumière (Hikari)
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 101 '
Sortie 20/09/2017 Reprise -
Réalisateur Naomi Kawase Compositeur
Casting
Synopsis Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie.  Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Par David Speranski