CRITIQUE : Dora Ou Les Névroses Sexuelles De Nos Parents (Dora oder die sexuellen Neurosen unserer Eltern)


Dora Ou Les Névroses Sexuelles De Nos Parents

Critique du Film

Adapté de la pièce de théâtre Les Névroses Sexuelles de Nos Parents de Lukas Bärfuss, Dora est remarqué à la Berlinale, mais a surtout remporté quelques prix prestigieux : Le Grand Prix du jury au Festival International du film de Femmes de Créteil ainsi que le Prix d’Interprétation pour Victoria Schulz.
Au Festival du film de Bruxelles, Dora a remporté le Prix Cineuropa et le prix de la Meilleure Photo. Dora ou les Névroses Sexuelles de nos Parents n'est pas un long-métrage qui laisse indifférent. On peut être pris de fascination par tant de risques à vouloir raconter cette histoire, mais aussi de colère face à un film basculant dans la noirceur la plus glauque dans sa dernière partie. Une ambivalence complexe envoyant le spectateur au milieu d'une compréhension et d'une répugnance envers les faits et les choix de ses parents face à leur jeune fille handicapée.

Dora est une jeune handicapée mentale de dix-huit ans, qui commence à s’épanouir, alors que sa mère décide de ne plus lui administrer de médicaments. Mais quand Dora découvre sa sexualité, sa lutte pour son indépendance devient de plus en plus risquée. Au grand dam de sa mère, Dora a une relation sexuelle spontanée avec un homme ambigu, évidemment épris de cette sensualité décomplexée.  Comme cette rencontre se mue en liaison secrète, les parents de Dora se battent pour protéger leur enfant vulnérable... Rude, crue, organique, Dora s’inscrit dans une réalité sans filtre.

Dora ou les Névroses Sexuelles de nos Parents n'est pas un long-métrage qui laisse indifférent. On peut être pris de fascination par tant de risques à vouloir raconter cette histoire, mais aussi de colère face à un film basculant dans la noirceur la plus glauque dans sa dernière partie.

Là est l'obscurité d'un film faisant passer le spectateur par toutes les étapes émotionnelles possibles. L'empathie envers des parents proches de leur fille, lui laissant assez de liberté pour son épanouissement, puis la douleur de les voir ne pas réussir à avoir un nouvel enfant, puis la répulsion de voir cette gentille Dora se faire violer sans véritable compréhension de l'acte dans les toilettes du Métro. Suite à ce fait, elle prend la mesure de son corps et de ses envies. Le viol comme déclencheur des désirs d'une jeune handicapée à l'égard d'un inconnu pervers qui va se jouer d'elle. Insolent, l'homme défie les parents tout en s'accrochant de façon malsaine à cette jeune fille.

Dora est comme une enfant dans un corps de femme s'accaparant le sexe et les désirs de son corps comme d'un jouet. Elle souhaite ce que ses camarades possèdent, le lien et le rapprochement des corps (la séquence dans le parc). Elle ne contrôle rien, s'enroule librement dans le déchaînement de ses pulsions sexuelles pendant qu'à l'autre bout, ses parents lâchent prise.
Après un premier avortement, Dora retombe enceinte déclenchant l'incompréhension de sa mère et sa jalousie. Son père reste proche de sa fille tout en s'éloignant de sa famille. Les réactions sont disproportionnées, voire incompréhensibles. Comment une mère peut-elle se rendre jalouse de sa fille handicapée enceinte ? Où est son soutien, sa force de tenir sa fille au plus près d'elle ? Le film se concentre volontairement sur une seule face pour s'accommoder facilement par ce choc provoqué par le film. Voir cette jeune handicapée aux prises avec cet homme pervers l'ayant violé puis couchant avec elle dans une chambre d'hôtel. Voir cette mère de famille détruire la chambre de sa fille parce qu'elle est enceinte à sa place.

Le long-métrage de Stina Werenfels manque d'un réel discernement, mais surtout ne propose aucun réel salut au spectateur. On n'attend pas d'un film la répulsion et le débat d'une main levée. On ne peut faire un tel film sans la proposition d'une pédagogie, d'un contre-point apaisant les névroses que le film souhaite soulever. On ne veut pas un film idéaliste, mais on ne souhaite pas la polémique non plus. La pièce avait fait grand bruit à l'époque en Suisse, et le film cherche à capter cela en allant un peu plus loin. Cette fois, Dora aura bien un enfant, toute seule dans son coin... Le film se conclut par ce qu'il cherchait au fond, créer l'indignation, avoir eu l'insolence de quelques séquences brusques, faciles et inutiles. Sans filtre, Dora est un long-métrage compliqué dans la compréhension du portrait des parents, du suivi des handicapés en Suisse. On a eu assez de tourments exposés de cette manière au cinéma pour se dire que l'essai ne le méritait pas vraiment. Le film n'en avait pas besoin pour réellement exister, et si le souhait est d'agir comme une vision féministe, alors il est loupé.

Non pas que Dora soit un film raté. Il est un film qui s'est fourvoyé dans sa dépendance à vouloir heurter pour essayer de capter une aura autour de lui. Malheureusement, on n’est pas venu pour cela. On lui préférera Pourvu qu'on m'aime de Carlo Zoratti sorti cette même année, petit chef-d'oeuvre de compréhension et de pédagogie. Un film chaleureux apportant des réponses tout en créant une chaleur humaine bienveillante. Tout le contraire de Dora ou les Névroses Sexuelles de nos Parents.

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Informations

Détails du Film Dora Ou Les Névroses Sexuelles De Nos Parents (Dora oder die sexuellen Neurosen unserer Eltern)
Origine Suisse Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 92 '
Sortie 07/06/2017 Reprise -
Réalisateur Stina Werenfels Compositeur Peter Scherer
Casting Lars Eidinger - Victoria Schulz - Jenny Schily - Urs Jucker - Inga Busch
Synopsis Alors que sa mère décide de ne plus lui administrer de médicaments, Dora, jeune handicapée mentale de dix-huit ans, commence à s’épanouir. Mais quand Dora découvre sa sexualité, sa lutte pour son indépendance devient de plus en plus risquée. Au grand dam de sa mère, Dora a une relation sexuelle spontanée avec un homme ambigu, évidemment épris de cette sensualité décomplexée. Comme cette rencontre se mue en liaison secrète, les parents de Dora se battent pour protéger leur enfant vulnérable... Rude, cru, organique, Dora s’inscrit dans une réalité sans ltre. Aux antipodes du reportage sociologique, le lm s’appuie sur le jeu exceptionnel des comédiens.

Par Mathieu Le Berre