CRITIQUE L'Atelier

L'Atelier

Critique du Film

C'était il y a presque dix ans...Laurent Cantet remportait la Palme d'or pour Entre les murs où il était question d'avenir de la jeunesse, d'engagement social et éducatif. Depuis il n'était pas revenu à Cannes et n'avait pas véritablement capitalisé sur son statut rare et enviable de cinéaste français palmé. Cinq ans de silence puis une adaptation réussie de Joyce Carol Oates (Foxfire) et des retrouvailles d'amis à la Havane (Retour à Ithaque). Laurent Cantet dispose d'un statut un peu indéfinissable et erratique dans le cinéma français: ni réellement attendu ni vraiment hors course.

Avec L'Atelier, Laurent Cantet revient aux sources, sur les bases de ce qui a constitué son plus grand succès, l'intérêt pour la jeunesse, l'engagement social et éducatif, voire presque militant. Comme dans Entre les murs, il reprend la même méthode faite de canevas scénaristique assez souple et d'improvisation avec des comédiens amateurs, méthode si transparente et peu directive en apparence qu'un des membres du jury de Sean Penn avait déclaré qu'ils avaient récompensé "un film sans metteur en scène". Constatation un peu injuste mais pas totalement dénuée de fondement.

Avec L'Atelier, Laurent Cantet revient aux sources, sur les bases de ce qui a constitué son plus grand succès, l'intérêt pour la jeunesse, l'engagement social et éducatif, voire presque militant.

Comme dans la classe de 4ème d'Entre les murs, Laurent Cantet confronte dans L'Atelier un adulte (François Bégaudeau ou Marina Fois) porteur de savoir avec des jeunes qui ne disposeront pas forcément d'un avenir. A partir d'une multiplicité de caractères, le cœur du film va progressivement se focaliser sur le jeune le plus hors cadre, Souleymane qui va passer en conseil de discipline dans Entre les murs ou Antoine dans L'Atelier.  

Mais dix ans ont passé : le cas social le plus problématique, ce n'est plus le jeune immigré en rupture de ban scolaire, c'est désormais le jeune déboussolé tenté par le Front National et ses idées de haine et d'exclusion, perdu entre ses jeux vidéo guerriers et ses visionnages sans fin sur Internet. A travers Antoine, Cantet dresse un portrait effrayant car crédible et peu caricatural de cette jeunesse (on sait qu'une bonne partie de la jeunesse actuelle, en votant pour la première fois, a choisi le Front National) dont le déclassement social et culturel fait le lit de l'extrême-droite.

On reconnaît là la patte scénaristique de Robin Campillo (en passe de s'affranchir de l'ombre de son grand frère artistique, Laurent Cantet, depuis 120 battements par minute): ne pas forcément surprendre, contrairement à ce que font 90% des scénaristes, mais partir des clichés pour les approfondir et leur donner une réelle densité humaine. On peut tout de même regretter des baisses de rythme assez fréquentes dans l'histoire et le caractère unique de la seule véritable péripétie de l'histoire, c'est-à-dire quand le jeune Antoine va s'en prendre directement, voire physiquement à Olivia, la romancière reconnue. Entre l'écrivaine bobo et le jeune déclassé, trop de choses les opposent alors qu'en même temps une fascination réciproque naît. Néanmoins ce rapprochement paraît beaucoup trop attendu pour surprendre totalement. On retiendra surtout ces images nocturnes, presque oniriques de ce jeune (étonnant Matthieu Lucci, d'une authenticité à faire peur), qui, pour vider sa tête polluée par Internet, se rapprochera de la sérénité et de la paix silencieuse de la nature. 

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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