CRITIQUE Mise à mort du Cerf sacré (The Killing of a sacred deer)

Mise à mort du Cerf sacré

Critique du Film

Beaucoup misaient sur Yorgos Lanthimos pour réveiller la compétition cannoise et s'imposer au plus haut niveau avec The Killing of a sacred deer (Mise à mort du cerf sacré). Sa progression était exponentielle depuis Canines primé à Un Certain Regard jusqu'à The Lobster, Prix du Jury. Le casting de The Killing of a sacred deer était alléchant (Farrell, Kidman), la thématique intrigante, une vague histoire de sacrifice humain. Pourtant ce ne sera pas avec ce film que Lanthimos pourra réellement s'affirmer comme le renouveau du cinéma international. Ses détracteurs affirmeront sans doute que l'imposture a été révélée mais il n'est pas nécessaire de présager de l'avenir.

The Lobster avait énormément séduit par son ton humoristique plongé dans un univers dystopique. Dans The Killing..., le style est au contraire pesant et lourd, voulant donner à l'intrigue des allures de tragédie (le sacrifice d'Iphigénie y est cité). En résumé, Steven, un brillant chirurgien, prend sous son aile un adolescent Martin. Ce dernier s'immisce progressivement au sein de sa famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu'à conduire Steven à un impensable sacrifice.

En abandonnant l'humour, Lanthimos n'a gagné que la pesanteur stylistique, sans même accéder à une dimension tragique qu'il ambitionnait d'arborer, en vain. 

L'intrigue évoque de loin un Théorème contemporain mais Lanthimos ne possède pas le sens du sacré de Pasolini pour pouvoir mettre en scène une quelconque transgression. Plus avant, dans l'histoire, on apprendra que Martin avait une raison particulière pour bouleverser l'organisation de la cellule familiale de Steven, ce qui fait déboucher The Killing...sur une banale histoire de vengeance. Pour une mort survenue dans sa famille, plus ou moins par la faute de Steven, Martin réclamera une mort équivalente dans celle de Steven. Cet échange de "bons" procédés se réfère bien davantage à un téléfilm de seconde zone sur TF1 qu'à un mythe sacré. Malheureusement l'utilisation du Stabat Mater n'y change absolument rien. On reconnaîtra une certaine filiation entre Lanthimos et Haneke dans la façon de forcer les enfants à mettre une cagoule avant de se faire éventuellement tuer. Mais la comparaison tourne en faveur de l'Autrichien qui possède réellement le sens du tragique.

En abandonnant l'humour, Lanthimos n'a gagné que la pesanteur stylistique, sans même accéder à une dimension tragique qu'il ambitionnait d'arborer, en vain. 

Note : Maladroit sur de nombreux points. Verdict : Maladroit sur de nombreux points.

David Speranski

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