CRITIQUE Happy End

Happy End

Critique du Film

Cinq ans après le triomphe d'Amour, Michael Haneke revient à Cannes pour chercher une éventuelle troisième Palme d'or qu'il serait dans ce cas le seul à détenir. Il a déjà tout gagné à Cannes, il a ainsi tout à perdre. Revenir à 75 ans en compétition, le geste ne manque donc pas de panache. Happy End, au titre volontairement aussi ironique que Funny Games, se présente comme un film-somme où Haneke revisite son œuvre de fond en comble, à travers la description clinique d'une famille bourgeoise européenne.

Chez la famille Laurent, appartenant à la grande bourgeoisie industrielle du Nord, on vous présente le père Georges, profondément dépressif depuis la mort de sa femme et cherchant à se suicider ou se faire euthanasier depuis la mort de sa femme à laquelle il n'est pas complètement étranger ; on vous présente aussi la fille Anne, ambitieuse et arriviste; le fils Thomas, trompant sa femme; le petit-fils Pierre qui cherche à aider maladroitement des immigrés; la petite-fille Eve, terriblement perturbée, sujette au voyeurisme et potentiellement meurtrière.

Happy End, au titre volontairement aussi ironique que Funny Games, se présente comme un film-somme où Haneke revisite son œuvre de fond en comble, à travers la description clinique d'une famille bourgeoise européenne.

Alors que dans The Meyerowitz stories, Noah Baumbach prend le parti de faire ressortir la dimension d'humanité et d'humour qui existe dans les personnages de sa famille dysfonctionnelle, Michael Haneke choisit le point de vue inverse en révélant le côté obscur des membres de la famille Laurent. Chacun son point de vue, le second pouvant parfois donner de bien meilleurs films.

Dans Happy End, Haneke fait le tour du propriétaire et revisite sa filmographie en mode "best-of": le début, intrigant, rappelle Caché, le smartphone remplaçant la cassette vidéo ;  les immigrés y sont défendus comme dans Code Inconnu ; les adolescents sont des meurtriers en puissance (cf. Funny Games, Le Ruban blanc ou Benny's video) et les vieillards des pratiquants de l'euthanasie envers leur conjointe (Amour). Or, bizarrement, cette reprise des thèmes n'induit quasiment aucune plus-value par rapport à leur utilisation originelle. En voulant faire une synthèse de toute son œuvre, Haneke aurait-il été rattrapé par le syndrome du "film de trop"? Peut-être pas car il a largement le temps de réaliser d'autres films pour donner à son œuvre une autre conclusion. Il n'en demeure pas moins que ce nouveau film manque de force et de conviction pour égaler les films précédents de l'auteur.

Ce constat général possède néanmoins de glorieuses exceptions : toutes les scènes interprétées par Jean-Louis Trintignant (absolument génial en père prisonnier de son fauteuil roulant, qui mériterait un énième prix d'interprétation), en particulier le dialogue savoureux avec son coiffeur (Dominique Besnehard), celui avec sa petite-fille où ils se révèlent leurs meurtres ou tentatives respectives de meurtres; et enfin les dix dernières minutes qui, sans en révéler la teneur dramatique, fait irrésistiblement penser à une phrase de Charlie Chaplin : "la vie, c'est un drame en gros plan ; c'est une comédie en plan large". Ce qui permet à Haneke de conclure pour une fois son film sur des éclats de rire du spectateur, ce qui n'est pas si courant dans son cinéma. En dépit des apparences, finalement, c'est bien une fin heureuse. 

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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