CRITIQUE : Repulsion


Repulsion

Critique du Film

Trois ans après Le Couteau dans l'Eau, premier film aux relents estudiantins de Roman Polanski, le jeune réalisateur s'expatrie en France puis en Angleterre pour tourner Répulsion. En France, Roman Polanski fait la rencontre (très importante pour sa carrière) de Gérard Brach, jeune scénariste dont Répulsion est l'un des premiers scénarios.

Gérard Brach est considéré comme l'un des plus grands scénaristes français. Un jugement a raison tant ses travaux sont de considérables chefs d'oeuvres. L'homme a travaillé avec les plus grands comme Claude Berri (Le Vieil Homme et l'Enfant ; Jean de Florette/Manon des Sources), Jean Jacques Annaud, Michelangelo Antonioni ou encore Dino Risi. Répulsion signe la première collaboration avec Roman Polanski, une association qui durera presque 30ans. Gérard Brach participera à tous les films de Roman Polanski, de Répulsion en passant par Tess pour finir sur Lune de Fiel.

Répulsion suit Carol, une jeune manucure belge, qui habite un appartement à  Londres  avec sa sœur Helen. Elle est renfermée et a des comportements bizarres. Elle n'aime pas Michael, l'amant de sa sœur, et sa présence dans la chambre voisine l'empêche de dormir la nuit. Le jeune Colin tente de la séduire, mais elle repousse toutes ses avances. Helen part en voyage en Italie avec Michael, malgré les protestations de Carol qui ne veut pas rester seule.

Répulsion débute sur un générique centré sur un oeil divaguant dans tous les sens pendant que les cartons se superposent dessus. Dès les premières minutes, Roman Polanski marque le film d'une folie. On suit Carol dans le salon de beauté où elle travaille. Une véritable usine grouillante de clients et d'esthéticiennes. Le magasin est à l'image du Londres que le réalisateur nous présente. Un Londres bruyant s'étant reconstruit après-guerre et commençant son ascension économique. La jeune fille se perd dans ce « Swinging-London » où la jeunesse a pris ses marques. Mais Carol reste seule. La jeune fille est introvertie n'arrivant à communiquer qu'avec sa sœur.

Un essai galvanisant notre curiosité portée à l'égard d'un Roman Polanski encore jeune.

Répulsion est un film assez complexe dans son appréciation. Il faut s'accrocher à cette atmosphère latente, le temps n'ayant aucune emprise sur les événements. On est comme perdu au regard de Carol déambulant aux grès de ses psychoses. L'histoire va se jouer en permanence via la perception de la jeune femme. L'oeil du générique agit comme une appréciation primaire affiliant le spectateur dans sa folie croissante. Elle est comme monolithique, le regard hagard, froid et imprévisible. Suite au départ de sa sœur, l’appartement va être son refuge. Un endroit idéal pour Polanski pour y exercer son œil, son sens du cadre et cette capacité fabuleuse à savoir manier l'espace. Les pièces se multiplient par les visions de Carol, le couloir s'allonge et la chambre devient une menace d'intrusion en elle-même, l'habitacle des entités violant le corps et l'espace de la jeune femme. De cette latence parfois lourde, voire rebutante, Roman Polanski met en scène un cauchemar, de ceux qui vont nourrir son cinéma, du Locataire à Rosemary's Baby. Des personnages fous, des schizophrènes dont les pièces de ces meublés vont être le reflet des psychoses de l'extérieur, un monde les hantant, prenant corps via les fondations pour les dévorer de l'extérieur. Chez Polanski, l'appartement est un lieu carnivore. Un endroit déclarant la folie de chaque être y restant trop longtemps. On pense aussi à Carnage où ses parents vont s'entredéchirer pour une histoire futile. L'appartement, le nid diabolique de la folie, de la perte des sens et de la réalité. Ce lieu ogre de l'homme, resserrant ses griffes sur la pensée humaine, confortant la claustrophobie mentale d'une jeunesse d'après-guerre solitaire.

Répulsion est un essai galvanisant notre curiosité portée à l'égard d'un Roman Polanski encore jeune. Une pierre angulaire de son œuvre à venir, la première image du Locataire, de Rosemary's Baby ou de La Neuvième Porte. Loin d'être son film le plus accompli, Répulsion est un film d'horreur vibrant l'esprit par ce caractère singulier à nouer le caractère de Carol avec celui du spectateur. On ne peut se détacher du personnage, cette jeune fille au regard perdu nous happant inlassablement dans sa folie inné. Ce dernier plan est là pour nous conforter dans cette pensée que nous avons accompagné le diable, ce regard démoniaque nous procurant des frissons et s'imprimant pour revenir nous hanter dans nos plus sombres cauchemars.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Repulsion
Origine France - Angleterre Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante - Drame
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 19/05/1965 Reprise 24/05/2017
Réalisateur Roman Polanski Compositeur Chico Hamilton
Casting Catherine Deneuve - Yvonne Furneaux - Ian Hendry - John Fraser - Patrick Wymark
Synopsis Une jeune manucure belge, Carole, travaille et vit à Londres avec sa sœur Hélène. Carole, introvertie, a des problèmes relationnels avec les hommes. Elle repousse Colin, qui la courtise et n’apprécie pas Michael, l’amant de sa sœur. Quand celle-ci part avec Michael, Carole sombre progressivement dans la névrose. Recluse, elle bascule dans la schizophrénie, et devient hantée par des bruits…

Par Mathieu Le Berre