Critique Le Redoutable

Le Redoutable
Critique du Redoutable de Michel Hazanavicius avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Michal Lescot.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

Avec Barbara, Le Redoutable était sans nul doute le biopic le plus attendu sur la Croisette. Avant même sa projection, le projet de Michel Hazanavicius a déchaîné les passions sur sa légitimité. Pouvait-on représenter Jean-Luc Godard, l'un des chefs de file de la Nouvelle Vague, le Pape d'une certaine forme du cinéma d'auteur? Au risque de le ridiculiser, voire de le faire apparaître comme très antipathique? Eh bien, oui, on peut. Une sorte de tabou est levé. Même si son film paraît assez anecdotique, merci Michel Hazanavicius!

Quand un génie du pastiche se penche sur un génie de la mise en scène, cela donne Le Redoutable, une comédie où Jean-Luc Godard devient une vedette comique comme OSS 117.

Le Redoutable se focalise sur une période très précise de la vie de Jean-Luc Godard, celle de sa vie avec Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, succédant dans son cœur à la légendaire Anna Karina. Du tournage de La Chinoise à celui de Vent d'Est, se succèdent à l'écran voyage à Rome, scènes de ménage, discussions politiques, sorties avec des amis, etc.

Quand un génie du pastiche se penche sur un génie de la mise en scène, cela donne Le Redoutable, une comédie où Jean-Luc Godard devient une vedette comique comme OSS 117. Michel Hazanavicius a remarquablement potassé son Godard et livre un film aux couleurs, aux cadrages, aux chapitrages copiés chez JLG: les couleurs primaires, surtout bleues et rouges en avant, dominent le film; le découpage et les citations de plans sont subtilement décalés de certains films godardiens (les bouquins apparaissant filmés en gros plan, cf. Une femme est une femme ou La Chinoise, ou les plans filmés sous filtre, cf. Pierrot le fou, par exemple). Les gardiens du temple godardien auront bien du mal à attaquer Hazanavicius sur le terrain du savoir godardien car le film est adapté du "roman" d'Anne Wiazemsky, Un an après, sur sa vie de couple avec le génie suisse.      

Mais surtout le film dresse un portrait terrible de Jean-Luc Godard, à l'époque icône de l'ultra-gauche radicale, et en présentant tous les défauts rédhibitoires pour beaucoup, même aujourd'hui, dogmatique, donneuse de leçons, intolérante, insultante et méprisante envers autrui. Pour Godard, peu importe les vrais gens, seules comptent les idées, comme le démontre cette phrase du film, "pour Jean-Luc Godard, dans le mouvement étudiant, ce qui l'intéresse, c'est le mouvement, pas les étudiants". JLG n'apparaît pas dans le film sous son meilleur jour, lâche (son chantage au suicide), obséquieux (son coup de fil à Marco Ferreri), affligé d'un complexe de supériorité (sa discussion pendant un trajet de retour en voiture avec Michel Cournot, critique du Nouvel Observateur et cinéaste d'un film), misogyne (ses relations de domination intellectuelle avec Anne Wiazemsky), peu respectueux des acteurs et de l'humanité en général. Ce portrait effrayant est néanmoins vrai: celui qui a le plus révolutionné le cinéma est sans doute un être humain relativement antipathique. Cette description du gauchiste à travers l'une de ses figures les plus emblématiques est sans doute le portrait politique à charge le plus accablant jamais fait.

Néanmoins Le Redoutable, bien qu'assez plaisant à suivre, laisse une étrange impression de vide après la projection. Comme si cette entreprise, pourtant assez drôle dans une veine de comique intello à références style Woody Allen, semblait dépassée et peu signifiante aujourd'hui...   

Informations

Détails du Film Le Redoutable
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Drame - Biopic
Version Cinéma Durée 107 '
Sortie 13/09/2017 Reprise -
Réalisateur Michel Hazanavicius Compositeur
Casting Bérénice Bejo - Grégory Gadebois - Stacy Martin - Louis Garrel
Synopsis Paris 1967. Jean Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu'il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu'incompréhensible.

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