Critique 120 battements par minute

120 battements par minute
Critique de 120 battements par minute, réalisé par Robin Campillo, avec Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

120 battements par minute est le type même de film où le sujet recouvre tout, la forme, le style et les approximations volontaires ou non de mise en scène. Sous un prétexte documentaire, il s'agit évidemment d'un film militant, à l'objectif politiquement correct frontalement assumé, voire même revendiqué. Dire qu'on a été moyennement convaincu par le film en lui-même peut sans doute paraître dangereux, tant le politiquement correct gouverne de nos jours. Or ce film, parmi d'autres films-dossiers, pose la question du politiquement correct et de l'éventuel divorce entre une forme peu inventive et un fond envers lequel on ne peut être que d'accord.

La reconstitution finit par l'emporter sur la fiction et le documentaire sur l'esthétisme.

Robin Campillo avait déjà réalisé deux films assez réussis, L'Emploi du temps et Eastern boys, après s'être illustré comme scénariste de Laurent Cantet. Cette fois-ci, il s'attaque à la saga du mouvement Act-Up dont il a été membre. Pour ceux qui ne l'auraient pas connu, Act-up était un mouvement qui s'imposait par des actions de force souvent violentes (jets de faux sang, intrusion dans les entreprises pharmaceutiques, distribution de prospectus dans les classes de lycée). Alors certes le spectateur, qui n'était souvent pas né à cette époque, apprendra beaucoup de choses sur le fonctionnement de ce groupe activiste. Les meilleurs moments du film sont d'ailleurs ces réunions d'assemblée générale où tous peuvent prendre la parole et claquent des doigts plutôt que d'applaudir, pour ne pas stopper l'élan de l'orateur. S'y inventent des slogans cocasses (le fameux "le sida, c'est moi, c'est toi, c'est nous") et également des histoires d'amour, comme celle qui va unir Nathan, le nouveau venu, séropositif et Sean, le militant de la première heure, atteint par le Sida.  

Néanmoins, en dépit d'une formidable direction d'acteurs (Adèle Haenel, comme dans les Ogres, parvient à tirer son épingle du jeu d'un collectif envahissant), la forme documentaire l'emporte, même si elle est d'une nature reconstituée. La reconstitution finit par l'emporter sur la fiction et le documentaire sur l'esthétisme. Le film manque de style visuel car il n'en a peut-être pas besoin. Pour les films socio-politiques, Ken Loach, à son meilleur, reste un modèle indépassable mais même chez lui, il existe un esthétisme latent, comme d'ailleurs chez les néo-réalistes. Ici l'esthétisme n'est même pas sous-jacent, il n'existe globalement pas. Par rapport aux séquences de réunion qui constituent le cœur du film et sont filmées de manière strictement documentaire, les séquences les plus esthétiques sont celles de boîte de nuit qui sont volontairement déréalisées sur de la musique électro (cf. les 120 battements par minute) et une séquence d'amour gay si intime qu'elle en paraît plus gênante que véritablement émouvante (la remarque aurait été similaire s'il était agi d'amour hétérosexuel).

Campillo s'est sans doute rendu compte de ce piège et dans le dernier tiers de son film, change légèrement son fusil d'épaule, en ménageant des moments de réelle mise en scène: les plans de Seine gorgée de sang, sur la bande-son du souffle rauque de Nahuel Perez Biscayart, ayant des difficultés respiratoires (rappelant le début de Boy meets girl de Leos Carax) ; la grande manifestation finale, assez impressionnante, où les manifestants terminent tous allongés dans les rues de Paris ; enfin, les dix dernières minutes du film où, après la mort de l'un des principaux protagonistes, les survivants ont du mal à gérer le deuil avant d'éclater de rire face à une situation incongrue. Toutes ces situations sonnent juste et cela fait d'autant plus regretter que, contrairement à ce qui a pu être proféré ici ou là, l'histoire d'amour au centre du film ne se trouve pas en aucune manière à la hauteur de celle de La Vie d'Adèle, en raison du manque de développement de la caractérisation des personnages. De même, alors qu'on s'attendait, voire espérait une réelle saga sur les membres du mouvement Act-Up, l'attachement aux personnages et à leur destin est minimal car ils ne sont pas décrits avec suffisamment d'attention et de patience, Campillo ne faisant pas du tout ressentir le travail du temps sur eux   

L'ensemble du film fonctionne sur cette alternance entre 80% de documentaire et 20% de stylisation. On assiste ainsi à un moment d'histoire reconstitué, filmé à l'arrache, qui peut paraître formidablement pédagogique sur le militantisme et le sens de l'action politique. Les esthètes pourront regretter un manque de travail sur la forme qui ne gênera pas forcément les spectateurs mainstream. Rappelons-le, pour ceux qui en douteraient, les combats d'Act-up sont désormais largement partagés, y compris par celui qui écrit ces lignes. Néanmoins, entre le combat du cinéma et celui de la cause politique, que certains (la presse française dans son ensemble qui souhaitait tellement une Palme pour la France, la presse internationale se montrant bizarrement beaucoup plus réservée) puissent célébrer sans hésiter une œuvre aussi peu inventive formellement et narrativement laisse songeur sur l'avenir du cinéma aujourd'hui. 120 battements par minute représente une œuvre intéressante qui sort un peu du lot, étant donnée la faiblesse générale de la compétition cannoise cette année, mais, en ne prêchant que les convaincus (Pedro Almodovar et une partie conséquente du jury en faisait partie), ne parvient pas à s'imposer comme la grande œuvre cinématographique qu'il aurait tant aimé être.

Informations

Détails du Film 120 battements par minute
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 140 '
Sortie 23/08/2017 Reprise -
Réalisateur Robin Campillo Compositeur
Casting Adèle Haenel - Nahuel Perez Biscayart
Synopsis Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean

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