Critique The Square

The Square
Critique de The Square de Ruben Ostlund avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, Terry Notary.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Comme dans Snow Therapy, où une avalanche mettait à mal la cohésion d'une famille de touristes, Ruben Ostlund, cinéaste multiprimé pour la plupart de ses films dans l'ensemble des festivals, stigmatise dans The Square, une satire brillantissime, la lâcheté, le cynisme et l'hypocrisie de notre société actuelle et la violence primaire qu'elle dissimule. Le film divise et c'est tant mieux car il renvoie sans doute à ses contempteurs le miroir de comportements mesquins et répréhensibles qu'ils n'osent pas assumer.

The Square se focalise donc sur Christian (excellent Claes Bang), conservateur d'un musée d'art contemporain, père divorcé de deux petites filles, qui parvient difficilement à concilier les principes altruistes qui sont censés le guider et les comportements qu'il adopte au quotidien. Il prépare une exposition intitulée The Square censée éveiller la bienveillance et la confiance chez ses visiteurs. Toutefois la campagne de communication de cette exposition se révèle être étrangement agressive et polémique pour attirer l'attention du grand public. De plus, Christian perdra son portefeuille et son téléphone portable dans la rue, à la suite d'un vol. Sa réaction ne sera pas des plus exemplaires...

Dans cette satire brillantissime, Ruben Ostlund stigmatise la lâcheté, le cynisme et l'hypocrisie de notre société actuelle et la violence primale qu'elle dissimule.

De manière assez pointilliste, Ostlund choisit ainsi de nous montrer des épisodes de la vie quotidienne de son protagoniste, avec légèreté, humour et une certaine désinvolture. La technique rappelle un peu son grand aîné Roy Andersson, à la différence que les plans-séquences d'Ostlund sont en mouvement, moins lourds et insistants que les plans fixes de son prédécesseur. Progressivement, derrière cette apparence de grand bourgeois poli et courtois, se révèle chez Christian un monstre d'hypocrisie et de cynisme, lâche avec les femmes (fantastique séquence d'explications avec Elisabeth Moss, pimentée d'un fond sonore extraordinaire), n'hésitant pas à mépriser les pauvres et peu soucieux d'accorder son comportement à sa soi-disant morale.

Christian est un paradoxe vivant, une plaie ouverte, une contradiction réprimée. En face de lui, il a engagé pour son exposition un être sauvage, tout en extériorité (formidable Terry Notery) qui va dynamiter toutes les conventions sociales, en faisant peur à toute une assemblée de bourgeois attablés à un dîner (Buñuel n'est vraiment pas loin dans cette séquence d'anthologie). Se montre aussi au grand jour toute la sauvagerie, toute l'animalité reptilienne qui se cache derrière tant de comportements policés depuis tant de siècles.

Par la cocasserie des situations et l'aspect dérisoire de ses personnages, Ostlund rend plus d'une fois hommage à l'esprit du grand Don Luis et au surréalisme tout entier (la scène où un singe se promène dans l'appartement du personnage d'Elisabeth Moss, évoquant Max mon amour d'Oshima, scénarisé par Carrière). Animal, on est mal, comme le chante Gérard Manset. Ce jeu de massacre est absolument jouissif à plus d'un titre, en réussissant à nous faire rire de comportements pitoyables qui pourraient être parfois les nôtres, si nous manifestons suffisamment d'humour et d'autodérision pour les reconnaître et les assumer.

Malheureusement dans les vingt dernières minutes, ce dispositif si drôle s'affaisse un peu, en raison d'un moralisme de circonstance, peu sincère et assez superficiel, même s'il a le courage de montrer la volatilité et l'opportunisme des médias. Il n'empêche que ce moralisme de dernière minute souhaitant offrir une possibilité de rachat au protagoniste n'est plus vraiment comique mais ne suffit pas, sauf pour certains esprits oublieux ou ingrats, pour effacer les deux heures assez jubilatoires qui ont précédé. Entre Buñuel et Tati, s'affranchissant progressivement de ses maîtres revendiqués, Roy Andersson et Michael Haneke, Ruben Ostlund invente à sa manière un avenir ludique au cinéma contemporain, où derrière le sarcasme et l'ironie, perce un certain désespoir lucide.   

Informations

Détails du Film The Square
Origine Suède Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Drame
Version Cinéma Durée 142 '
Sortie 18/10/2017 Reprise -
Réalisateur Ruben Östlund Compositeur
Casting Dominic West - Elisabeth Moss - Claes Bang - Terry Notary
Synopsis Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

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