CRITIQUE : Fais de beaux rêves (Fai Bei Sogni)


Fais de beaux rêves

Critique du Film

A 77 ans, Marco Bellocchio n’a rien perdu de sa force. Le cinéaste, qui avait commencé fort avec Les Poings dans les poches revenait l’année dernière sur le devant de la scène avec Fais de beaux rêves, une œuvre dont il a secret, à la violence enfouie mais à la beauté évidente. Sorti à la date ingrate du 28 décembre, Fais de beaux rêves n’a guère eu le temps d’exister dans les salles. On vous propose donc une séance de rattrapage puisque le film est désormais disponible en vidéo depuis le 2 mai dernier chez Ad Vitam.

Fais de beaux rêves est un film qui fait du bien, sortant des sentiers battus à l’heure où le spectaculaire et la superficialité dominent de nombreuses réalisations. Bellocchio est un cinéaste qui n’a jamais fait semblant et qui livre ici un récit en toute pudeur à la construction narrative éclatée. Fais de beaux rêves nous conte l’histoire de Massimo, un homme hanté par la mort mystérieuse de sa mère (crise cardiaque foudroyante lui a-t-on dit) quand il avait neuf ans. Lui qui ne communiquait guère avec son père n’avait qu’elle dans sa vie. Et la voilà partie retrouver les anges, c’est en tout cas qu’un prêtre lui dit. Refusant cette disparition, Massimo reste hanté toute sa vie par cette figure maternelle et presque trente ans plus tard, devenu journaliste accompli, il a encore du mal avec les femmes, préoccupé par des souvenirs trop présents. Seule sa rencontre avec une médecin (Bérénice Bejo, rayonnante) semble l'apaiser un peu...

Avec Fais de beaux rêves, Marco Bellocchio signe un film délicat et bouleversant sur la tragédie d'un homme hanté par son passé.

Avec Fais de beaux rêves, Marco Bellocchio nous installe confortablement devant un film dont la structure est effectivement proche du rêve, faisant des allers-et-retours entre le passé et le présent, nous offrant des séquences parfois étranges qui ne font sens qu’après-coup. Balade dans la vie de Massimo (interprété à différents âges de la vie par Nicolo Cabras, Dario Del Pero et Valerio Mastandrea, tous trois excellents), Fais de beaux rêves démontre une parfaite maîtrise de son histoire par Marco Bellocchio. En dépit de ses quelques longueurs, le film paraît justement dosé et chaque scène semble nécessaire à nous faire comprendre le parcours de Massimo et son regard face au monde (notamment face à la corruption et à la guerre lors d’une séquence frappante). Travaillant discrètement et joliment chacun de ses cadres, Bellocchio convoque jusqu’au fantôme de Belphégor pour nous faire comprendre son personnage principal, faisant naître une émotion tantôt douce, tantôt brutale au fil des séquences.

Drame à la puissance aussi délicate qu’évocatrice, Fais de beaux rêves s’attarde allègrement sur le sujet du deuil et de l’impuissance que l’on a face à la perte d’un être cher qui représente quasiment tout votre univers. On y retrouve d’ailleurs la prédilection de Marco Bellocchio pour les traumatismes d’enfance et les rapports de violence qu’ils peuvent engendrer au niveau émotionnel ou spirituel. Presque onirique, oscillant sans cesse entre l’ombre et la lumière, voilà bien une œuvre bouleversante à la profondeur émotionnelle troublante qui demandera cependant qu'on s'y laisse glisser pour l'apprécier complètement.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Fais de beaux rêves (Fai Bei Sogni)
Origine Italie Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 134 '
Sortie 28/12/2016 Reprise -
Réalisateur Marco Bellocchio Compositeur Carlo Crivelli
Casting Bérénice Bejo - Valerio Mastandrea - Guido Caprino - Nicolò Cabras - Barbara Ronchi
Synopsis Turin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale. Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…

Par Alexandre Coudray