CRITIQUE : Cul-de-sac


Cul-de-sac

Critique du Film

Troisième film de Roman Polanski, Cul-de-sac vient clore les ressorties orchestrées par Carlotta autour du réalisateur. L’occasion de redécouvrir ses trois premiers films en version restaurées et de savourer la naissance d’un cinéaste déjà accompli et formellement très sûr de lui.

Réalisé en 1966, Cul-de-sac est, même à ce jour, l’un des films les plus atypiques du cinéaste. Il le disait lui-même encore récemment : ''La raison m’incite à dire que Cul-de-sac est mon meilleur film – c’est le film le plus autonome. Il n’existe et n’a de sens que par lui-même, en tant que tel.’’ Il est vrai que dans la filmographie de Polanski, ce Cul-de-sac, co-écrit avec Gérard Brach sur l’impulsion de leur état d’esprit du moment, fonctionne vraiment à part et échappe à tout classement. Hommage aux films noirs aussi bien qu’à Beckett (l’un des personnages du film attend un nommé Katelbach qui ne viendra jamais), Cul-de-sac raconte l’histoire de deux gangsters qui tombent en panne sur la route isolée d’une presqu’île. Alors que la marée monte, ils décident de se frayer un chemin jusqu’au château isolé du coin où habite un couple en crise. Lui, sans cesse brimé par sa femme semble complètement dépendant d’elle tandis qu’elle, imprévisible et adultère, se moque complètement de son mari. A l’intrusion des deux gangsters dans leur vie, leur couple se voit encore plus morcelé.

Film noir aux accents beckettiens, Cul-de-sac est une œuvre atypique sur l'équilibre du pouvoir, traversée par de superbes fulgurances et dominée par une mise en scène au cordeau.

Comme dans Le couteau dans l’eau, Polanski s’intéresse ici à l’équilibre du pouvoir. Alors que l’un des deux truands sort très vite du tableau (Jack McGowran, futur interprète du professeur Abronsius du Bal des vampires et acteur beckettien par excellence), c’est donc un trio qui se met en place. Le gangster restant, Dickie (Lionel Stander, forte présence qui s’avéra rapidement insupportable pendant le tournage) tâche alors d’attendre Katelbach tandis que ses hôtes forcés tentent d’obtenir ses faveurs. Sans donner de raison à tous les éléments imbriqués dans le scénario (goût de l’absurde, travestissement), Polanski joue avec ses personnages et prend un malin plaisir à les malmener pour voir jusqu’où ils vont. La façon dont les rapports de pouvoir, sans cesse constants, se mettent en place est fascinante, accentuée par un décor isolé et par une mise en scène aux cadrages précis.

Évidemment, si le film cultive les références, le sens du huis-clos et un humour particulier qui ne se démentira jamais chez le cinéaste, son visionnage, aussi passionnant soit-il, n’en demeure pas moins déroutant et l’on ne saisira jamais vraiment toutes les clés du film. Du reste, cette impression de liberté (pourtant restreinte par les conditions de tournage difficiles, entre météo capricieuse et Lionel Stander brutal et en retard) donne à Cul-de-sac un sacré souffle, particulièrement unique en son genre, renforcé par la présence forte d’un trio d’acteurs différents (où l’on appréciera Donald Pleasence et Françoise Dorléac) et, surtout, par le talent d’un metteur en scène qui se redécouvre à chaque vision de ses films.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Cul-de-sac
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 113 '
Sortie 02/12/1966 Reprise 24/05/2017
Réalisateur Roman Polanski Compositeur Krzysztof Komeda
Casting Jacqueline Bisset - Jack MacGowran - Donald Pleasence - Françoise Dorléac - Lionel Stander
Synopsis Richard, gangster en cavale, et son acolyte Albert, qui est mourant, trouvent refuge dans un château irlandais. Richard ne tarde pas à semer le trouble au sein du couple étrange que forment la jeune et belle Teresa et George, un homme plus âgé qui vient de vendre son usine.

Par Alexandre Coudray