CRITIQUE Okja

Okja

Critique du Film

On a beaucoup glosé sur la distribution d'Okja sur la plateforme Netflix, se récriant contre la non-distribution en salles d'un film sélectionné en compétition en Cannes. Il est possible en effet de le déplorer. Est-ce un signe des temps? Le cinéma se verra-t-il encore longtemps en salles et sera-t-il supplanté par la montée en puissance des contenus en ligne qui signifieraient la fin d'un art fait pour être vu en collectivité et qui ne serait plus destiné qu'à des monades égocentriques penchées sur leur ordinateur? Cela représente tout un débat mais cela occulte la qualité du film en question qui devrait être la principale question à se poser.

Avec ce conte spielbergien, entre King-Kong, E.T. et L'Armée des douze singes, Bong Joon-Ho nous offre des moments de pure virtuosité et d'émotion sur le lien d'amitié entre une pré-adolescente et un super-cochon .

Car Bong Joon-Ho est avant tout un grand metteur en scène, avant d'être un enjeu pour Netflix. Tous ceux qui ont vu Memories of murder, The Host ou Mother, ne peuvent en douter une seule seconde. Néanmoins il n'oublie jamais l'aspect de satire sociale qui approfondit la dimension purement fantastique ou dramatique de ses films. Avec ce conte spielbergien, entre King-Kong, E.T. et L'Armée des douze singes, Bong Joon-Ho nous offre des moments de pure virtuosité et d'émotion sur le lien d'amitié entre une pré-adolescente et un super-cochon Okja, né d'une expérience d'organisme génétiquement modifié.

Numériquement, Okja existe formidablement à l'écran et il fallait être un immense metteur en scène pour pouvoir lui donner vie avec autant de crédibilité. Constamment vif et enlevé, le rythme de ce film nous emporte dans une lutte contre les multinationales capitalistes qui se donnent bonne conscience en promouvant un idéal écologique un peu frelaté. Le Front de Libération des Animaux (FLA) existe heureusement pour redonner à l'écologie ses lettres de noblesse.

Le sens incomparable de l'espace de Bong Joon-Ho, sa capacité à jouer de l'échelle des plans, font regretter que les abonnés Netflix ne le verront que sur leur écran d'ordinateur. Tout Okja réclame le grand écran, tant le personnage est hors norme, existant dans des paysages magnifiques de Corée. Si ce film n'était pas distribué sur Netflix, on pourrait déjà aisément parler de Palme ou de Prix de la mise en scène, tant ce projet allie la virtuosité non ostentatoire et la capacité d'émotion. De plus, les acteurs s'en donnent à cœur joie dans le délire satirique, en particulier Tilda Swinton dans un double rôle de PDG ou Jake Gyllehaal en image emblématique de l'entreprise Mirando. Bong Joon-Ho a même l'habileté de glisser une réplique malicieuse: "tu devrais te mettre à l'anglais. Cela t'ouvrirait de nouvelles perspectives". Sans nul doute, cette réplique, il se l'est adressée à lui-même, Okja étant le beau résultat de sa démarche d'ouverture.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

David Speranski

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