CRITIQUE Le Musée des merveilles (Wonderstruck)

Le Musée des merveilles

Critique du Film

Troisième collaboration entre Todd Haynes et Julianne Moore, Wonderstruck (Le Musée des merveilles) était très attendu, son synopsis intrigant en faisant un des favoris pour la Palme d'or 2017. Todd Haynes s'était auparavant partagé entre ses mélodrames romantiques à la manière de Douglas Sirk (Loin du paradis, Mildred Pierce, Carol) et ses films rock baroques (Velvet Goldmine, I'm not there). Wonderstruck invente une nouvelle voie dans son œuvre, plus sentimentale, voire plus spielbergienne. C'est même ainsi une assez grande surprise de voir Todd Haynes qui semblait spécialisé dans les conflits intérieurs de femmes au foyer se focaliser sur des enfants et leur lutte pour réaliser leurs rêves.

Le synopsis est ainsi énigmatique: sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu'il n'a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d'une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Wonderstruck n'en demeure pas moins un joli conte de fées sur le handicap, l'apprentissage de la différence et la poursuite des rêves d'enfance.

Le film fonctionne donc sur une alternance entre les deux époques, 1927 et 1977, un étrange va-et-vient entre blaxploitation et cinéma muet. Là où Todd Haynes réussit sans conteste son pari, c'est dans son hommage implicite au cinéma muet lorsqu'il expose les tribulations de Rose, la petite fille sourde, fan d'une actrice qui joue au théâtre à New York. Il cale alors sa mise en scène sur la somptueuse musique de Carter Burwell et en fait le prétexte d'un film muet. Tout se passe ainsi sans paroles ou presque, Ben étant aussi atteint de surdité plus ou moins provisoire. Il s'agit ainsi de la splendide dimension expérimentale du film, derrière une apparence d'œuvre unanimiste.

Le spectateur attentif aura bien entendu deviné le lien entre les deux histoires se passant à des époques différentes. Le twist final n'est donc pas une véritable surprise. Wonderstruck n'en demeure pas moins un joli conte de fées sur le handicap, l'apprentissage de la différence et la poursuite des rêves d'enfance.

On peut regretter ce que certains considéreront comme une régression dans l'œuvre de Todd Haynes. Il n'en reste pas moins que Wonderstruck représente sans doute son film le plus mainstream, le plus grand public. Si ce film -qui n'est sans doute pas son meilleur mais celui où il prend le plus de risques par rapport à son univers habituel - lui permet de glaner un autre public bien plus large que son audience normale, sinon une Palme d'or, on ne pourra que s'en féliciter car le grand public découvrira enfin un auteur essentiel.  

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

David Speranski

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