CRITIQUE Le Goût du Tapis Rouge

Le Goût du Tapis Rouge

Critique du Documentaire

Le 70e Festival de Cannes débute ce 17 mai 2017, un événement mondial que ce soit pour les cinéphiles, les acteurs quotidiens du milieu du cinéma, mais aussi pour le reste du monde, ceux qui rêvent le cinéma, idéalisent les stars, et dont Cannes est le rendez-vous pour les frôler, les voir... de loin.
Ce 17 mai 2017, c'est la sortie du documentaire Le Goût du Tapis Rouge distribué par Destiny Films qui trouve en cette journée de sortie le moment idéal pour le travail d'Olivier Servais qui a arpenté la ville de Cannes pendant les éditions 2014 et 2015 du fameux festival.

Cannes, une ville de rêves s’émoustillant pendant 15 jours en plein cœur de mai avec les arrivées massives de photographes, de célébrités et d'équipes de films pour la promotion de leurs dernières productions. Le moment pour tout un monde fait de paillettes d'envahir la ville la contraignant à un rythme insoutenable jusque tôt le matin.
Les médias se penchent plus généralement vers la lumière, les montées des marches, les soirées privées, les défilées pour parler de l'événement. Oliver Servais s'est quant à lui focalisé sur les alentours, la périphérie vivant le Festival de Cannes de près ou de loin. Ceux qui sont contraints de le vivre avec exaltations ou non.

Un film sage et taiseux qui s'infiltre dans l'autre monde de Cannes.

Le Goût du Tapis Rouge débute sur une vision que nous ne verrons jamais pendant le métrage, la montée de ces fameuses marches, l'étalage de célébrités les montant deux fois par jour... Ces images sont pour les TV grossissantes tout à merveille, un procédé dont se joue le metteur en scène du film. Tout cela est loin de lui et des autres, ceux sur lesquels il va braquer sa caméra. Tout d'abord, presque une institution depuis les années du festival, les habitants et autres adeptes des stars installant des fauteuils, escabeaux et autres échelles pour voir au mieux l'arrivée des stars à la montée des marches de 19h. Un moment attendu depuis 8 heures du matin, une longue journée à attendre, voire se battre pour sa place. Du début de l'événement, les diverses installations restent cadenassées sur l’artère principale de Cannes pour permettre à ces badauds d'observer cette colonie d'un autre monde avec leurs belles robes et leurs nœuds papillon. De loin, ça semble désuet, mais de près, les habitants et autres fans voient leurs rêves les atteindre, voir ceux qui jonchent leurs écrans de cinéma ou les papiers glacés leur tendre la main, leur signer des autographes ou prendre la pose pour des selfies.

Olivier Servais et son caméraman Thomas Lavorel arpentent inlassablement le remblai de Cannes. Le monde grouille à la recherche d'invitations, de photos, de paraître pour un événement loin d'être le leur. Ils ont juste l'impression d'en être. Un monde de paraître montrant la faiblesse d'un monde, notre monde qui souhaite entrer au cœur d'un microcosme nombriliste en ébullition. Cannes est réservé à ceux dont c'est le métier  : journalistes, producteurs, distributeurs, acteurs, etc. C'est une compétition, un marché, une tendance, un village de cinéma au cœur d'une ville dont le monde porte jalousement le regard. Ce monde dont l'éboueur à 3 fois plus de travail lavant les trottoirs depuis 2 heures du matin, ces femmes de ménage débarrassant inlassablement les chambres, les vigiles regardant d'un œil lointain et froid cette superficialité exacerbée. Olivier Servais reste proche du festival tout en touchant cette périphérie, celle qui subit le raz de marée. Ou ceux qui en profitent.

Cannes, c'est un peu la Cour des Miracles entre des apprenties comédiennes venues voir des films, des artistes de rues vendant leurs musiques ou les marionnettes d'émissions TV concentrant son monde sur les abords d'une plage.

Les vendeurs à la sauvette proposant aux touristes,mêmes aux stars incognitos, leurs chapeaux ou perches à selfie, ces photographes shootant tout le monde et n'importe qui pour vendre ou les patrons de bars qui se réjouissent de cette populace débarquant sur la croisette pour être simplement présente. Alors c'est des bouteilles, des cartes distribuées, des photos vendues ou des t-shirts de western par les boutiques cannoises. Chacun fait son blé et son beurre. Le reste grouille ici ou là pour dormir, quémander des pièces ou chanter. Cannes, c'est un peu la Cour des Miracles entre des apprenties comédiennes venues voir des films, des artistes de rues vendant leurs musiques ou les marionnettes d'émissions TV concentrant son monde sur les abords d'une plage.

Le Goût du Tapis Rouge est un film sage et taiseux qui s'infiltre dans l'autre monde de Cannes, celui de tout un chacun, celui des travailleurs, des retraités ou des cinéphiles. Le documentaire montre un monde pris en étau par un microcosme agissant comme une tornade balayant tout sur son passage. La folie d'une quinzaine dont tout un chacun souhaite goûter, cette douceur utopiste empoissonnée couleur rouge sang reflétant la superficialité d'une médiatisation affligeante.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Mathieu Le Berre

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