Critique Alien : Covenant

Alien : Covenant
Critique du film, Alien - Covenant, réalisé par Ridley Scott avec Michael Fassbender, Katherine Waterston et Billy Crudup.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

En 2012, avec l'idée de relancer la saga Alien, Ridley Scott jetait un pavé dans la mare avec une préquelle d'une ambition démesurée. Sous la houlette de Damon Lindelof au scénario, Prometheus fut une véritable épreuve par cette volonté de développer les origines de cette entité presque maléfique hantant le cinéma depuis 40 ans. Le tournage du film débutait à peine que les derniers jets du scénario n'étaient pas encore validés (ce qui explique les 36 scènes coupées ou alternatives complétant les différentes éditions vidéos du film).

Prometheus est un film ambitieux, fort et sublime dans sa conception mais le long-métrage est aussi un essai imparfait, voire malade, la faute à une vision non définie par Scott lui-même et les multiples versions de l'histoire. Mais quelques années après sa sortie, Prometheus rend compte de sa pertinence, du savoir-faire inégalable de Ridley Scott, et surtout d'être un divertissement complexe et efficace.
Prometheus annonçait forcément une suite, ce nouveau chapitre de la saga Alien ne s'éclairant pas par un seul film. Prometheus répondait à quelques questions tout en soulevant beaucoup d'autres. Six ans après, Ridley Scott s'adjuge une nouvelle fois le commandement de la suite, ayant l'ambition d'éclairer les lueurs mystiques d'une série de films n'en demandant pas tant.

L'équipage du CovenantIl est vrai qu'hormis une base de fans hardcores, on se serait bien passé de tomber dans l'escarcelle de ces explications multiples. Alien et ses suites appelaient-ils vraiment à un éclairage forcé ? Sincèrement non, en dépit du fait que les deux suites en découlant s'assument aujourd'hui comme des films généreux, ambitieux, mais surtout opportuns. Après 4 longs-métrages aux personnalités bien distinctes, difficiles de renouveler une saga n'ayant plus grand-chose à raconter après une majestueuse et morbide Résurrection. Ébauche d'une nouvelle direction arriviste mais de grande ampleur, Prometheus débouche aujourd'hui sur Covenant. Nom du vaisseau de colons/pionniers voyageant vers une terre inconnue pour une nouvelle vie, les membres d’équipage réveillés suite à un incident technique découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’en échapper.

Alien – Covenant ne répondra pas à toutes les questions, mais va s’enorgueillir à en boucler certaines de façon surprenante.

Si l'introduction s'accroche indirectement à Prometheus, l'intention de la Fox et de Ridley Scott est de raviver la flamme passionnelle vers l'univers initial du Huitième Passager. Dès les premiers instants, Scott prend le spectateur et les fans par les sentiments avec le thème cher de Jerry Goldsmith, devenu célèbre pour le premier film. Une composition qui va nourrir tout le film à l'image des parallèles fixés tels des ponts entre Prometheus et Alien. Alien – Covenant ne répondra pas à toutes les questions, mais va s’enorgueillir à en boucler certaines de façon surprenante. On ne passera pas ici par la case des spoilers, vous laissant le privilège des découvertes de la même manière que ce groupe de colons se posant fièrement sur cette nouvelle planète. Ce que réussit Ridley Scott avec Alien – Covenant est de ne pas perdre le spectateur en route avec le déploiement d'une soi-disant philosophie appelant à nos origines. Avec cette suite, et avec les aides de Dante Harper mais surtout de John Logan, scénariste plus terre à terre que Damon Lindelof, le réalisateur de Gladiator va droit à l'essentiel, c'est à dire dans l'horreur la plus sombre. S'il utilise les codes prédominants la saga (le rapport de l'homme avec la machine; le droit à la création, à la vie; la maternité et la protection d'une forme de vie), il accompagne le spectateur vers une obscurité inexploitée dans les films précédents. On entre dans l'antre du créateur, de celui dont l'horreur va éclater se prenant pour dieu. Au cœur d'une séquence froide, malsaine et sincèrement malaisante, John Logan cite Mary Shelley (créatrice de Frankenstein entre autres), référence principale et directe d'Alien - Covenant. Un thème cher au scénariste à qui l'on doit la série Penny Dreadful soulevant cette même vision de la création.

La créationSi John Logan lève le voile sur certains points cruciaux de la saga, il le fait avec finesse et dextérité. Il avait osé donner des origines à James Bond pour Sam Mendes, il donnera des origines morbides à l'Alien pour Ridley Scott, comme s'il était l'homme de toutes les situations périlleuses révélant les origines de quelques grands mythes du cinéma. L'homme a toute la latitude et la confiance pour le faire mais surtout le talent pour en donner du sens. Après coup, pour James Bond, l'antagonisme établi envers le héros s'abat tel un tir de catapulte. Mais on le sait depuis que la production du film, notamment dans le sens à donner à ce final, fut complexe par les ayants droit. Ici, le dernier mot revient à Ridley Scott se donnant tous les droits, notamment d'annihiler l'Alien 5 souhaité par Neil Blomkamp. Mais le réalisateur se réjouit de ce partenariat simplifiant les élucubrations de Damon Lindelof sur Prometheus. John Logan assure un amorti mieux gérable pour la suite, un dépouillement préservant une production légère, un historique moins complexe, mais surtout logique.

Ridley Scott rend une copie généreuse pour un retour aux sources de la saga initiale.

Ce dépouillement n'est pas sans conséquence. Forcément, John Logan anéantit toute la dimension mystique et philosophique instillée par Lindelof et les autres scénaristes sur le précédent film. Les ingénieurs passent par exemple clairement à la trappe. Ils resteront le décor d'un lieu mortifère, les preuves d'un agissement calculateur et froid, la préméditation d'un acte pas si surprenant débouchant sur l'histoire du mythe. Ils seront les premiers témoins du déversement de la folie, celle inexplicable renvoyant à ce rapport homme/machine si infime. Alien – Covenant se raccroche alors à ce thème cher de la saga Alien, celui de ce rapport si fin dans la relation hommes/machines. L'homme est-il si éloigné que cela du monstre ? Ce même homme ayant créé une machine à son image, se fondant dans la masse pour devenir son égal. L'homme n'est plus le créateur, mais comme soulève l'introduction de Covenant, le dessein du monstre qui s'est appliqué à devenir le père.

Paradis PerduLa première quadrilogie soulevait le thème de la « Mère », notamment par la vision de James Cameron dans Aliens (la version director's cut à privilégier), mais aussi en filigrane par Scott lui-même avec « Mother », le module gérant le Nostromo, mais aussi le Covenant. C'est Ripley qui reprendra en son sein cette figure de la mère, elle qui a perdu sa fille (Aliens), avant de le redevenir en protégeant Newt. Le combat avec La Reine viendra soulever ce même point entre deux protectrices de leurs écosystèmes et progénitures. Fincher prendra la suite en lui faisant materner une reine dans Alien 3 et Jeunet la fera mère d'une nouvelle race d'Alien dans la Résurrection suite aux expériences morbides de la nouvelle compagnie.
Pour cette nouvelle quadrilogie, Ridley Scott et John Logan ont l'idée fine de développer la notion du père. Ce père créateur d'une nouvelle race se mettant face à lui, soufflant les louanges de la beauté et la pureté de ce que recherchait Peter Weyland dans Prometheus. Cette immortalité du corps et d'un nouvel écosystème prenant ces droits sur ce « Paradise Lost », première ébauche de Covenant, prenant tout son sens ici. Ce paradis perdu devenant la terre nouvelle d'une race en gestation, cette terre reprenant le sens des écrits de Mary Shelley et H.G Wells, cet adepte de la découverte, de la création des matières, des corps et des voyages lointains. Par Alien – Covenant, on entre au cœur même de la notion du père, ce créateur apportant sa graine à la manipulation et la gestation édifiante d'une nouvelle race suprême. Ridley Scott arrive enfin à donner un sens à ce tout, Prometheus ne devenant plus cette ébauche malade, mais cette majestueuse introduction (certes imparfaite) à ce Covenant, un point monstrueux devenant crucial à un nouveau voyage vers l'obscurité, cet espace où personne ne vous entendra crier.

Informations

Détails du Film Alien : Covenant
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Horreur - Epouvante - Science - Fiction
Version Cinéma Durée 122 '
Sortie 10/05/2017 Reprise -
Réalisateur Ridley Scott Compositeur Harry Gregson-Williams
Casting Billy Crudup - Michael Fassbender - Carmen Ejogo - Katherine Waterston - Demian Bichir - Danny McBride - Callie Hernandez
Synopsis Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

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