Critique Get Out

Get Out
Get Out est un thriller réalisé par l'humoriste Jordan Peele avec Daniel Kaluuya et Allison Williams

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Aymeric DUGENIE

Critique du Film

Première grosse réalisation de Jordan Peele, Get Out lui ouvre les portes du film de genre horrifique. Film a budget modeste avec des acteurs peu connus de la scène cinématographique, comme Daniel Kaluuya (le protagoniste principal) ou Allison Williams (sa fiancée dans le film), dont les réputations font d'avantage vibrer la télévision. Get Out est donc un film d'horreur mettant en scène un personnage noir. Chose relativement peu commune dans ce genre et d'autant plus vraie qu'au même titre qu'Han Solo tire le premier, il est bien connu que le « Black Guy always die first ». A partir de cette vieille habitude, le film attisait déjà une grande curiosité, sans parler d'une bande annonce et d'une affiche particulièrement soignées et oppressantes qui avaient toutes les clefs pour faire frissonner les foules.

Bien mal nous en a pris de s'attendre à un éclair de génie dans le paysage horrifique de la part d'un réalisateur qui avait majoritairement fait ses armes au sein du divertissement et de la comédie, malgré quelques très bonnes idées de mise en scène et un jeu bien pensé avec certains codes. Get Out est victime de ses propres qualités mais s'avère être une suite logique dans la chronologie des sorties cinéma. Pour rappel de l'histoire, nous suivons Chris Washington, jeune afro-américain modèle en couple avec la séduisante Rose Armitage, jeune américaine blanche idéale. Formant un couple parfait, vient l'heure fatidique de rencontrer les parents de la belle. C'est alors que, pris d'un vertige racial, la peur envahis Chris sur l'acceptation de sa couleur de peau au sein de la famille de sa petite-amie. Une peur malheureusement et certainement légitime, bien vite balayée par Rose elle-même qui lui précise que malgré leur racisme latent et incontrôlé (l'étrange obsession de son père envers Barack Obama par exemple), ses parents sauront l'accepter sans aucune gêne. Ces derniers vivent dans une grande maison, voire un manoir, et il s'aperçoit vite qu'une chose cloche, non seulement les domestiques de maison sont noirs, mais bien plus inhabituel, ils agissent de manière extrêmement intrigante, en particulier envers lui. Très rapidement inquiet de la situation qui semble dégénérer à vue d'oeil, Chris constate que son environnement devient cauchemardesque au fil que les jours passent. C'est lorsqu'il décide de quitter les lieux que l'étau se referme définitivement et qu'il est pris au piège.

Le seul véritable gros problème de ce film est de considérer que c'est un film d'horreur vendu comme "angoissant" et "terrifiant" alors qu'il lorgne clairement du côté du thriller social.

Par chance, le long métrage tient un bon rythme tout au long du récit. Le seul véritable gros problème de ce film est d'être clairement vendu comme un film d'horreur, et ce jusque dans la bande-annonce pourtant réussie. C'est dommage aujourd'hui de vendre des œuvres qui n'ont rien à voir avec leur genre initial. Déjà qu'on fait de plus en plus de comédies peu ou pas drôles, bientôt on finira par distribuer des romances sans histoire d'amour... Ce dernier tend clairement vers le thriller social bien qu'étant vendu comme "angoissant" et "terrifiant". Pour en revenir à notre sujet, malgré un rythme décent, une fois la première nuit passée, ce dernier n'offre que très peu de suspens ou de tension. Les grandes lignes se devinent sans grosse difficulté et seuls quelques mystères subsistent jusqu'à la fin, mais avec la désagréable sensation de ne pas avoir eu le loisir que l'on nous avait promis. La faute à deux détails essentiels. Le premier réside dans l'évolution de l'histoire qui est progressive. En dehors de la scène d'introduction absolument excellente tant sur le fond que sur la forme, laissant présager une véritable réflexion sur le racisme ordinaire, Get Out démarre son histoire avec le même défaut de forme que nombre de ses compères. Nous avons l'impression de suivre une banale comédie romantique plus ou moins drôle avec pour seule certitude que le propos finira par se détourner vers la question de la discrimination raciale. La suite dérive progressivement vers l'histoire d'horreur que nous attendions pour finir dans une sorte de mélange entre action et thriller dont les intentions initiales se sont perdues dans un message de fond douteux sur le transhumanisme. Et ce tout en abandonnant complètement l'objectif vendu par les distributeurs, celui d'instiller la peur chez le spectateur. Et c'est ici que le premier problème touche son point central. La bande annonce, l'affiche du film, les termes employés pour qualifier le film le vendent comme un schéma horrifique de premier ordre alors que les instants de "chahutage" que l'histoire cherche à provoquer chez le spectateur ne sont que des assaisonnements pour le coeur du film. Un moyen de mieux faire passer les intentions et de briser les défenses de ce dernier pour qu'il soit plus réceptif au récit qu'il regarde.

Le second détail se situe évidemment dans l'omniprésence de cette question raciale. Un tel sujet paraissait évident à traiter avec un personnage principal noir dans une époque où les questions ethniques sont extrêmement omniprésentes aux États-Unis, et d'autant plus après la longue liste de films sur l'esclavage qui sont sortis ces dernières années. C'est là que le thriller social montre sa volonté d'interpeller sur ce racisme latent, parfois involontaire ou de nature comique, mais bien présent, et que chaque personne ne ressent pas à la même échelle, comme le montre par exemple la scène de contrôle du véhicule. Cependant, le discours en devient ici particulièrement gênant. En faisant un listing de l'intégralité des propos ou réactions racistes que les communautés afros peuvent recevoir, on peut en venir à se poser la question sur l'intention première de la manoeuvre. Lorsque Rose prend sa défense au début, on y voit une scène très juste et particulièrement touchante d'un noir acceptant par épuisement une injustice, celle de se faire contrôler pour sa couleur de peau. Mais une fois arrivés dans leur maison de campagne, les lourdeurs se multiplient avec des réflexions gênantes, quelque soit la couleur de peau de celui qui y assiste. On assiste en réalité à la réaction de base d'une personne qui, pour se convaincre qu'elle n'est pas raciste voire même amoureuse des autres cultures, insiste sur tout un tas d'éléments, d'amis, de connaissance qu'elle a et qui justifient son statut de tolérante. C'est donc en cela que l'acharnement sur le progrès des Etats-Unis a avoir élu un président noir devient profondément gênant. Si cette liste de réactions est avérée et subie, il est d'autant plus compréhensible que certaines personnes quittent la salle, probablement le désir de ne pas entendre de nouveau tant d'inepties dans un lieu que certains souhaitent uniquement divertissant. C'est un sujet qui amène des réactions approximativement similaires chez les spectateurs où l'on peut constater que, selon leur couleur de peau (et donc par expansion leurs expériences sociales), les différents publics réagissent de manières diverses à ce qu'ils voient et à des moments plus ou moins propices. En devenant un thriller social qui s'attaque frontalement au racisme ordinaire, et donc à une forme très pernicieuse de ce dernier qui se meut au travers d'attaques et de provocations à la fois discrètes et anodines, Get Out prend une position très ferme et très expressive qui peut provoquer l'exclusion à l'inverse du rassemblement des cultures. De fait, c'est une histoire forcément plus compliquée à juger objectivement si l'on ne fait pas nous-même partie d'une communauté oppressée. Par conséquent, d'un côté certains aspects de l'histoire et du fond du film peuvent renvoyer une image mal interprétée, comme le fait qu'on y voit une opposition radicale d'hommes et de femmes noirs contre une famille blanche et leurs amis blancs également. Cette opposition très nette crée un malaise continuel notamment au travers du père et du frère de Rose qui ont des comportement très exagérés. Le malaise produit est bien sûr recherché dans la volonté du long métrage car il est là pour piquer à vif tous les spectateurs quelque soit leur origine et les pousser à prendre conscience d'une réalité d'une part; et participe à l'aspect horrifique du film dans sa forme d'autre part.

Get Out loupe complètement le coche de l'idée transhumaniste qu'il développait. Eludant totalement une possible réflexion éthique et morale pour n'être qu'une simple excuse aux mystères de cette famille.

Pour terminer, Get Out propose une entrevue sur le transhumanisme qui avait de quoi pousser quelques profondes réflexion éthiques et morales mais qui se contentera de n'être qu'une simple excuse aux mystères de cette famille. Il servira aussi d'élément pour combattre une société manifestement raciste aux États-Unis (et pas que). C'est à ce moment précis que le film échoue totalement sur son double discours. La question du transhumanisme pouvait très largement faire déborder les questions ethniques sur des questions humaines. Le discours aurait pris une forme plus universelle de dénonciation qui avait de quoi rassembler tout le monde autour de l'être humain que nous sommes et non pas le contenter à un clivage autour des couleurs. Le réalisateur souhaitait certainement parler de l'oppression envers sa couleur de peau, car il peut en parler légitimement et ajuster ses propos comme il convient. Seulement, en faisant de cette question humanitaire un simple désir chez l'homme blanc de s'approprier le corps d'êtres noirs en donnant la simple excuse de capacités physique plus intéressantes (idée largement populaire souvent utilisée pour parler de nos sportifs par exemple), cela réduit énormément la capacité qu'à le film a étendre son propos à toute les communautés de couleur ou d'origines différentes. Ce que cette partie dénonce n'est que dans la stricte continuité du récit à s'attaquer à l'acharnement de la communauté noire, ce qui n'apporte pas grand chose de plus que le premier acte de l'histoire. La dénonciation de départ était suffisante sans proposer justement un rebondissement totalement inattendu et particulièrement violent sans l'approfondir d'une quelconque manière. La réalisation de Jordan Peele a pour volonté directe de dénoncer cette forme de racisme moins évidente mais tout aussi répandue, ce qui peut avoir comme effet de rebuter des gens plus sensible à cette forme pernicieuse de discrimination et avoir des effets inverses sur la volonté première du projet. Malgré tout on retiendra un acte final particulièrement libérateur où l'alliance entre instants de tension et désamorçage fonctionne plutôt bien. Le personnage incarné par Lil Rel Howery joue beaucoup, véritable acteur du rire, il trouve en permanence ce juste milieu pour déclencher la scène sans réduire à néant son efficacité sensationnelle. Il apparaît donc à la fin que ce long métrage brade son côté thriller au profit d'un passage beaucoup plus exutoire et délivrant.

Malgré les défauts majeurs de cette production, les acteurs s'en sortent très bien avec un jeu général appréciable mais surtout un naturel dans la création des relations qui permet de ne pas s'ennuyer. Bien au contraire, si l'on n'est effrayé qu'une scène ou deux durant, on trouvera globalement son compte dans cette histoire horrifiquement plus pop mais socialement plus sombre qu'elle ne le laissait présager. Un gros mal pour un petit bien que l'on regrettera tout de même tout en atténuant les faux pas de cette production. Au final on y trouvera notre compte à condition ne pas être trop exigeant.

Informations

Détails du Film Get Out
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 03/05/2017 Reprise -
Réalisateur Jordan Peele Compositeur Michael Abels
Casting Daniel Kaluuya - Catherine Keener - Allison Williams
Synopsis Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

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Commentaires sur " Get Out "
  • catamouille

    catamouille le 05/05/2017 à 16:13

    Coucou.



    Je n'ai rien contre un peu de provoc, mais je ne suis pas certain que publier une critique super raciste de Get out soit la chose la plus maline à faire hein. Parce que si l'auteur pense sincèrement que le film développe un discours essentialiste, on est face à un double problème, soit il est incompétent et peu capable d'analyser la grammaire cinématographique d'une oeuvre, soit il est le porte-voix d'un racisme très vicieux, qui consiste à toujours retirer au racisé sont statut de racisé, afin de le faire passer, non pas pour qulqu'un luttant contre une situation discriminante mais un agresseur à l'agenda douteux.

    Bref, cette critique est stupide ou dégueulasse. Ou les deux.

  • Notry

    Notry le 06/05/2017 à 12:25

    Bonjour Catamouille,

    Le fait de ne pas être en accord avec mes propos ne vous autorise pas à être insultant envers moi, je vous en remercie d'avance.

    Je pense avoir fait suffisamment de travail traitant des communautés d'origines différentes (afro-américaines entre autres) pour savoir ne pas être raciste. Seulement il y a manifestement une méprise sur le travail que j'ai publié. Je pensais avoir été suffisamment clair sur mes intentions, à savoir celles de mettre en garde sur la réception d'un film et de son propos comme celui-ci. Votre réaction confirme ce que j'ai essayé de développer, certains sont plus sensibles que d'autres à différents sujets selon leurs groupes sociaux etc. Ma séance, très mouvementée dans une salle seulement 1/4 pleine, a certainement joué énormément en défaveur de mon jugement. Les innombrables débats et discussions montrent qu'il y a un souci évident d'acceptation et de compréhension des cultures d'autrui. Je suis blanc, il me semble donc extrêmement déplacé de ma part de dire "Get Out est une digne représentation de ce que les communautés noires vivent au quotidien". Cela me semble déplacé non pas par négationnisme mais parce que je ne le vis pas, ça ne s'appelle pas du racisme mais de la logique. Cela me semble simplement hypocrite de dire que je comprends une situation alors que je ne la vis pas, et encore moins au quotidien.

    Seulement il semble que j'ai moi-même fait l'erreur que je cherchais à dénoncer. J'accepte volontiers avoir utilisé des phrases à sens pernicieux pour un sujet déjà tourmenté. En aucun cas je ne cherche à museler les propos du film. Au contraire mon but premier était d'aller dans le sens de celui-ci qui cherche à s'ouvrir au dialogue. Il apparaît simplement que les scènes du film montrent les choses sous un certain angle et quelles sont par ailleurs très expressives. En partant de là, chacun peut y voir les intentions qu'il veut. Maintenant j'aimerais retenir deux phrases pour contredire le racisme dont vous m'accusez:
    -"Une peur malheureusement et certainement légitime" qui indique qu'en aucun je ne minimalise l'oppression que certaines communautés subissent.
    -"Mais une telle réaction n'aurait pour effet que d'accentuer ce que le film essaie de dénoncer, à savoir la division des communautés." où je pensais montrer justement que c'était une réaction idiote à mes yeux (mais possible, notamment avec les vives réactions de certains spectateurs durant ma projection).



    Toujours est-il que j'espère avoir éclairé mon propos qui, je l’admets, est nébuleux sur certains aspects. Donc je ne pense pas que le film soit essentialiste, bien au contraire, il le dénonce. Mais la barrière entre ce que je cherche volontairement à sur-interpréter et ce que je pense du film était certainement trop mince. Je reconnais avoir été maladroit en ne faisant pas suffisamment la distinction entre les propos, le message, les intentions du film d'une part et sa forme, l'effet direct qu'il doit produire chez le spectateur en termes de sensation d'autre part. La résultante est que certaines intentions de ma critique ont été mal perçues. En attendant j'ai revu certains passages du texte afin d'affiner, approfondir et remanier le sens des phrases.



    Au plaisir de continuer à vous voir malgré tout sur le site. A ce titre je vous invite à lire l’interview que j’ai donné avec Jean-Claude Barny et Djedje Apali qui a été d’une grande richesse.

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