CRITIQUE : Piano Forest (Piano no mori)


Piano Forest

Critique du Film d'Animation

Les américains ont Whiplash et Amadeus, les japonais ont Piano Forest. Piano Forest est un film de Masayuki Kojima (Monster) sorti en 2007 au Japon et en 2009 en France. Il est inspiré du manga Piano no mori : The perfect world of Kai de Makoto Isshiki composé de 26 volumes sortis entre 1998 et 2015. Le film a été produit par le studio Madhouse.

Nous suivons la vie du jeune Shûhei Amamiya et sa rencontre avec Kaï Ichinose. Le rêve de Shûhei est de devenir un grand pianiste, comme son père. Mais un jour, avec sa mère ils déménagent de Tokyo pour aller vivre chez sa grand-mère malade. En arrivant, aux abords des bois il entend le son d'un piano provenant du coeur de la forêt. Dans sa classe de primaire, les jeunes garçons doivent passer un test de courage consistant à aller jouer de ce mystérieux piano qui est selon eux cassé et ne produit aucun son. C'est à ce moment qu'il fait la rencontre de Kaï Ichinose, un enfant issu d'une famille pauvre et dont la mère exerce le plus vieux métier du monde si l'on en croit les riverains, qui se revendique comme propriétaire du piano et tout à fait capable d'en jouer. Entre les deux garçons, une amitié basée sur leur passion commune du piano commence à naître et il s'avère que l'instrument fonctionne parfaitement et que Kaï en joue, lui aussi, parfaitement.

Piano Forest, un Amadeus japonais, mais avec des enfants.

Dans ce film, on retrouve un principe commun à beaucoup de films d'animation japonais et ce qui en fait leur succès. D'une certaine manière, ce qu'on trouvait dans les vieux films d'animation Disney qui nous ont offert des gentils parfois insipides mais des méchants charismatiques. Des personnages pures, ici des enfants car y a-t-il moins pur qu'un enfant ? Ce qui donne un caractère beaucoup plus brut aux personnages et à leurs relations entre eux. L'illustration la plus importante étant la psychologie du personnage de Shûhei durant l'entièreté du film. De quoi traite ce film ? De la place de l'art et de la musique, par le biais du piano dans une société ou justement le piano n'est plus un instrument de musique mais un instrument social pour montrer sa supériorité. Mais aussi de mettre en parallèle l'ordre d'une partition de musique et l'ordre d'une société comme le Japon face à l'interprétation personnelle et la marginalité. Cette idée, on la retrouve entre Shûhei et Kaï qui évoque une relation comme celle de Mozart et Salieri, mais plus comme dans la réalité que dans Amadeus.

En seulement 101 minutes, Piano Forest réussit l'exploit d'apporter de l'importance et de la profondeur à chaque personnage. On pourrait se contenter des deux garçons ? Non, l'histoire du professeur Ajino, les rapports mère-fils. À défaut d'une grande profondeur, les personnages des autres élèves, des autres enseignants et des autres membres des familles apportent une présence. De nos jours, c'est toujours rare de voir un film de moins de 2h capable d'utiliser sa durée totale correctement. Chacun a son design propre, après tout on est dans un film, heureusement que le budget est présent pour éviter de faire des personnages génériques quand il ne s'agit pas des héros.

D'ailleurs en parlant de design, on va parler d'une chose et l'étendre aussi au casting. Pourquoi avoir donner une voix féminine à Kaï ? On pourrait être de mauvaise foi et dire "Oui mais ce sont des enfants, c'est normal qu'ils aient des voix de filles". Dans ce cas, pourquoi les autres garçons ont des voix masculines, des voix d'enfants mais masculines. Ça ne pourrait être qu'un détail si le design de Kaï ne rendait pas les choses encore plus confusantes. Au premier coup d'oeil, on se dit que c'est une fille. Au deuxième coup d'oeil, on se dit que c'est une fille avec une apparence de garçon. On ne peut juger le film qu'à son terme après tout, qui sommes-nous pour nous demander tout au long de film pourquoi cette fille s'habille en garçon et se fait passer comme tel, surtout pour voir qu'à la fin, c'était bel et bien un garçon. La faute à un mauvais design dans l'animation car "quand on a des cils, c'est qu'on est une fille". Et cette phrase vient d'un homme avec de longs cils. Mais cela tient plus à une mauvaise interprétation de la doubleuse qu'à un mauvais choix de casting. Même en France, il est courant qu'une femme double un petit garçon, l'exemple le plus notable est le talent de Brigitte Lecordier avec les personnages de Songoku et Songohan dans Dragon Ball et Dragon Ball Z. Mais dans Piano Forest, Aya Ueto qui double Kaï Ichinose donne une interprétation beaucoup trop adulte, aussi bien dans l'intonation que dans la manière de parler. Il en résulte que le spectateur a l'impression d'entendre une jeune femme parler plutôt que d'entendre un enfant.

Des compositions de Mozart et Beethoven brièvement présentes pour laisser plus de place aux magnifiques compositions de Keisuke Shinohara.

Quid des graphismes ? Le film est beau. Un vrai travail est mis en place sur les jeux de lumières, notamment la lumière de la lune. On est proche de ce qu'on peut voir dans les autres animés, ceux de qualité en tout cas. Le choix a été pris de mettre la qualité du film sur une base égale plutôt que de renforcer les points déjà maîtrisés généralement au détriment d'autres. Comme exprimé plus haut, le design des personnages est loin d'être bâclé.

Pour ce qui est de la musique, pas de mauvaises notes (énorme blague !). C'est un film sur le piano, il est normal d'avoir une bande son de qualité et bien remplie, de Beethoven à Mozart en passant par Chopin. En plus des compositions originales du défunt Keisuke Shinohara qui ne pâlissent pas à côté des oeuvres de ces légendes de la musique dite classique.

Piano Forest est un film qui parle de musique et il a été fait pour toute personne aiment réellement la musique. Même si différent par son format et son histoire, il s'inscrit dans le même esprit qu'un Whiplash. Il reste touchant dans cette façon de rappeler qu'un prodige peut se cacher n'importe où. Il est tout de même dommage de ne pas voir d'édition française du manga après avoir eu droit à une distribution de ce film par Kazé.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film d'Animation Piano Forest (Piano no mori)
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Film d'Animation Genre Comédie - Drame - Animation - Enfants - Musical - Manga
Version Cinéma Durée 101 '
Sortie 17/06/2009 Reprise -
Réalisateur Masayuki Kojima Compositeur Keisuke Shinohara
Casting Ryunosuke Kamiki - Hiroyuki Miyasako - Aya Ueto - Nathalie Bienaimé
Synopsis Shûhei Amamiya est un garçon de bonne famille dont le rêve est de devenir un grand pianiste comme son père. Un jour, il déménage de Tokyo pour aller vivre quelque temps chez sa grand-mère malade. Là, il y rencontre Kaï Ichinose, un jeune garçon issu d'une famille pauvre et devient son ami. Dans leur classe, pour être respecté, il faut aller jouer du piano abandonné dans la forêt et que l'on dit cassé. Kaï, qui se dit propriétaire du piano, se révèle être le seul à pouvoir en jouer et est de surcroit très doué. Cette rencontre marque le début de l'apprentissage du piano entre deux enfants talentueux : l'un fils de bonne famille, l'autre, enfant des rues mais ayant en commun une passion : le piano.

Par Jérémy DEROZIER