CRITIQUE Gangsterdam

Gangsterdam

Critique du Film

Quel acteur exceptionnel ! Sans nul doute, Kev Adams est le Justin Bieber du cinéma français ! Adulé par les jeunes et haï par le reste de l’humanité. S’il a su se démarquer dans quelques films intéressants comme Fiston auprès de Franck Dubosc, on peut dire qu’en ce moment il enchaîne les casseroles quasiment aussi vite que Fillon. Aladin que d’aucuns qualifient d’étron national, un spectacle avec Gad Elmaleh vivement dénigré par la communauté asiatique et enfin Gangsterdam qui, sitôt sorti, se retrouve déjà au cœur d’une polémique sexiste. En plus de permettre à d’anciens humoristes has-been d’enfin retrouver un travail et un semblant de crédibilité, on peut dire que ce jeune homme est un aimant à shitstorm (litt. Tempête de merde, se dit d’un sujet à polémique provoquant rapidement de vifs débats).

Kev a une nouvelle fois démontré qu’il était capable de s’attirer les foudres de tout le monde sans pour autant réussir à prouver qu’il savait changer de registre. S’il pouvait jouer dans un film plus intelligent et plus adulte, peut-être qu’il parviendrait à sortir son épingle du jeu. D’autant que son camarade Côme Levin (Durex) y parvient amplement. Après le sympathique Radiostars, le réalisateur Romain Lévy décide cette fois-ci de s’orienter vers un humour beaucoup plus irrévérencieux et controversé n’hésitant pas à sauter à pieds joints dans le sexisme, l’homophobie et le racisme. Le film l’est-il pour autant ? Nous allons essayer de le savoir.

Gangsterdam met en scène un Cartman de bas-étage mal écrit et mal pensé qui crée une vraie polémique quand le cartman d'origine parvient à provoquer le rire avec des propos similaires.

Difficile de trouver son compte dans les comédies françaises d’aujourd’hui. Soit on est confronté à un humour ridicule et bas de gamme en la personne de Kad Merad, soit on se retrouve avec des comédies dramatiques bien pensantes ou chiantes avec Mathilde Seigner ou Catherine Frot. Mais lorsqu’on demande au cinéma français de sortir du carcan inintéressant et de bousculer un peu nos habitudes, non seulement il ne trouve rien de mieux que tenir des propos plus que douteux mais en prime les spectateurs sont incapables d’avoir un tantinet de recul sur la situation en lançant immédiatement une pétition. Et uniquement pour sexisme alors qu’il est ouvertement anti-social dans ses propos. Le personnage de Durex est un fourre-tout ambulant de clichés misogynes, racistes et homophobes au travers d’un personnage roux et gay. Il est une blague jusque dans son nom mais personne ne semble capable de faire la part des choses. On atterrit carrément sur des idioties du style « culture du viol » juste parce qu’on n’a pas explicitement répété 15 fois une banalité que seuls les cons sont incapables d’admettre, à savoir que le viol est inadmissible, et que c’est probablement pour ça qu’il est condamnable et condamné. Une grande partie des communautés en prennent pour leur grade et autant se l’avouer, si l’on ne peut pas rire de nous-même ou d’autre chose que du pipi et du caca, à quoi bon s’évertuer à faire des comédies? On se retrouve donc avec un Cartman sous-gamme de bas étage qui faisait relativement plaisir sur le papier mais s’avère être l’échec le plus cuisant de cette pseudo-comédie. On pourrait extrapoler que, par sa nature controversée, le film cherche à se moquer de la nature même des français, souvent considérés comme cela. C’est malheureusement sans compter sur le manque flagrant de subtilité et la simplicité affligeante des vannes écrites.

Il apparaît que le film et la polémique qui en découle résultent entièrement d’une société malade et surtout maladivement moralisatrice qui fait absolument n’importe quoi au nom de la liberté d’expression. Comment dire que strictement rien ne va dans ce film, de ses propos jusqu’à ses détracteurs. Car non le film n’est certainement pas sexiste, homophobe et raciste sans quoi il ne serait pas en salles actuellement. Ou alors les producteurs et distributeurs sont extrêmement conservateurs et là on régresse de 30 ans dans les mentalités. Gangsterdam est tout de même interdit à une certaine tranche d’âge, prouvant qu’il est bien conscient de la teneur choquante de ses propos. Mais alors pourquoi des personnages de salopard comme Cartman jouissent d’une popularité incroyable alors que Durex créé la polémique ? En réalité le récit est tout simplement inadéquat avec son humour car il manque cruellement d’exotisme et d’imprévu, de dynamisme et de surprises alors qu’il s’est grandement vendu là-dessus.

Premièrement l’aventure proposée est très loin de ce qu’un Five de Pierre Niney nous a offert en terme de rythme et de suspense. On s’ennuie à mourir pour rester poli et les enjeux n’avancent pas. On ne croit pas un seul instant aux personnages et à leurs relations. Kev Adams joue d’entrée de jeu un personnage agaçant et risible. S’il se moquait ouvertement des gens timides, ce serait raccord avec les agissements et les propos de son pote, mais là c’est à la limite de la pathologie mentale et son caractère change de manière aléatoire au cours du récit. Attention, ce n’est pas le personnage qui est mal écrit  (encore qu’on ne s’avancera pas) mais bien l’acteur qui est très loin de savoir construire durablement une personnalité. On ne craint pas pour leur sort car eux-mêmes n’y croient pas et ne craignent pas de représailles.

Les propos choquent essentiellement par leur manque flagrant de subtilité et la nature désastreuse de leur forme d'humour.

Deuxièmement ce qui est au cœur de cette polémique : l’humour. Ce n’est pas le politiquement correct ou le politiquement incorrect qui est remis en cause mais simplement que ce n’est pas drôle. Osons paraphraser un grand souverain concernant cet échange au sujet du « viol cool » : « c’est pas que c’est pas drôle, c’est que c’est pas une blague ». Le personnage de Durex n’a aucune véritable attache dans l’histoire, il pourrait être totalement remplacé, sa présence n’est pas essentielle. La preuve, dès le début il devait ne pas les suivre. Certes il sert de paire de burnes à son copain Ruben ainsi qu’à tout le film, lorsqu’il est présent durant une situation, les autres personnages semblent devenir psychologiquement très faibles. Et c’est ça le problème, il est tellement excessif que les autres personnages paraissent lisses. Dans South Park, lorsque Cartman tient des propos indécents, tous les autres personnages lui font la morale et lui tiennent tête, il reste cependant dans le déni systématique. On se retrouve avec une situation si improbable et caricaturale que le véritable message transparaît. Or là, Durex n’est pas vraiment critiqué, il est simplement et modestement remis à sa place, quand il ne prend pas lui-même la tête du débat. Ce qui choque en l’occurrence, ce n’est pas l’immoralité de parler de viol, ou même de viol cool, mais que ce soit fait avec une telle nonchalance et un tel laxisme. Où est la provocation ? Qu’est-ce qui est drôle dans cette volonté de rire du viol ? Rien. Car il n’y a strictement aucune subtilité, car il n’y a strictement aucun sous-texte, car le dialogue dure vraiment trop longtemps pour ce qu’il ne dit pas  (non parce que le film ne dit pas grand-chose au cas où ce n’est pas encore très clair pour vous) et car il n’y a même pas de véritable opposition. Le sujet est éludé aussi rapidement et maladroitement qu’il est arrivé sur le tapis, ne donnant aucune conclusion à la blague, et plus exactement à la scène, et laissant survoler sur le long métrage un discours particulièrement incertain. L’humour sur les propos à caractères homosexuels s’en sort bien dans la mesure où le personnage de Durex avoue l’être. Malheureusement là encore c’est d’un mauvais goût ahurissant. Cet humour se résume littéralement et exclusivement à sucer son prochain (encore une fois pour rester très poli). C’est un manque de subtilité presque inacceptable pour le réalisateur de Radiostars qui avait, selon certains, apporté un vent de fraîcheur sur le genre comédie. Une fois de plus, on pense à la scène de fin avec le méchant, une scène non seulement fade mais également ultra malaisante. Même des adolescents ne rient pas aussi longuement d’une telle blague, et Dieu sait qu’ils ne connaissent pas le proverbe « les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures ». Paradoxalement, la seule subtilité s’avère être lié aux propos prétendument racistes du film. Seulement, ils sont subtils car les propos ne sont pas forcés et insidieux, ils apparaissent tels des sous-textes ce qui les rend encore plus néfastes en comparaison.

En définitive, ce film est encore une fois le degré zéro de l’humour. Sous couvert de liberté d’expression, les scénaristes et spectateurs se permettent des choses incohérentes, sans argument et surtout sans jamais réfléchir. Évidemment que le film et son réalisateur ne sont pas homophobes, racistes et sexistes, ils n’ont juste aucun talent pour la subtilité. L’humour ça se travaille, ça s’affine, ça se réfléchit. On l’utilise pour dénoncer, éduquer, apprendre et faire passer des messages. On essaie de faire attention à ce qu’on dit et l’excuse du « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » devrait se traduire par « on peut rire de tout, tant que c’est drôle » et ce, même si l’on considère que l’humour est subjectif. Durex est un personnage troll cela va de soi, mais il est juste mal pensé, mal écrit et surtout inadapté à cette comédie. Il pourrait fonctionner si les échanges se répondent avec les autres personnages et que le courant humoristique de ce film n’est pas aussi pauvre et unilatérale. Inutile de lui trouver de faux défauts dans un but futile de créer une énième polémique cette année et surfer sur un buzz inassumé. Le film n’est simplement pas drôle, inintéressant et parfaitement oubliable. Alors oubliez-le, ne donnez pas du crédit et du temps de parole à ceux qui ne le méritent pas et ignorez ces œuvres qui ne valent certainement pas la peine qu’on en parle ne serait-ce que pour une critique comme celle-ci. Le temps se chargera de les faire oublier.

Note : Monumentale Erreur ! Verdict : Monumentale Erreur !

Aymeric DUGENIE

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