Critique Phantom Of The Paradise

Phantom Of The Paradise
Critique cinéma du film Phantom of the Paradise réalisé par Brian De Palma.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

En 1974, Brian De Palma entame à peine sa carrière et n’est pas encore le réalisateur emblématique que l’on connaît. À peine remis de ses mésaventures avec les studios de la Warner qui l’ont renvoyé lors du tournage de son film Get To Know Your Rabbit (1972), De Palma décide de conter cette histoire dans un nouveau projet. Le film Sœurs de Sang, en 1973, lui permettra de retrouver confiance en ses capacités et de commencer à gagner la notoriété qu’il aurait pu avoir sur son projet précédent. C’est alors qu’il écrit le scénario de Phantom of the Paradise en compagnie de Louisa Rose avec laquelle il avait déjà coécrit Sœurs de Sang. Phantom of the Paradise sort en 1974 et raconte l’histoire de Winslow Leach, un compositeur de talent qui se fait repérer par l’un des plus grands producteurs du music-hall moderne, le très estimé Swan. Winslow y voit l’occasion de signer l’œuvre de sa vie : une réinterprétation sous forme de cantate du mythe de Faust. Seulement, Swan vole la musique à Winslow et le fait condamner aux travaux forcés. Par un concours de circonstances, Winslow va se retrouver, malgré lui, défiguré et dépossédé de sa voix. Il décide de se venger de Swan.

Phantom of the Paradise est un ovni, une œuvre choc à la fois sublime et terriblement sombre.

Énorme bulle tragico-mélancolique, Phantom of the Paradise est un ovni, une œuvre choc à la fois sublime et terriblement sombre. Brian De Palma côtoie les astres de la comédie musicale pour en tirer un film horrifique d’une poésie rare. Très inspiré par la littérature, son film va puiser dans des œuvres comme Le Fantôme de l’Opéra, Faust, Le Portrait de Dorian Gray ou encore Frankenstein. En développant un thème qui lui est cher, celui du double, De Palma invite le spectateur aux portes d’un purgatoire extrêmement fascinant. Tout est question de dualité dans son film, le macabre se joue du paradis et inversement. L’amour porté par Winslow pour son œuvre et la cantatrice Phoenix vient se juxtaposer sur le label de Swan, Death (mort). La voix angélique et pure de Phoenix qui lutte tant bien mal parmi les guitares saturées. La lutte entre le bien et le mal y est omniprésente. Chacun des personnages est soumis à la tentation. Que ce soit Winslow qui hésite à accorder son pardon, qui se contrôle pour ne pas sombrer dans un déferlement de violence ou encore Phoenix qui refuse de se vendre jusqu’à un certain point, De Palma soumet ses héros à des choix radicaux. Le tout, orchestré par le terrible Swan, personnification diabolique du producteur tout aussi perfide de l’époque, le fameux Phil Spector.

Phantom of the Paradise est une œuvre visionnaire et intemporelle.

Au-delà de l’introspection propre au vécu de De Palma, Phantom of the Paradise signe également un constat précurseur sur l’avenir de l’industrie artistique. En effet, le film relate la fin d’une époque où les artistes avaient encore un quelconque libre-arbitre. De Palma constate une uniformisation de l’art, la recherche du sensationnel avant tout. Il dénonce un formatage des consciences, le vol du travail d’autrui, mais surtout il clame un droit fondamental : celui de pouvoir être libre de créer sans être obligé de se fourvoyer. Le personnage du fantôme est, en ce sens, assez complexe. Il personnifie l’idée que se fait le réalisateur de la folie formatée qu'il dénonce. Cet état qui bouleverse les codes de la bienséance et qui oblige tout individu à faire des choix presque radicaux. En revanche, même s’il est un vecteur de liberté artistique, le film ne crache pas sur l’appropriation. Mieux que cela, De Palma insiste sur sa position de citoyen de la mémoire. Il se pose comme un messager, celui qui est chargé d’inculquer à la nouvelle génération le savoir qu’il a acquis (ce sera d’ailleurs le moteur de son cinéma, tel que peut l’être un Quentin Tarantino aujourd’hui). Outre les œuvres littéraires qu’il cite ouvertement, De Palma ne manque pas de saluer son réalisateur fétiche, Alfred Hitchcock, en rendant hommage à Psychose, Sueurs Froides ainsi qu’à l’Homme Qui En Savait Trop. Il y fera également référence au Dracula de Tod Browning, au Cabinet du Docteur Caligari, mais surtout à La Soif du Mal d’Orson Welles auquel il emprunte l’ouverture en plan-séquence pour en faire une scène en split-screen d’une maîtrise absolue.

Phantom of the Paradise est une œuvre visionnaire et intemporelle. Que ce soit sur son contenu ou sa forme, le film révèle un réalisateur sur le point de devenir un grand parmi les grands. Sans compter sa bande-originale aux saveurs pop / glam qui se permet même d’annoncer les grandes heures à la fois du punk et du heavy metal, ce film est une masterpiece complète de bout en bout. Phantom of the Paradise demeurera probablement l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, films de la carrière de Brian De Palma. Un film à chérir impérativement et à revoir sans modération.
We’ll remember you forever Eddie, through the sacrifice you made, we can’t believe the price you paid for love...

Informations

Détails du Film Phantom Of The Paradise
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Comédie Musicale
Version Cinéma Durée 92 '
Sortie 25/02/1975 Reprise -
Réalisateur Brian De Palma Compositeur Paul Williams
Casting William Finley - Paul Williams - Jessica Harper - George Memmoli - Gerrit Graham
Synopsis Winslow Leach, jeune compositeur inconnu, tente désespérément de faire connaître l'opéra qu'il a composé. Swan, producteur et patron du label Death Records, est à la recherche de nouveaux talents pour l'inauguration du Paradise, le palais du rock qu'il veut lancer. Il vole la partition de Leach, et le fait enfermer pour trafic de drogue. Brisé, défiguré, ayant perdu sa voix, le malheureux compositeur parvient à s'évader. Il revient hanter le Paradise...

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