CRITIQUE Ghost in the Shell

Ghost in the Shell

Critique du Film

Faire une adaptation live de Ghost in the Shell, un manga mythique de Masamune Shirow, était un pari risqué. Il l’était d’autant plus que des adaptations en film d’animation par Mamoru Oshii avaient marqué leur époque, imposant le style cyberpunk et récoltant même une sélection au prestigieux Festival de Cannes pour Ghost in the Shell 2 : Innocence. Disons-le tout de suite, le pari s’annonce comme une vraie réussite grâce à d’ébouriffantes séquences d’action et surtout la présence émouvante, dense et intériorisée d’une Scarlett Johansson qui réussit l’exploit de donner l’épaisseur d’un être humain à un cyborg.

Mi femme, mi-robot, filmée très souvent en gros plan, Scarlett Johansson montre de belle manière par des regards intenses et fulgurants que l’esprit survit toujours à l’intérieur de la machine.

Pourtant le défi était de taille, tant Ghost in the Shell, le manga et/ou le film, a marqué les esprits dans les années 90 et 2000, imposant les thèmes du devenir-robot, du pouvoir de la science et la naissance d’une autre forme de vie, retrouvant les problématiques de Philip K. Dick ou de Michael Chrichton, que l’on a pu voir réapparaître récemment dans une série comme Westworld. Ces thématiques de l’intelligence artificielle et de la responsabilité de l’homme dans sa création demeurent toujours plus que jamais dans l’air du temps. Elles apparaissaient peut-être davantage dans les films d’animation en raison du caractère d’abstraction que revêtaient déjà les personnages animés. En un sens, le film live apparaît moins métaphysique que psychologique, même si les thèmes philosophiques y figurent toujours, mais peut-être moins au premier plan.

En effet, Rupert Sanders a sans doute privilégié les grandes séquences d’action ainsi que l’incarnation des personnages, ce qui repousse le reste en toile de fond. Ghost in the Shell version Live impressionne surtout donc par sa direction artistique, retrouvant l’écho de la mégalopole de Blade Runner, ce côté ville plongée sous la pluie, irradiée par des écrans numériques posés un peu partout, en sublime décoration. Comme il l’a déjà montré dans Blanche-Neige et le chasseur, Rupert Sanders est essentiellement un cinéaste visuel qui parvient à créer de véritables images iconiques (la combinaison de fausse chair du Major fait déjà date). Du point de vue du scénario, il s’avère un peu moins brillant, ayant un peu de mal à nouer tous les fils de son histoire dans la première partie mais se recentrant efficacement dans la deuxième partie du film. Il est peut-être un peu tôt pour décrypter des thématiques communes à ses deux œuvres cinématographiques. Cependant un peu de réflexion suffit pour comprendre que Rupert Sanders a pour l’instant raconté des contes ancestraux ou futuristes où de jeunes femmes en vedette s’échinent à reconstituer leur identité. Ce qui représente un choix original et dépourvu de toute misogynie dans l’univers calibré des blockbusters.

Car si Ghost in the Shell arbore une dimension avant tout humaine, c’est grâce à sa protagoniste féminine. On frémit à l’idée que Margo Robbie était pressentie pour le rôle du Major Kusanagi. Seule Scarlett Johannson pouvait interpréter ce rôle aussi bien, tant il s’inscrit dans la continuité de son œuvre d’actrice. Après avoir joué les femmes fatales (de Lost in translation à Vicky Cristina Barcelona), elle joue désormais les femmes totales, dépourvues de limites physiques et mentales (Her, Under the skin, Lucy, le personnage de La Veuve noire chez Marvel). Avec Ghost in the Shell, elle prouve encore une fois, en dépit de sa taille modeste, qu’elle est parfaitement crédible en héroïne d’action mais aussi qu’elle peut montrer des ressources insoupçonnées d’émotion, dans la recherche des méandres de son identité. Mi femme, mi-robot, filmée très souvent en gros plan, elle montre de belle manière par des regards intenses et fulgurants que l’esprit survit toujours à l’intérieur de la machine.

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

David Speranski

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