Critique Song To Song

Song To Song
Critique du film Song To Song réalisé par Terrence Malick avec Rooney Mara et Ryan Gosling, sortant en salles le 12 juillet 2017.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Rémy Pignatiello

Critique du Film

Après avoir changé 2 fois de titre (le film s’appelait d’abord Lawless puis Weightless), le nouveau film de Terrence Malick, Song to Song, commence à pointer le bout de son nez en salles, notamment en faisant le tour des festivals.

Song to Song suit les aventures sentimentales, émotionnelles et professionnelles de plusieurs triangles amoureux, majoritairement centrés sur 4 personnages. Le couple central est celui de BV et Faye (Ryan Gosling et Rooney Mara), tous deux musiciens essayant de se faire une place dans la scène musicale d’Austin (Texas). Tous deux se retrouvent confrontés au personnage trouble de Cook (Michael Fassbender), producteur musical richissime mais aussi manipulateur et séducteur agressif. Ami-amant façon Jules et Jim, il deviendra progressivement l’architecte des dérives de notre couple principal, puis de Rhonda (Natalie Portman), une institutrice devenue serveuse faute de travail et qui tombera sous son charme puis sous sa coupe.

Song of the Knight of Wonder

Song to Song est à la fois un prolongement direct des procédés mis en place sur The Tree of Life et poussés sur To The Wonder et Knight of Cups (on peut notamment se demander quelles images ont été originellement tournées pour quel film), mais représente aussi une nouvelle évolution du style narratif de Terrence Malick.

D’un côté, on retrouve une multiplicité des caméras de tournage (y compris les résolutions minimales vues sur les 2 précédents films), une Steadicam ultra mobile, et surtout un éclatement narratif poussé en flux d’idées (qui continue de pousser aussi certains spectateurs… vers la porte de sortie. On en a compté 15 à notre séance qui ont préféré quitter la salle, souvent après seulement 30 minutes de film). On retrouve même des plans rappelant directement ceux vus dans To The Wonder (comme ces gros plans légèrement en plongée sur l’actrice principale regardant par la fenêtre, convoquant directement les images virtuellement identiques de Olga Kurylenko). Ceux qui avaient été happés par ces 2 derniers films succomberont probablement à Song to Song mais inversement, ceux qui n’avaient pas été particulièrement marqués par les élans émotionnels de ces 2 films retrouveront ici exactement les mêmes soucis.

Un sur-fractionnement narratif préjudiciable à la construction émotionnelle du film mais dans la lignée directe des 3 précédents films de Malick.

En particulier, le sur-fractionnement du film et ses très nombreuses digressions tendent à blesser la construction émotionnelle du film. Non pas que le montage éclaté soit un problème, mais il va souvent chercher des éléments hors-sujet qui alourdissent le film. Avait-on réellement besoin de ces 3 minutes de Gosling en foreur de pétrole en fin de film ? Probablement pas : ça sort de nulle part et ne va nulle part, et tous ces éléments cumulés finissent par donner l’impression d’être face à plusieurs films incomplets que face à un ensemble cohérent travaillé par petites touches impressionnistes. Les digressions de The New World et The Tree of Life servaient le propos en restant dans la continuité interne des films. Ici, comme déjà pour To The Wonder et Knight of Cups, ce n’est pas le cas, et s’il y a définitivement quelque chose qu’on aimerait voir changer chez le style de Malick, c’est un retour à quelque chose de plus percutant.

Autre élément évolutif chez Malick, c’est un tournage de plus en plus numérique. Après The Tree of Life et son tournage partiellement en 65mm, To The Wonder et Knight of Cups avaient vu Malick entrer de plein pied dans le tournage en numérique. Si cela offre certainement plus de latitude côté photographie (fabuleuses séquences nocturnes, kaléidoscopes multicolores fantastiques), l’aspect de nombreuses images y perd en beauté brute. Le numérique, c’est aussi un rendu visuel typé, lisse, avec une retranscription moins artistique des mouvements. Malheureusement, surtout avec un style de plus en plus mobile, ce rendu semble inadéquat à la beauté visuelle à laquelle Malick nous a habitué jusqu’ici. Fini donc les longs mouvements fluides d’appareil à la beauté exacerbée, bonjour le rendu visuel ultra-numérique façon Danny Boyle...

Dernière évolution stylistique : la musique. Song to Song, (vagument…) situé dans la scène musicale d’Austin, Texas, s’appuie beaucoup sur des chansons « normales » là où les compositions étaient jusqu’ici quasi-exclusivement de la musique classique. On retrouve ces compositions classiques ici aussi (Debussy, Ravel, Preisner, Saint-Saëns principalement), mais elles sont devenues minoritaires face aux chansons de Patti Smith, Iggy Pop, Sharon Van Etten, Lykke Li ou Julianna Barwick (pour ne citer qu’eux, mais la liste est beaucoup plus longue encore). Plus encore, probablement pour la première fois et autre signe que le montage du film laisse un peu à désirer, cette évolution musicale se fait parfois au détriment de l’efficacité qu’on attend d’elle : certains choix populaires semblent approximatifs tandis que d’autres sont complètement à côté de la plaque. C’est certainement la première fois qu’on se surprend à trouver une composition classique inadéquate chez Malick.

Indie Rock movie ? Pas vraiment malgré un évident changement musical.

A propos de la musique d’ailleurs, il ne faut pas espérer que les images tournées sur plusieurs années de SXSW servent notablement le film. A l’exception de quelques jolis plans de foule (qui rappelleront probablement quelques souvenirs aux habitués de festivals), quelques images des coulisses ou de concerts, et une poignée d’échanges anodins avec les caméos musicaux (Iggy Pop, Flea des Red Hot Chili Peppers, Big Freedia, …), rien ou presque de ces images très éparses ne servent véritablement le film, ses thèmes ou son contexte narratif. Il ne faut donc aucunement aller voir le film comme le « Indie Rock movie » vendu par la promo du film, ces segments musicaux ne représentant qu’un élément extrêmement périphérique.

Actor to actor

Thématiquement, Song to Song est là encore dans la continuité de To The Wonder (volatilité des sentiments, interchangeabilité des partenaires) et Knight of Cups (ambition contre passion, fluidité des sentiments répondant à un vide intérieur). La continuité se fait aussi dans l’importance toujours plus grande donnée par Malick au sexe. Comme dans Knight of Cups, le sexe semble pour Malick être avant tout un élément générateur de problème. De fait, tant que le sexe n’est pas particulièrement présent, le trio principal vit plutôt bien son triangle amoureux (pourtant précaire). Au contraire, notamment à travers un voyage au Mexique, le trio semble vivre une parenthèse enchantée, sorte de paradis avant de sombrer dans les difficultés (renvoyant vers la structure narrative de The New World). Cette vision n’est pas forcément inintéressante en soi, mais Malick traite cela avec un manichéisme et une certaine superficialité. Si ça fonctionne parfaitement sur certains plans (on pense notamment à la carapace de Fassbender se fendant l’espace d’un plan), le propos général du film est somme toute très candide et trop peu nuancé pour convaincre pleinement.

Un trio d'acteurs principaux habité et époustouflant, parfaits véhicules de l'émotion made in Malick.

Cependant, le trio principal, lui, convainc sans aucune difficulté : Mara est impeccable en nymphe innocente mais pas que, Fassbender excelle dans une tristesse et un vide existentiel sourd tandis que Gosling semble simplement parfait pour son rôle de monsieur tout-le-monde cloué par la réalité malgré toute la légèreté qu’il essaie de conserver. En ce sens, et dans la lignée des personnages masculins centraux à la filmographie de Malick, il faut probablement insister sur la qualité exceptionnelle des 2 acteurs principaux, probablement ce que le film a de mieux à offrir. Ils portent parfaitement sur leurs épaules les thématiques chères au réalisateur, nous rappelant Martin Sheen dans Badlands, Jim Caviezel dans The Thin Red Line ou Colin Farrell dans The New World. Là aussi, le montage sur-éclaté est préjudiciable car il nous retire trop souvent de l’écran ce trio d’acteurs alors qu’il est l’élément le plus fascinant du film.

Ce qui est certain, par contre, c’est qu’on retrouve toujours ce qui a souvent été raillé comme composants du « Bingo Malick » : Malick filmant une libellule plutôt que les acteurs, musique classique, voix off, héroïne jouant dans des rideaux blancs, naïveté des dialogues, des références culturelles très spécifiques (ici, c’est carrément des gros plans sur des tentures antiques), un montage éclaté, des atermoiements spirituels, et évidemment des images d’une plage. On retrouve aussi, comme d’habitude avec Malick, des acteurs coupés au montage :Christian Bale est totalement absent du film, Cate Blanchett a environ 4 minutes de temps d’écran, même Natalie Portman est finalement relégué au 3e plan (allez Natalie, encore un 3e film avec Malick et tu auras eu autant de temps d’écran qu’avec un second rôle classique) tandis que Val Kilmer est parachuté 2 minutes, juste le temps de découper sur scène une enceinte à la tronçonneuse avant de se faire huer par le public.

Est-ce que Malick serait en train de changer, d’évoluer ? Ce qu’on sait déjà, c’est que son prochain film, Radegund (à moins qu’il ne change lui aussi de titre), reviendra à un tournage plus classique : 40 jours, et un script plus complet qui sera suivi de plus près. Plus qu’une évolution, cette trilogie serait donc plutôt une expérimentation non-définitive, poussant simplement un peu plus fort des curseurs déjà éprouvés par le passé.

Il est intéressant aussi de voir Malick sortir de sa tanière pour faire la promo de Song to Song : alors qu’il s’est toujours tenu très loin du public et des caméras, le voici qui enchaîne une session de questions-réponses avec Werner Herzog et une table ronde avec Michael Fassbender et Richard Linklater. Du jamais vu depuis 1974.

Bingo pour ce nouveau Malick ?

En résumé, quand on fait la synthèse de Song to Song, qu’en reste-il ?

Le sur-éclatement du montage vers des digressions hors-sujet nuit à la construction émotionnelle. The New World et The Tree Of Life réussissait à trouver l’équilibre. Ce n’était plus le cas sur To The Wonder et Knight of Cups, ce n’est malheureusement pas le cas ici non plus. On aimerait un retour à un cinéma plus fluide et plus direct thématiquement. Cependant, Song to Song est probablement le meilleur film de Malick depuis The Tree of Life... même si ça ne veut pas forcément dire grand-chose.

Ensuite, le numérique nuit à la beauté de l’image mais n’empêche pas la patte Malick d’être de tous les plans. Cependant, un retour à la pellicule serait probablement bénéfique visuellement, surtout que la marche est d’autant plus grande que The New World et The Tree Of Life mettaient la barre extrêmement haut.

Enfin, les thématiques émotionnelles et psychologiques fonctionnent bien malgré ces limites, même si certains développements paraissent manichéens et candides. Cependant, le trio d’acteurs principaux transcendent cela à travers une impeccable adéquation et une alchimie évidente. Ils sont sans aucun doute le point fort du film.

Informations

Détails du Film Song To Song
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 129 '
Sortie 12/07/2017 Reprise -
Réalisateur Terrence Malick Compositeur
Casting Cate Blanchett - Val Kilmer - Rooney MAra - Natalie Portman - Michael Fassbender - Ryan Gosling
Synopsis A Austin, Texas, Faye, musicienne essayant de percer, rencontre BV, dans la même situation. Tous les deux fréquentent Cook, producteur à succès, séducteur et manipulateur. Tous trois cherchent la réussite professionnelle, mais leurs ambitions auront-elles raison de leur passion ?

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