Critique Le Serpent aux mille coupures

Le Serpent aux mille coupures
Critique du film, Le Serpent aux Mille Coupures, réalisé par Eric Valette d'après un roman de DOA.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

Le polar à la française retrouve définitivement ses couleurs avec une génération de metteurs en scène aux manettes de différentes initiatives entre des scénarios originaux et des adaptations de romans à succès. Ces dernières années, le polar et le thriller se portent à merveille en France. Un plaisir de cinéphile de revoir de tels longs-métrages en salles. Anti-Gang, Braqueurs ou encore La Mécanique de L'Ombre, une nouvelle génération dépoussière le genre avec brio.
Eric Valette fait partie de ce fer-de-lance après des essais tels qu'Une Affaire d'État ou le prenant La Proie avec Albert Dupontel en 2011.

Depuis, Eric Valette s'est consacré à la série TV entre l'écriture de la saison 2 de Braquo, série ayant relancée le polar et l'action dans la série française et la réalisation de Crossing Lines, variation ratée d'Esprits Criminels en Europe.
Le Serpent aux Mille Coupures signe le retour du réalisateur toulousain au cinéma. Une adaptation éponyme du roman de DOA sorti en 2009, dont l'auteur signe lui-même le scénario.
Le film débute au cœur d'une vigne où une rencontre entre trafiquants va tourner au carnage. Un motard blessé va se réfugier dans une ferme tenue par un couple agressé par les autochtones de la région. Il subit les attaques racistes des fermiers souhaitant récupérer les terres. Suite à la tuerie de la vigne, deux étrangers débarquent à Toulouse, car l'un des morts est le fils d'un baron de la drogue colombienne. Ils viennent mettre au clair l'affaire et retrouver le meurtrier qui n'est autre que le motard, au mauvais endroit au mauvais moment.

Un film noir prenant par le mystère épais qui tombe lentement sur la première partie.

Eric Valette fait du Serpent aux Mille Coupures un film noir prenant par le mystère épais qui tombe lentement sur la première partie. Des personnages obscurs, un contexte grisâtre entre meurtres, trafic de drogue et racisme. Se mêlent à la pagaille ambiante deux gendarmes enquêtant sur les meurtres. L'un est incarné par Pascal Greggory, gueule du cinéma français apportant un poids certain dans ce thriller aux allures coréennes.
Eric Valette ne se cache pas de ses références prégnantes renvoyant à J'ai Rencontré le Diable par cette ambiance mortifère dont la région Sud-Ouest prête son charme. Mais on pense surtout au cinéma coréen pour ses situations de réalité et ses personnages mystérieux. Tomer Sisley incarne un fugitif blessé sans identité (rien ne sera dévoilé pendant tout le film) se cachant dans cette ferme attendant le moment fatidique pour sortir. Il y a le personnage de Stephane Debac en notable pris dans les tourments du trafic de drogue attiré par l'argent facile. Il va se retrouver à guider le tueur méticuleux du cartel, un Asiatique aux yeux clairs incarné par le frissonnant Terence Yin. L'acteur aperçu dans diverses productions hongkongaises se révèle ici en tueur implacable, notamment lors d'une séance de torture faisant froid dans le dos.

On sait d'avance que le clou du spectacle sera le face à face entre le motard et Tod (Terence Yin). Mais le scénario du Serpent aux Mille Coupures avance un point intéressant qui ne sera jamais réellement exploité. Au cœur de ce face à face emmenant le thriller vers des aspérités de « western » chères à Eric Valette, l'auteur installe au cœur du récit les autochtones racistes s'en prenant au couple de la ferme. Cette ferme, point central du film, reprise suite à la mort du fermier par son fidèle acolyte, un jeune franco-sénégalais avec sa femme et leur petite fille de 4 ans. Le couple est persécuté, leurs matériels brûlés, leurs bêtes tuées et leurs vignes vandalisées. De cette haine vers l'étranger par le français rustique et banal, Eric Valette n'en tire jamais profit. Là était le point crucial d'une revalorisation du polar à la française, l'exploitation de nos maux intérieurs au cœur d'une France qui se meurt, prête à voter Front National à quelques semaines des présidentielles. La possibilité est pourtant présente de confronter l'étranger aux régionaux racistes, Tod et son acolyte malgré lui navigant et posant de multiples questions dans la ville à la recherche du motard. Ce chinois venant de Colombie errant dans les rues de ce village à la vue de tous, laissant derrière lui de multiples cadavres mutilés. On ne peut que penser à The Strangers où le racisme est l'un des thèmes principaux du film dans ce thriller fantastique venu de Corée du Sud.
Eric Valette, sûrement dû à un budget minimal, se contente simplement de proposer un polar sombre collant aux balises éculées du genre. Une ambiance mortifère se servant des brumes épaisses du matin pour assouvir son envie d'un Gun-Fight au cœur de la ferme, de ceux concluant les fins de deuxièmes bobines. Dans Le Serpent aux Mille Coupures, il conclut mollement le film, le face-à-face entre le motard, Tod et les chasseurs racistes s'en prenant au couple.

Une belle promesse de divertissement policier qui déçoit par son manque flagrant de relief.

Le film, belle promesse d'un divertissement policier, déçoit par son manque flagrant de relief. Certes le film est fidèle au roman de DOA, mais il manque un certain détachement pour en faire un vrai produit de cinéma. L'émancipation d'une histoire littérale s'accrochant trop fortement à son origine par fidélité. Le film captive opérant un charme certain sur le spectateur. Mais son manque flagrant de souffle lui confère au final un aspect télévisuel soigné. Toute l'ambition du film est présente, mais Le Serpent aux Mille Coupures nous laisse sur notre faim, comme si nous n'avions pas eu le thriller sombre aux ingrédients macabres proposés par instants. Finalement, le motard n'est qu'un inconnu repartant sans but, Tod un tueur sans pitié déjà vue maintes fois au cinéma et les villageois de simples crétins racistes du crue. Reste le couple de fermiers, de simples naïfs pensant que les choses vont bouger prit dans les tourments d'une affaire qui les dépasse pour finalement répondre à tous leurs problèmes. Eric Valette conjugue Sam Peckinpah à Claude Chabrol pour n'en retenir que le pendant français, un petit film restant à sa simple mesure de proposition, un bel essai pour un réalisateur avide de cinéma et une boîte de production avide d'un produit d'appel.

Informations

Détails du Film Le Serpent aux mille coupures
Origine France - Belgique Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 106 '
Sortie 05/04/2017 Reprise -
Réalisateur Eric Valette Compositeur Christophe Boulanger - Mike Theis
Casting Tomer Sisley - Pascal Greggory - Erika Sainte - Terence Yin - Stéphane Debac
Synopsis Moissac, hiver 2015. Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage. Un gang de narco trafiquants tués par balle, calcinés, ne sera finalement pas au rendez-vous prévu avec la pègre locale. Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petits, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L'homme a déclenché une vague de violence inouïe dont personne ne sortira indemne...

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