CRITIQUE Tunnel (Teo-neol)

Tunnel

Critique du Film

Remarqué il y a deux ans avec le relativement réjouissant Hard Day, le réalisateur Kim Seong-hun revient cette année sur le devant de la scène avec Tunnel, deuxième plus gros succès coréen de l'été 2016 juste derrière Dernier train pour Busan. Empruntant les voies du film catastrophe, Tunnel commence très fort : alors qu'il rentre chez lui pour fêter l'anniversaire de sa fille, Jung-soo (Ha Jung-woo, vu récemment dans Mademoiselle) traverse un tunnel en voiture quand celui-ci s'effondre. Seul, coincé et entouré de gravats, Jung-soo doit attendre les secours qui font avec les moyens du bord, doivent contenir les journalistes et jongler avec les autorités qui ont d'autres priorités en tête que de se casser les pieds à sauver une seule vie quand des millions sont en jeu...

Difficile de ne pas voir dans Tunnel une vive critique de la société coréenne, moquée ouvertement. Là où Kim Seong-hun disait que Hard Day n'était pas réalisé pour critiquer la police de son pays, on aura du mal à croire que Tunnel n'a pas été réalisé dans l'intention de remettre tout le gouvernement coréen en question à travers des saillies d'humour noir qui appuient là où ça fait mal, allant jusqu'à mettre en scène une Ministre bien incapable de faire quoi que ce soit, uniquement là pour l'image médiatique. Certes, le tableau n'est pas complètement noir : Jung-soo est un type bien sans histoire, père de famille aimant et travailleur et l'on trouve parmi les secouristes un homme acharné dans sa volonté de sauver une vie quitte à sacrifier un projet de tunnel dont le chantier est mis en suspens en raison du sauvetage.

Si Tunnel est un solide film catastrophe, il demeure étonnamment très classique pour un cinéma sud-coréen qui nous avait habitué à plus de surprises et moins de ronronnements.

Si l'humour est donc bien présent et que la critique va des médias aux politiques (on pense d'ailleurs un peu au Gouffre aux chimères de Billy Wilder), Kim Seong-hun reste cependant sur une trame classique, évitant les débordements imprévisibles et surprenants que l'on trouve régulièrement dans le cinéma coréen. Ici, la sobriété l'emporte majoritairement et il vise le réalisme pour mieux nous plonger au cœur du calvaire de Jung-soo tout en maniant habilement les ellipses montrant les jours qui défilent dangereusement. C'est étonnant d'ailleurs mais s'il est bien construit, Tunnel ne surprend guère. Sa critique d'un pays qui veut tout construire trop vite en sacrifiant les normes de sécurité est virulente mais l'on a connu plus féroce. Ainsi, le film se déroule selon un schéma finalement très classique et n'offre aucune scène totalement originale pour ce genre de situation. C'est à peine si le scénario tord le cou à quelques conventions du genre, préférant parfois passer plus de temps à la surface avec les secours alors que la survie de Jung-soo intéresse plus.

Au final un poil décevant, Tunnel reste un film catastrophe de bonne facture en dépit de quelques longueurs (on peut aisément couper vingt minutes aux 2h06 du métrage). Le fait est que Kim Seong-hun sait s'y prendre pour maintenir la tension, en restant sobre et sans vraiment prendre de risque mais en offrant quelque chose de vraiment efficace, en témoignent les scènes où le tunnel s'effondre. On regrettera seulement que le film affiche un schéma classique et, au final, quasiment prévisible alors que jusqu'à présent, le cinéma sud-coréen avait su nous secouer sans nous brosser dans le sens du poil. Qu'importe, Tunnel reste hautement divertissant, mettant en valeur la vie humaine face aux rouages d'une société qui semble de plus en plus décidée à se déshumaniser...

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Alexandre Coudray

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