CRITIQUE Summer Wars

Summer Wars

Critique du Film d'Animation

Bienvenue dans le Digimonde le monde d'Oz

Avant de réaliser les superbes Les Enfants Loups, Ame et Yuki et Le Garçon et la bête, Mamoru Hosoda réalisait Summer Wars, un film sorti aux premières chaleurs de l'été 2010 dans nos salles.

Le Monde d'Oz, pierre angulaire de l'histoire de Summer Wars. Ici rien à voir avec Dorothy, imaginez un réseau intranet comme celui d'une entreprise lambda avec chacun son compte, ses accès et ses possibilités en fonction de sa place dans l'entreprise mais à l'échelle planétaire. Nous avons donc un mélange de Google et Facebook, dans lequel il est possible d'effectuer toutes sortes d'activités pour un utilisateur normal et même pour le président des États-Unis de lancer un missile nucléaire via son avatar dans Oz. Kenji Koiso est un lycéen passionné par les mathématiques et l'arithmétique modulaire. Ne cherchez pas sur google, dites vous juste qu'il est capable, à partir de votre date de naissance, de savoir quel jour de la semaine vous êtes nés, de tête. L'été, il travaille à la maintenance d'Oz mais une fille de son école, Natsuki Shinohara, l'engage pour la suivre dans sa famille afin d'organiser le 90e anniversaire de son arrière-grand-mère, la matriarche du clan Jinnouchi.

Un propos noble sur la famille et l'héritage qu'on retrouvera dans les oeuvres suivantes de Mamoru Hosoda.

À travers ce film, Mamoru Hosoda initie l'utilisation d'un thème qui continuera de le suivre jusqu'à le Garçon et la Bête, la famille et particulièrement l'opposition entre les traditions et la modernité. On retrouve ce thème récurrent dans Les Enfants Loups avec l'opposition entre les deux frère et soeur, Ame et Yuki et dans Le Garçon et la Bête avec plus largement le monde des humains et Jūtengai (le royaume des bêtes). Dans Summer Wars, la famille Jinnouchi représente les traditions, une vieille famille de Nagano, descendante d'un vieux clan d'Ueda. Évidemment, Oz représente la modernité. Ici, nous sommes face aux balbutiements de son thème de prédilection, un basique Famille Vs. Internet. Mais ce n'est pas parce que l'idée est basique qu'elle n'est pas présentée avec talent. Même si la famille Jinnouchi regorge de membres et donc de personnages à l'écran, chacun est reconnaissable, chacun est une pièce importante du puzzle. La famille est représentée avec habiletée et menée par une matriarche charismatique avec une présence imposante malgré ses 90 ans. On aura tout de même du mal à retenir leurs noms et leurs places dans l'arbre généalogique. Le propos de Hosoda est finalement le même pour ces 3 films. Peu importe ce que nous devenons, peu importe ce que nous faisons, notre héritage et nos traditions feront toujours partie intégrante de nous. Cette idée deviendra le maître mot du film Le Garçon et la Bête.

Mamoru Hosoda a fait de Summer Wars un film remarquable dans l'établissement de son univers. Offrant des paysages de campagne contemplatifs et un niveau de détails qui élève ce film d'animation au niveau des œuvres des studios Ghibli. L'animation est fluide, il y a une certaine grâce dans les mouvements qui donne l'impression que les personnages sont fait de soie. Malgré un character-design relativement pauvre, ce qui n'est pas déterminant lorsqu'on est face à une oeuvre ancrée dans un monde réaliste. Toute l'originalité et le sens artistique s'expriment à travers le monde d'Oz et ses habitants qui pourraient nous faire penser aux oeuvres de l'artiste Takashi Murakami.

Mais les principales qualités de Summer Wars se transforment en épée de Damoclès quand on regarde de plus près la filmographie de Mamoru Hosoda et qu'on le compare avec son premier film, Digimon : Le film. Là où La Traversée du temps n'avait que quelques similitudes graphiques avec le Digimonde, la frontière avec Summer Wars devient déjà plus mince. Le monde Oz ressemble à une version améliorée du Digimonde et ce n'est pas une mauvaise chose. Mais l'histoire est la même. Les digi-sauveurs qui se battent avec leurs digimons contre le terrible digimon virus, Keramon, qui met la pagaille dans internet. Dans Summer Wars, nous avons Kenji et la famille Jinnouchi avec leurs avatars d'Oz qui se battent contre l'IA Love Machine. Une fois les deux films mis côte à côte, on retrouve un goût de réchauffé. Il y a une image récurrente aux deux films, le méchant jouant avec les panneaux de signalisation et les feux-rouges (si vous avez vu les deux films, vous comprenez). La même utilisation d'un fil rouge, entre le jeune membre de la famille Jinnouchi dont on suit le match de base-ball à la télé tout le long du film et le suivi de la cuisson du gâteau fait maison par la mère de Tai, héros du film Digimon. Cette certaine incrédulité face au danger de la situation des personnages secondaires comme les femmes de la famille Jinnouchi ou la mère de Tai. La résolution du film qui survient de la même manière dans les deux cas, un retournement de situation, une aide venant des utilisateurs anonymes du monde entier, des plans sur ces mêmes utilisateurs devant leurs ordinateurs ou leurs téléphones. Finalement, retourner l'arme du méchant contre lui. Summer Wars est une copie de Digimon : Le film en plus développée dont on enlevait le background pour en inventer un nouveau.

Avec Summer Wars, Mamoru Hosoda voit une manière de se réapproprier son travail sur Digimon : Le Film pour lui donner sa propre identité.

En revanche, la bande originale composée par Akihiko Matsumoto, bien qu'elle manque de diversités, est un chef d'oeuvre. La musique saura tirer sur vos cordes sensibles aux bons moments.

On sent que Mamoru Hosoda a voulu réutiliser les bonnes idées qu'il a eu par le passé pour les articuler autour d'un nouveau thème. Summer wars c'est un peu ça, la fin d'un Mamoru Hosoda dans un monde de science-fiction et de technologie avec Digimon, La Traversée du temps et Summer Wars mais le début d'un Hosoda qui ne cesse de s'améliorer, sur le fantastique et le traditionnel avec Les Enfants loups et Le Garçon et la Bête. Reste à attendre son prochain long-métrage.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Jérémy DEROZIER

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