CRITIQUE La Belle et la Bête (Beauty and the Beast)

La Belle et la Bête

Critique du Film

Suite... reboot... remake...préquelle... Le cinéma ne sait plus où donner du sens entre capitalismes furieux et envie de spectacles grandioses. Les studios américains se ménagent en exploitant des catalogues forts, riches et sécuritaires pour les bilans financiers à présenter aux actionnaires, tout en rassurant les spectateurs avec des programmes de pseudo-qualité pour leur sortie du vendredi soir après une dure semaine de labeur.
L'odeur du pop-corn, la valeur sûre d'une magnifique affiche où reflètent les noms de stars comme Cate Blanchett ou Emma Watson, le slogan se référant à d'illustres titres, les exécutifs ont déjà (presque) configuré les premiers chiffres du premier week-end du box-office tout en ayant programmé la qualité même du film. Le produit est pré-mâché par des brainstormings massifs dans les locaux des studios avec une dizaine de scénaristes non crédités s'agitant pour donner forme aux divers mémos collés sur les différents tableaux.
Le divertissement est devenu depuis presque 15 ans une usine chinoise apte à sortir en un rien de temps la copie conforme rassurante d'un produit pré-existant. Le producteur serait même capable de porter plainte soi-même pour plagiat. Tous les studios y passent avec un certain succès. On dénombre plus les nombres de suite et de remake depuis des années avec un ras-le-bol monstre. Mais que pouvons-nous outre le fait de ne pas soutenir de telles démarches tout en prévenant nos chers lecteurs ?
Bon ok, on est plutôt fan du catalogue Marvel, on a adoré les aventures de Superman ou Batman, mais pour le coup ce sont des adaptations, voire de multiples suites, et non des refontes de classiques déjà appréciés et vus au cinéma.

Disney se souhaitant plus malin que les autres, capitalise depuis 5ans maintenant sur le fond de son catalogue des « Grands Classiques » de l'Animation. Un catalogue riche et de grande qualité dont le studio espère mettre en relief chaque proposition. On a déjà eu le droit à Alice aux pays des merveilles/ Alice De l'Autre Côté du Miroir, Cendrillon, La Belle au Bois Dormant (Maléfique), Le Livre de la Jungle et aujourd'hui La Belle et la Bête. On attend dans les prochains mois Dumbo par Tim Burton, Pinocchio ou encore Winnie L'Ourson.
Il ne faut pas oublier que Disney avait commencé cette perspective avec Les 101 Dalmatiens, il y a de cela 15 ans maintenant avec Glenn Close en Cruella et une horde de Dalmatien en CGI primitif.

La Belle et La Bête est un produit superficiel dont Bill Condon orchestre l'histoire avec efficacité, mais sans aucune personnalité.

Aujourd'hui et en salles le 22 mars 2017, c'est La Belle et La Bête de passer à la moulinette d’exécutifs tout heureux de proposer un spectacle musical de haute volée aux lancinantes et envahissantes chansons plombant la narration d'une œuvre plastiquement sublime, mais totalement froide.
Produit comme un spectacle musical capable de vous faire oublier les 14€99 de votre place, La Belle et La Bête se noie sous une conception numérique (im)parfaite. Dans ce film réalisé par le malléable Bill Condon, tout sonne faux, rien n'est réellement palpable. Les fonds bleus/verts sont soupçonnables à chaque séquence, le château de La Bête n'est qu'un simple papier peint sans consistance, le village nous renvoie en permanence à un décor des parcs d'attractions Disney tout en plastique et autres rajouts numériques. On se demande alors le pourquoi d'une transposition réelle du classique Disney pour un tel rendu ?

Car finalement on ne croit jamais en rien dans cette nouvelle transposition de La Belle et La Bête. Un produit superficiel dont Bill Condon orchestre l'histoire avec efficacité, mais sans aucune personnalité. On est loin des réussites de Maléfique ou du Livre de la Jungle où Jon Favreau s'éclatait au cœur de cette jungle numérique, mais dense et soignée. Ici le tableau est livide proche du Cendrillon de Branagh qui se laissait guider gentiment par les exécutifs.

La Belle et La Bête est une production assourdissante pour un public cible d'enfants/maman ou jeunes filles génération Harry Potter rêvant de revoir Hermione en belles robes de soirée.

Cette nouvelle transposition de La Belle et la Bête n'a rien d'enivrant, de fort. Elle ne respire jamais la vie, ne possède aucun souffle émotionnel apte à nous happer dans un tourbillon romantique et romanesque tel le classique mis en image par Gary Trousdale et Kirk Wise. Sous ses flots de chansons mièvres reprises du film d'animation et de la comédie musicale s'étant jouée à Paris au Théâtre Mogador, on s'aperçoit très rapidement que le film de Bill Condon se référe plus à la deuxième option. Le film est plus proche de la transposition de la comédie musicale à succès que du film d'animation. Une accumulation de titres parfois entraînants et tourbillonnants, d'autres, beaucoup plus complexes, procurant cette soudaine envie suicidaire de quitter la salle ou de se boucher les oreilles. La Belle et La Bête est une production assourdissante pour un public cible d'enfants/maman ou jeunes filles génération Harry Potter rêvant de revoir Hermione en belles robes de soirée. Emma Watson idéale en Belle, un rôle presque joué d'avance tant le rôle lui était destiné. La jeune anglaise est lumineuse apportant cette lueur manquante dans ses rôles précédents. Enfin la jeune actrice révèle une présence, un charme lui assurant un quelconque avenir. Belle ou le rôle de la révélation, celui de l'affirmation s'affranchissant une bonne fois pour toutes de la franchise Harry Potter.

Cette nouvelle proposition de La Belle et La Bête est finalement une pâte à modeler qui se délitera dans le temps. Un film superficiel mâché par les différentes directives d'un studio capitalisant sur un catalogue riche. La proposition de cinéma n'est jamais présente sur un écran géant tourbillonnant d'effets de couleurs, de chansons assourdissantes et parfois intenables. Le film subira le lourd fardeau du temps. Quand on reverra la version animée de 1991 (même ses suites pour dire!), cette version 2017 se perdra dans les limbes d'un espace temps du cinéma comme un produit d'une époque révolue. Un produit de consommation apte à vendre des poupées et autres produits dérivés en 2017/2018. Dans quelques années, ce sera une autre affaire. On paierait cher pour voir la proposition faite par Guillermo Del Toro au Studio Disney pour faire le film, lui qui s'est vite échappé de cette production pour Crimson Peak. À reconsidérer aujourd'hui, La Belle et La Bête de Christophe Gans est une suggestion bien plus pertinente et personnelle à procurer à nos bambins, un film mieux pensé, plus réfléchi, plus riche, un film sans doute à réévaluer face à cette lecture « Disneyenne » peu subtile en dépit de toute la beauté d'Emma Watson.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Mathieu Le Berre

Laissez un commentaire

Connectez-vous ou inscrivez-vous afin de laisser un commentaire.