CRITIQUE Kong: Skull Island

Kong: Skull Island

Critique du Film

King Kong. Autant dire que la figure mythique du grand singe a toujours fasciné le public depuis sa première apparition en 1933. Et puisque la mode semble être de puiser dans les vieilles recettes (on ne compte plus le nombres de remakes ou reboots qui sortent chaque année, Marvel mise sur ses suites à foison, Universal veut relancer ses films de monstres), autant donner vie au grand singe une fois de plus, dans un blockbuster modèle géant avec, bien entendu, l'intention de capitaliser sur une future rencontre entre King Kong et Godzilla en 2020.

En attendant voici donc Kong : Skull Island dont la réalisation a été étrangement confiée à Jordan Vogt-Roberts qui, jusqu'à présent, n'avait réalisé qu'un seul film, un teen-movie plutôt indé (The Kings of Summer) à l'instar d'un Colin Trevorrow qui s'était vu confié Jurassic World après Safety Not Guaranteed. Épaulé par trois scénaristes (dont Dan Gilroy), Vogt-Roberts s'attaque donc au mythe de Kong et les ingrédients sont là : l'île du Crâne, le singe géant, les indigènes flippants, le mur et bien évidemment les humains, allant de la belle blonde amadouant la bête au type stupide qui veut faire ce qu'il veut d'un animal beaucoup plus majestueux que lui. Les ficelles ont beau être connues, Skull Island envisage l'histoire différemment en mettant en scène un groupe composé de scientifiques, de militaires et d'une photographe se rendant sur l'île du Crâne pour une expédition dont ils ignorent quasiment tous le but. Évidemment ça ne tarde pas à tourner au vinaigre quand, dans une séquence épique, Kong détruit tous leurs hélicoptères. Alors que le colonel Packard envisage déjà de tuer le singe géant par pur esprit de vengeance, les autres survivants veulent se tirer de là tout en découvrant tous les dangers qui regorgent dans l'île, King Kong n'étant certainement pas la bestiole la plus menaçante se trouvant sur les lieux...

Sous la houlette de Jordan Vogt-Roberts, King Kong n'a jamais été aussi beau et aussi impressionnant.

S'il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans les ressorts scénaristiques du film, Kong : Skull Island doit sa réussite à son contexte lui donnant une dimension tout de suite plus barbare et épique. En effet, le film se passe en 1973 alors que les troupes américaines se retirent du Vietnam. Finies les armes ridicules des années 30, les militaires peuvent s'attaquer à Kong à grand renfort d'hélicos, de napalm et de mitraillettes à la cadence incroyable. Ce contexte très marqué permet de moderniser une histoire souvent racontée au passé (sauf dans la version de John Guillermin qui se déroulait en 1976, date de sortie du film) et lui donne une sorte de folie furieuse inédite et bienvenue. Depuis les premiers teasers, le film orchestré par Vogt-Roberts a d'ailleurs clairement démontré qu'il lorgnait du côté d'Apocalypse Now pour ses décors, sa photographie, ses explosions et ses charges d'hélicoptères. Difficile en effet de ne pas penser au film de Coppola devant Skull Island, Vogt-Roberts allant jusqu'à faire du personnage d'un soldat joué par Thomas Mann une copie quasi-conforme du personnage de surfeur soldat incarné par Sam Bottoms dans Apocalypse Now.

Sous l'influence de la même folie furieuse que Coppola (l'enfer du tournage en moins), Jordan Vogt-Roberts entend donner au mythe de King Kong une nouvelle dimension, critiquant allègrement la folie militaire s'emparant du colonel Packard qui refuse de perdre une guerre contre Kong sous prétexte qu'il a déjà perdu celle du Vietnam. Certes, la dimension politique s'arrête là, le reste du contexte étant là pour, on le suspecte, le grand plaisir du réalisateur qui profite également de l'occasion pour doter le film d'une bande-originale de dingue allant des Creedence Clearwater Revival à Black Sabbath. Le grand plaisir du réalisateur est aussi le nôtre. Non seulement Jordan Vogt-Roberts cherche à faire frémir nos pupilles de plaisir en multipliant les morceaux de bravoure dans une superbe photographie mais il met également en place un bestiaire aussi impressionnant que flippant. Forcément, malgré les créatures les plus repoussantes, c'est bien King Kong qui domine le tout. Trois fois plus grand que toutes ses apparitions précédentes, Kong est un dieu dominant toute son île et ne tolérant pas qu'on vienne mettre à mal son territoire. Chacune de ses apparitions est soignée, mettant en valeur sa majesté mais aussi sa bestialité quand il détruit des hélicoptères d'un coup de poing ou qu'il se bat contre une bestiole plus féroce que lui. C'est bien lui l'attraction du film, bien plus que les personnages humains qui doivent se battre pour exister.

Kong : Skull Island n'a rien de subtil mais déploie une force visuelle incroyable, nous livrant du grand spectacle comme on les aime.

C'est d'ailleurs le gros défaut de Skull Island : on peut tolérer que les personnages soient des archétypes dans ce genre de production mais c'est tout de même un vrai gâchis de ne pas leur donner un minimum de consistance. Tom Hiddleston hérite ainsi d'un rôle complètement falot dans lequel il peine à s'imposer tandis que de solides seconds rôles comme John Goodman ou Samuel L. Jackson se retrouvent condamnés à ne jouer que sur une seule note même si, reconnaissons-le volontiers, L. Jackson est toujours aussi brillant quand il joue les militaires grande gueule et impitoyable avec suffisamment d’orgueil pour avoir envie de se frotter à plus grand que lui. Si le scénario essaye de soigner le personnage de Brie Larson, l'actrice a tout de même l'air un peu perdue et c'est parmi tout ce beau monde que s'impose John C. Reilly. Dans le rôle d'un pilote américain vivant sur l'île depuis près de trente ans, l'acteur offre une prestation de cabotin qui lui sied à merveille, jouant à la fois sur la folie et sur l'émotion de son personnage, clairement le mieux développé d'un scénario plus occupé à faire exister l'île et son bestiaire que ses personnages, défaut déjà présent dans Godzilla.

Si l'on regrettera qu'il ne soit pas plus original qu'on aurait bien voulu le penser, il serait inutile de nier le pied que l'on prend devant Kong : Skull Island. Pensé comme une série B et un film de kaiju à prendre au second degré (il faut voir des situations très dramatiques désamorcées avec beaucoup d'humour pour comprendre que le film ne se prend pas vraiment au sérieux), Skull Island est tout simplement un grand spectacle bourrin affichant la volonté d'un cinéma fun, dénué de grands enjeux mais certainement pas d'ambition. Réalisé avec talent par Jordan Vogt-Roberts, le film s'impose comme un grand spectacle lorgnant plus vers la violence primale que sur le lyrisme des films de 1933 ou de 2005. Tant pis si l'ensemble y perd en subtilité au passage, on s'y amuse beaucoup, impressionné par la violence et par le bestiaire déployés qu'il serait dommage de bouder, surtout sur écran géant !

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Alexandre Coudray

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