CRITIQUE Baby Phone

Baby Phone

Critique du Film

Tout commence par un court-métrage réalisé en 2014. Puis l'envie d'en faire un long... car finalement on reste un peu sur sa faim avec un format court. Une partie de l'équipe (Pascal Demolon/Marie-Christine Adam) est reprise pour rallonger le concept du Baby Phone pour une comédie hivernale sympathique. Mais qu'y a-t-il réellement de neuf ?

Baby Phone ne révolutionnera pas la comédie française. Le Baby Phone n'est qu'une excuse à rameuter les spectateurs en salles. Le Baby Phone est l'appât facile pour les bandes-annonces, l'affiche et le synopsis à rendre curieux sur une petite comédie qui oublie l'objet en question dès la scène clé passée. Oliver Casas s'amuse à voir se déstructurer une base familiale et amicale en place suite aux révélations connues de tous par les éléments marketing spoilant tous les espaces publicitaires. Le film se base un peu comme du Francis Veber. On pense beaucoup au Diner de Cons avec ce vase clos dans un appartement parisien, les révélations faites et les règlements de compte par dizaine. Enfin les gens se disent les choses. Mais Baby Phone arrive un peu en retard. On a déjà vu le film des dizaines de fois sans autre originalité. Pire, on a vu le film presque dans la bande-annonce. On connaît toutes les étapes ou presque vers lesquelles on va passer. L'engueulade, les révélations de tout bord, l'effritement amical puis familial, l'explosion, l'incruste d'une personne extérieure, le tournant révélateur puis le rabibochage en règle. On est clairement dans une comédie de boulevard.

Une comédie de boulevard se noie rapidement dans des superficialités ne faisant jamais avancer l'histoire.

Certes on passe un agréable moment avec Baby Phone. On rit hilare à certaines vannes et certaines révélations savoureuses. Mais tout est archi-attendu. Le vrai travail réside sur les dialogues et les punchlines que les personnages s'envoient à la figure. Le film se prête facilement à l'exercice, Olivier Casas et sa co-scénariste Audrey Lanj relevant le défi avec un certain panache. C'est toujours un plaisir de voir le français coincé par convention dans un lieu clos s’étriper par un vocabulaire populaire pour remettre les choses en place, essayer de comprendre le tournant de sa vie qui se joue face aux spectateurs. Voir Ben prendre sa vie en pleine face par égoïsme, les tromperies de son entourage, découvrir l'individualisme de ses amis. Ses liens fraternels qui s'effritent par simple jalousie. Finalement, ses comédies de boulevard comme Baby Phone nous renvoient à notre situation personnelle désamorcée par nos hilarités cachant nos peurs. Nos peurs que cela nous arrive. La comédie française met un point d'honneur d'avoir ce talent dans la description faite de la réalité de chacun. Le cinéma met chaque spectateur face à eux-mêmes et cela les fait rire : la French-Touch !

Malheureusement, Olivier Casas n'a pas encore toute l'ampleur d'un Claude Zidi, d'un Gérard Oury ou d'un Francis Veber. Il essaie pourtant tout en connaissant sur le bout des doigts ses références. Mais Baby Phone ne dynamite jamais les classiques par modestie et un manque flagrant de relief. Comme tout premier film, Baby Phone se noie rapidement dans des superficialités ne faisant jamais avancer l'histoire. Finalement, on reste bloqués sous une avalanche de règlements de compte. On sort enfin la tête par une miraculeuse réconciliation où tout le monde repart presque comme il était venu. Le spectateur a passé 1h25 avec des personnages qui ne s’apprécient guère, s'engueulent pour finalement s'aimer encore plus fort. Baby Phone agit comme un divertissement simple et appréciable, un vent agréable qui rafraîchit tout en permettant de passer à autre chose la tête vide. Ça aura au moins ce mérite-là.

Note : Moyen. Verdict : Moyen.

Mathieu Le Berre

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