CRITIQUE : Kite


Kite

Critique du Film

En 1998 sortait Domination Nakite de Yasuomi Umetsu, un Hentaï sulfureux censuré pour sa distribution internationale. Le film jouit depuis d'une réputation facile due en partie par le choc provoqué par le film. L'OAV est un enchaînement de viols pédophiles et de meurtres gores à l'esthétique aguichant sur à peine 60 minutes. Le film trouvera une réelle résonance aux USA où il sera censuré de près de 15 minutes enlevant tous les plans explicites de sexe. En dépit des censures, Domination Nakite de Yasuomi Umetsu jouit d'une telle renommée là-bas que les droits sont achetés pour une transposition au cinéma.
Sous le titre officiel « Kite », la pré-production commence sous la supervision de Rob Cohen qui lâche rapidement les commandes en 2010. Après le rachat par la Weisntein Company des droits et d'un budget au rabais, la mise en scène est confiée au vétéran des SFX, David R Ellis. On connaît le réalisateur américain pour ses travaux sur la saga Destination Finale, Cellular, Shark 3D ou encore Des Serpents dans l'Avion avec Samuel L. Jackson. Mais le 7 janvier 2013, en pleine pré-production à Johannesburg, il est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel sans aucune réelle explication. Le doute plane encore sur son décès. Il avait à peine 60 ans.
Le film est alors confié à un novice en termes de cinéma, Ralph Ziman, réalisateur sud-africain spécialiste dans le clip. La production en profite pour faire de nouvelles coupes dans le budget tout en gardant la sécurité Samuel L. Jackson au casting. Le film arrive finalement à sortir dans l'indifférence générale et nous parvient en DTV disponible chez Condor depuis le 14 février 2017.

La production apocalyptique se ressent quelque peu dans ce film vide de personnalité, essayant en permanence par sa direction artistique de confondre le spectateur. En plein cœur d'une énième dystopie injustifiée, Kite fait étalage d'un monde à feu et à sang où les enfants sont enlevés pour un trafic humain international avec à sa tête l'Émir. Un homme responsable de la mort des parents de Sawa, héroïne du film et du Hentaï originale, que l'on retrouve via une introduction calquée sur le manga. Dans l'ascenseur, elle assassine de sang-froid un dealer adepte des jeunes filles devant les yeux flous d'une grand-mère.
Essayant de coller au plus près de sa base originelle, Ziman abuse en permanence d'effets de style inappropriés pour dynamiser un produit mollasson. Passer outre le premier quart intrigant d'un film qui lorgne sur la Banlieue 13 d'EuropaCorp, Kite se met a tourner en rond, passant d'assassinats généreux en hémoglobines à des séances de remises en question de Sawa qui ne peut vivre sans amphétamines fournies par Aker interprété par ce cher Samuel L. Jackson.

Kite ne se permet jamais de prendre la dimension du divertissement extravagant et fun attendu.

Ce fameux Sam, tête d'affiche d'un film certes ambitieux sur le papier subissant les affres d'une production chaotique. Samuel L. Jackson déambule fièrement dans des décors de Seine-Saint-Denis au son de sa petite sirène de policier tout droit tiré des Playmobils. L'acteur cabotine de son plus bel effet, réelle sûreté du film. Il est encore loin d'être tombé dans la facilité et en désuétude façon Bruce Willis ou Jean-Claude Van Damme. Samuel L. Jackson s'impose d'un charisme incroyable lors de chaque entrée en dépit d'un rôle qui se joue dès les premières minutes. L'acteur se retrouve bien gré mal gré dans ce film par amitié pour David R Ellis et surtout par contrat d'une production promise à être cossus. Finalement, dans des décors sud-africains rappelant les boîtes de nuit et les éternelles rues arpentées par Steven Seagal depuis 15 ans maintenant en Bulgarie, Kite ne se permet jamais de prendre la dimension du divertissement extravagant et fun attendu. Surtout que les scénaristes ont réussi avec brio à se détacher de la matière sulfureuse de base tout en restant fidèles. Sawa se tient à être une tueuse à gages droguée façon Nikita sous l’œil attentif de Aker et non plus une jeune fille fragilisé psychologiquement par les viols multiples et répétés par Akaï. Des belles pirouettes qui aurait pu permettre à Kite à devenir enfin ce divertissement espéré après la découverte de Domination Nakite.

Il n’en sera finalement rien. Kite est une adaptation fidèle de la fameuse œuvre de Yasuomi Umetsu maltraitée une production confuse. En découle alors un produit de consommation profitant oisivement de la présence de Samuel L. Jackson pour attirer l’œil du chaland en supermarché. Malheureusement, le produit final est un DTV bovin élevé à l’anabolisant aux scènes d'action jouissives, les rares fulgurances d'un film foutraque, bien trop technique pour devenir une œuvre à part entière. On ne peut que vous conseiller de vous rabattre sur les deux chefs-d'œuvre orchestrés par Luc Besson à quatre ans d'intervalle – Nikita et Léon – dont le manga - et donc l'adaptation - reprennent sans vergogne les thèmes et trames principales.

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Informations

Détails du Film Kite
Origine Etats Unis - Mexique - Afrique du Sud Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Fantastique
Version Direct To Video Durée 90 '
Sortie 14/02/2017 Reprise -
Réalisateur Ralph Ziman Compositeur Paul Hepker
Casting Samuel L. Jackson - Callan McAuliffe - India Eisley - Carl Beukes - Deon Lotz
Synopsis Los Angeles 2058. Décimée et corrompue à tous les niveaux, la police est impuissante face aux groupes mafieux contrôlés par l'Emir. Au milieu des cendres laissées par des années de chaos, le lieutenant Karl Aker est un des derniers flics à croire encore en la justice. Mais à situation désespérée, nouvelles règles: Aker décide de s'associer à un groupe de tueurs de l'ombre, déterminé à faire tomber l'Emir.

Par Mathieu Le Berre