CRITIQUE Rock'n Roll (Rock 'n Roll)

Rock'n Roll

Critique du Film

Qui est vraiment Guillaume Canet ? Un ex-jeune premier prometteur, un metteur en scène versatile, un petit fiancé de la France, comme Mary Pickford était surnommée la petite fiancée de l’Amérique ? Tout cela en même temps. En tant qu’acteur, il a longtemps joué les gendres idéaux, même si, dans certains films, la tentation du contre-emploi pointait largement le bout de son nez (Darling, La Prochaine fois je viserai le cœur) et montrait que son essence de comédien était nettement moins lisse que son image ne le laissait paraître. Rock‘n roll poursuit à la fois au niveau de la mise en scène et de l’interprétation cette déconstruction de cette apparence.

Car Guillaume Canet est l’un des rares acteurs français à avoir mené en parallèle de sa carrière d'acteur, un travail de metteur en scène. Sur cinq films, on ne sait trop où il se situe, allant de la comédie grinçante (Mon Idole) au polar néo-classique (Ne le dis à personne, Blood ties), en passant par le mélodrame générationnel tire-larmes (Les Petits mouchoirs). Rock‘n roll est peut-être son film le plus sincère et intime mais cette sincérité sonne parfois volontairement factice. Par un jeu de mise en abyme, Guillaume Canet joue son propre rôle, est en couple avec Marion Cotillard qui joue Marion Cotillard, et se trouve entouré d’une bande d’amis (Gilles Lellouche, Maxime Nucci) qui interprètent tous leurs propres rôles. En dépit des apparences, tout n’est pas vrai et Canet en rajoute à cœur joie dans l’excès et la caricature volontaire. Toutes proportions gardées, on pense au jeu de miroirs d’Adaptation de Spike Jonze où le génial scénariste Charlie Kaufman s’inventait un jumeau et des problèmes de créativité. Prêcher le vrai pour dire le faux, tout en laissant échapper quelques bribes de vérité.

Rock‘n roll est peut-être le film le plus sincère et intime de Guillaume Canet mais cette sincérité sonne parfois volontairement factice.

Dans Rock‘n roll, Canet est aux prises avec le démon de la quarantaine, la hantise du vieillissement. Il prend largement les devants (il n’a que 43 ans), pour se mettre les rieurs et les spectateurs de son côté. Par conséquent, il joue le rôle d’un acteur qui n’assume pas son âge et veut toujours faire figure de jeune premier aux côtés de sa partenaire de 20 ans (Camille Rowe, jeune mannequin, révélation étonnante de naturel). Lors d’une interview, elle lui avoue qu’il n’est plus vraiment rock‘n roll, ne faisant plus partie désormais des acteurs sexy. Cette partie du film est assez drôle et efficace, dans sa manière de déconstruire l’image de l’ex-jeune premier. Canet en profite pour filmer sa vie au quotidien ainsi qu’une vie de couple drôlement peu glamour (Cotillard hilarante en pyjama et parlant québécois sous-titré pendant la première moitié du film), la donnant faussement en pâture aux amateurs de la presse people.

Est-ce du grand cinéma pour autant ? Non mais avec Rock‘n roll, Canet livre un film assez hilarant et pertinent, voire même troublant dans sa manière de se perdre entre mensonge et vérité. Il n’a jamais prétendu être un grand cinéaste et décide ici de se faire plaisir en tournant un film joyeusement décomplexé qui vaut largement plus que son mélo affligeant et plombant, portrait de groupe de jeunes richards en perte d’idéaux, Les Petits mouchoirs, mauvaise copie dénuée d’intérêt d’un film de Claude Sautet. Canet avait fait un peu illusion avec Ne le dis à personne, polar relativement efficace, mais Blood Ties son copié-collé scorsesien aidé par James Gray, remake du film français de Jacques Maillot, Les Liens du Sang, manquait d’inspiration spontanée. Il revient donc aux sources de son cinéma (Mon Idole) en se relançant dans la comédie grinçante.

Dans la deuxième moitié du film, Rock ‘n roll prend ainsi un tour inattendu en apparaissant sous les atours d’une comédie sous forte influence des frères Farrelly. Pris par l’obsession de paraître plus jeune, Canet devient une créature monstrueuse bodybuildée et botoxée, ayant autant de crédibilité que les frères Bogdanoff. Le film devient alors aussi un peu monstrueux et ne fait presque plus rire, rendant les spectateurs stupéfaits par ce corps étranger, Canet dissimulé derrière des tonnes de maquillage et de prothèses. On peut saluer cette prise de risques, Canet se livrant à une analyse assez roborative d’une société affectée par la maladie du jeunisme et du sport pour tous.

Pourtant Canet retombe assez vite dans le conventionnel puisque une happy end le fera renouer avec sa famille, en dépit de son apparence désormais monstrueuse. Il lui manque un brin de réelle originalité pour marquer véritablement les esprits. Sous couvert d'autofiction, Rockn roll est surtout une comédie potache et l’on sent que si Cotillard et lui sont ensemble, c’est en raison de leur humour délirant commun, cette façon de se moquer de Céline Dion (reprise hilarante de Pour que je t’aime encore, clin d’œil à Dolan) et des séries télévisées nullissimes (California Rangers, parodie très réussie). Cela ne va pas chercher très loin mais l’autodérision, l’humour et la bonne humeur touchent juste dans ce qui ne se veut pas davantage qu’un film populaire.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

David Speranski

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