CRITIQUE Logan

Logan

Critique du Film

Logan. Un titre simple et évocateur pour la troisième aventure solo de Wolverine au cinéma. Une troisième aventure rapidement annoncée comme la dernière fois que Hugh Jackman, célèbre interprète du mutant griffu, incarnera le rôle après 17 ans et 9 films de bons et loyaux services. Un film en forme d’adieu donc, dont les premières images nous ont hanté pendant des mois tandis que la chanson Hurt de Johnny Cash passait en boucle sur nos ipods.

Après deux films en solo pas franchement réussis (l’un carrément médiocre, l’autre sympathique mais sans plus), Logan sort donc ses griffes pour un dernier baroud d’honneur brutal et élégiaque. Remercions d’ailleurs Deadpool d’avoir eu du succès sans quoi Logan n’aurait sûrement jamais pu être classé R comme il l’est aujourd’hui alors que la violence du film, souvent gore et parfois surprenante sert parfaitement son propos. On se demande tout de même comment les gens de la Fox ont pu laisser passer cela tout en les remerciant d’avoir cru à la vision de James Mangold et de Hugh Jackman, visiblement décidés à enfin offrir au personnage un film digne de ce nom. Logan sera violent ou ne sera pas, voilà ce que Mangold a dû dire aux producteurs, le réalisateur de Cop Land et Walk the Line, montrant ici toute l’étendue de son savoir-faire.

De par ses paysages, sa violence et sa façon de mettre en scène des personnages qui n'ont plus leur place dans l'époque à laquelle ils vivent, Logan rappelle le cinéma de Sam Peckinpah.

Beaucoup plus pensé comme un western post-apocalyptique que comme un film de super-héros (ce qui le rend aussi singulier et aussi réussi), Logan commence en 2029 alors que cela fait plusieurs années qu’aucun nouveau mutant n’est apparu. Travaillant comme chauffeur de limousine entre le Texas et le Mexique, notre célèbre mutant griffu n’est plus que l’ombre de lui-même. La hargne a laissé place à la résignation. Logan est un homme brisé et fourbu qui se meurt à petit feu. Il ne guérit plus aussi bien qu’avant, il boite et ne s’est pas battu depuis longtemps. Avec l’aide de Caliban, il s’occupe d’un Charles Xavier nonagénaire dont le cerveau malade peut causer beaucoup de dégâts s’il n’est pas mis sous sédatif. Mais l’apparition de Laura, une fillette traquée par des hommes dangereusement armés et nombreux, vient changer la donne. Car Laura est une jeune mutante dont les pouvoirs sont étrangement similaires à ceux de Logan. Il faudra que Wolverine sorte à nouveau de sa tanière pour qu’il puisse s’enfuir avec elle et la protéger de ses ennemis, quitte à faire un massacre s’il le faut…

Ce qui fait l’une des grandes réussites de Logan, outre son côté western ouvertement assumé (Mangold cite L’homme des vallées perdues sans rougir), c’est sa simplicité narrative. Si la saga X-Men est complexe et repose sur de nombreux personnages, Mangold (d’ailleurs à l’origine de l’histoire du film avant d’en être le co-scénariste) a épuré le tout en se concentrant seulement sur Logan, le mettant en avant dans un récit limpide et totalement fluide, course-poursuite à travers le désert et la forêt dans laquelle le héros solitaire et désabusé doit ressortir les armes une dernière fois pour protéger la veuve et l’orphelin (ici, c’est en l’occurrence l’orpheline). Sans fioritures, James Mangold met en avant un film à la mécanique si simple qu’elle en devient puissante et fait de Logan le film le plus violent de la saga X-Men tout en lui assurant un aspect mélancolique où la mort et le poids des actions passées ne sont jamais loin.

En cela, Logan ressemble presque au cinéma de Sam Peckinpah, mettant en scène des héros existant dans une époque qui ne veut plus d’eux, hantés par le poids de leurs erreurs et des cadavres qu’ils ont laissé derrière eux. Comme le dira Logan à Laura, il faut se souvenir de chaque personne tuée, même si c’étaient de mauvaises personnes. Le poids des actes a son importance et Logan le sait bien, traînant sa carcasse sur cette terre depuis bien trop longtemps. Célébration de la mort (et donc de la vie), Logan est une réussite dont la triste mélancolie et la triste empreinte du temps qui passe (présente à la fois chez Logan et Charles Xavier, tous deux aux capacités et au physique usés) n’a d’égal que sa violence.

On ne pouvait pas rêver meilleur film pour dire adieu à Hugh Jackman dans la peau de Wolverine.

Une violence sourde, implacable et brutale qui n’hésite pas à faire gicler le sang, à trancher des membres et surtout à n’épargner personne, même pas les enfants dont la sûreté n’est même plus assurée dans ce film. Puisqu’il faut répondre la violence par la violence, Logan se défendra mais avec une alliée de poids en la personne de Laura. Une gamine de 11 ans avec les mêmes capacités que Wolverine et la même hargne, la même fureur. Il faut la voir sauter sur ses adversaires pour les égorger ou leur trancher des bras pour réaliser que Logan va bien plus loin qu’on n’aurait pu l’imaginer. De ses scènes d’actions pleines de bruit et de fureur jusqu’à ses moments intimistes profondément émouvants, le film est tout simplement celui dont on rêvait depuis des années sans vraiment pouvoir le définir.

Ballade sans concessions, Logan arrive à point nommé alors que le film de super-héros stagne partout ailleurs, se répétant dans les mêmes schémas ou n’arrivant jamais à s’assumer pleinement. Miraculeusement, James Mangold tire d’un film solo centré sur Wolverine l’un des meilleurs films de genre justement réussi parce qu’il refuse de s’inscrire complètement dedans. C’est moins un film de super-héros que le portrait d’un homme brisé, roué de coups par la vie, rattrapé par ses démons. Saluons d’ailleurs la performance de Hugh Jackman dont l’adieu aux griffes de Wolverine se fait tel qu’il se devait d’être. L’acteur a marqué le rôle à vie et s’est rarement montré aussi intense que dans cette prestation. Bien entouré par Patrick Stewart et Boyd Holbrook (dont le charisme finit enfin par se révéler dans un rôle qui lui va bien), Hugh Jackman partage surtout merveilleusement bien l’écran avec la jeune Dafne Keen dont la rage et le talent éclatent à l’écran. Si Logan marque la fin d’une époque pour Jackman, gageons qu’il marque le début d’une belle carrière pour cette actrice épatante. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Tandis que nous, pendant ce temps, nous allons nous repasser une fois de plus Hurt en boucle dans les oreilles, désormais hantés par un film qui repose clairement dans le haut du panier du genre.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

Alexandre Coudray

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