CRITIQUE Alibi.com

Alibi.com

Critique du Film

Philippe Lacheau s’est immédiatement fait remarquer il y a 3 ans avec son premier long-métrage, Babysitting, qu’il avait mis en scène avec Nicolas Benamou. Fort d’un succès public mérité, sa suite, Babysitting 2, avec son aspect redite sans grande surprise, laissait un goût d'inachevé malgré l'envie de continuer à percer l'univers de Lacheau. L'impact de ses deux films s’expliquait par la force de son noyau créatif (Lacheau / Arruti) capable d’assumer leurs excès jusqu’au bout. Malgré l’absence de Nicolas Benamou derrière les caméras, Philippe Lacheau ne change pas une équipe qui gagne pour son nouveau film. Alibi.com met en scène un couple d’amis, Grégory et Augustin, ayant monté une entreprise particulière. Les deux compères proposent à leur clientèle de leur fournir toutes sortes d’alibis afin de cacher d’éventuelles liaisons, d’éviter des réunions assommantes ou encore des excuses pour sécher les cours… Alibi.com est une affaire qui roule, jusqu’au jour où Grégory tombe follement amoureux de Flo et apprend que son beau-père fait partie de ses clients à qui il a fourni ses services pour cacher ses infidélités. De mensonges en quiproquos, Grégory s’apprête à vivre le week-end le plus mouvementé qu’il ait connu.

Alibi.com est un bonbon délectable, une comédie savoureuse qui arrive à nous faire rire de bon cœur sans jamais tromper sur la marchandise.

Philippe Lacheau et Julien Arruti sont des enfants des années 80 et 90. Alibi.com fourmille de références à la pop culture de leurs tendres années. De Retour Vers Le Futur en passant par Bloodsport, Alibi.com construit son univers parmi un panel large de clins d’yeux à la fois tendres et amusants à ce qui fait vibrer ses auteurs. Si l’on savait Lacheau passionné de bandes dessinées par le héros qu’il incarnait dans Babysitting, ici il met en exergue l’aspect geek qui sommeille en lui, toujours non sans un certain humour. Il faut voir la fameuse soirée déguisée mettant en scène des échangistes d’un autre monde pour le croire, jamais plus vous ne verrez Thor de la même manière ; ou même encore la synchronisation façon Assassin’s Creed du haut d’un château vigneron aussi soignée qu’hilarante. Lacheau ne lâche pas ses références dans le simple but d’étendre sa culture, il bichonne ce qui a construit l’homme qu’il est. Mais plus que les références qui habitent les scènes du film, l’humour qu’on y retrouve est un héritage direct du fameux slapstick qu’on retrouvait dans les productions des Z.A.Z. Alibi.com grossit les traits et rend les personnages aussi délectables que leur bêtise est immense. Nous avons affaire à des héros abracadabrants qui n’hésitent pas à se mettre dans les pires situations avec un panache dont seuls les Z.A.Z. avaient le secret. Du burlesque en pagaille, voilà de quoi est rempli Alibi.com. Et même s’il ne se montre pas aussi jusqu’au-boutiste que les productions des modèles susmentionnés, on ne boudera pas la partie de franche rigolade qui nous est réservée. D’autant que Philippe Lacheau a sérieusement digéré ses influences et parvient à calibrer ses séquences avec un sens précis du timing. Le montage est propre et sans bavure. Nous avons toujours droit à la bonne coupe au bon moment. Alibi.com démarre sur les chapeaux de roues et ne relâche jamais la pression. Le temps mort est souvent synonyme d’essoufflement, et Philippe Lacheau semble vouloir à tout prix l’éviter. Un pari osé qui aurait pu faire déverser les quantités monstrueuses de vannes dans une surdose nauséabonde qui ne se fera jamais sentir. En dépit de plusieurs gags éculés et pas toujours très fins, on en sortira avec une patate d’enfer, et c’est bien le plus important.

Le slapstick à la française vient de trouver son nouveau porte-parole et on le valide amplement !

Outre le comique outrancier prédéfini par Arruti et Lacheau, on ne peut pas ne pas parler de son casting en parfaite adéquation avec les envies de leurs auteurs. Lorsqu’on met en scène une comédie aussi absurde, il faut recruter des acteurs qui n’ont pas peur du ridicule. Si l’on n’avait aucun doute sur le trio de tête campé par Philippe Lacheau, Julien Arruti et Tarek Boudali, les véritables révélations surviennent du couple formé par Didier Bourdon et Nathalie Baye. Pour le premier, il semble retrouver la gouaille qu’il avait du temps des Inconnus. Gaffeur hors pair, Bourdon sert une Nathalie Baye prodigieuse dans un rôle à des années de ce qu’on lui connaissait jusqu’alors. Nathalie Baye est la véritable révélation d’Alibi.com. Aussi cocasse que gracieuse, la sublime Nathalie offre de superbes moments de comédie, notamment la séquence du caddie où elle excelle merveilleusement dans l’art du slapstick à l’état pur (pauvre gamin sur la plage !). Cependant, Lacheau n’hésite pas à laisser de côté sa désinvolture lorsqu’il s’agit d’harmoniser les relations entre ses personnages. Didier Bourdon et Nathalie Baye nous offrent ainsi quelques séquences d’une tendresse à la fois belle et sincère, on les croit réellement amoureux. Une beauté très vite contrebalancée par les interventions de Cynthia. Le personnage incarné par l’humoriste Nawell Madani est un condensé de marketing prenant forme sur toutes les plus grosses perles des téléréalités modernes façon Les Anges. Ainsi, la bimbo du film offre la pièce manquante à ce puzzle burlesque grandeur nature. Cynthia est à hurler de rire. D’une stupidité sans pareille, chacune de ses interventions devient mémorable. Entre ses réflexions à faire saigner un Bescherelle et son fameux clip qui défilera sur le générique de fin, elle est en passe de devenir une icône de la bêtise moderne. C’est d’autant plus terrifiant que, pris hors du contexte du film, certaines personnes de son acabit sont réellement adulées par la jeunesse actuelle (dixit Nabilla et consorts)…il y a un constat avilissant dressé par Lacheau à travers ce personnage qui est à saluer.

Alibi.com est un bonbon délectable, une comédie savoureuse qui arrive à nous faire rire de bon cœur sans jamais tromper sur la marchandise. Philippe Lacheau devient vraiment un auteur à suivre avec grand intérêt. Son cinéma est fédérateur et minutieusement calibré. Le slapstick à la française vient de trouver son nouveau porte-parole et on le valide amplement !

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

Anthony Verschueren

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