CRITIQUE : Fences


Fences

Critique du Film

Denzel Washington est-il toujours gage de qualité ? Grand amateur de films d’action, notre Denzel préféré a eu le temps d’avoir quelques boulets à sa carrière mettant à mal sa notoriété. Mais avec des titres comme Malcolm X, Philadelphia, Man on Fire, USS Alabama, American Gangster et tant d’autres, l’acteur a prouvé à maintes reprises que ces échecs n’étaient pas suffisants pour effacer ses réussites, et à l’âge de 62 ans, il montre dans Equalizer qu’il en a encore sous le capot et qu’il faudra le chahuter bien longtemps pour le faire tomber. Et le voilà qu’il se met à jouer un vieux grabataire en déclin, la bedaine voyante et opulente, dans Fences. Difficile après cela de l’imaginer pouvoir sérieusement endosser la peau du héros de Equalizer 2. Mais admettons, il n’est pas un Expendable mais en a clairement le charisme et les capacités.

A la fois devant et derrière la caméra pour sa troisième réalisation, l’égérie d’Antoine Fuqua signe une performance notable et louable. En racontant l’histoire de cet homme noir, encore bloqué dans un temps passé et profondément marqué par sa propre histoire et celle de ses frères de peau. On assiste à un homme qui se met lui-même en marge des fondements familiaux modernes avec autant de dureté qu’il en a subit.

Ce long métrage base tout son potentiel sur le discours qu'il transmet mais se perd dans des dialogues trop longs et ennuyeux qu'il ne peut éviter pour conserver l'entiéreté de sa volonté

Extrêmement long, affreusement lent et quasi exclusivement rempli de discussions, le film se perd à de nombreuses reprises dans des dialogues interminables qui n’ont pour vocation que de décrypter précisément la mentalité de Troy et de son entourage. Le film pourrait amplement s’en émanciper si ce n’était pas précisément cela qui faisait la sève même du film. En effet ce qui est intéressant c’est que nous ne sommes pas à proprement parler face à un scénario de fiction « standard ». Fences en réalité ne raconte pas une histoire comme pourraient le faire d’autres films avec la construction des personnages, l’accomplissement d’enjeux, l’évolution des caractères et tout ce qui nous habitue à décomposer un scénario en différents actes. Oui, il y a des actes dans cette histoire, oui, il y a une conclusion et oui, c’est un scénario par définition. Mais Fences raconte en réalité l’histoire universelle de la famille, celle de votre ancêtre, de votre grand-père, arrière-grand-père voire arrière-arrière-grand-père pour les plus jeunes d’entre vous. C’est l’histoire de votre ancêtre paternel, ce héros de famille dont vous ne connaissez la vie qu’à travers les contes de mamie ou de vos parents. On peut le considérer dans le personnage de Raynell, la petite fille, qui ne connaît presque pas Troy, qui ne connaît Cory qu’à travers ce qu’on lui en a dit. Raynell est le spectateur que nous sommes à qui l’on raconte l’histoire du film comme notre grand-mère nous racontait l’histoire de nos arrières grands-parents.

Ce qui fonctionne admirablement bien dans cette histoire c’est de voir à quel point sont confrontés les mentalités, les générations, les principes, les philosophies de vie, les idées et convictions et voir à quel point tout cela engendre des frictions fortes pour finalement démontrer qu’elles lient une famille comme le roc. Chaque personnage est porteur d’une volonté forgée à travers son histoire et ses convictions. Troy est un combattant noir, qui a du imposer sa place, qui doit élever une famille avec un boulot misérable, mais il s’est qu’en tant que noir, sa place ne sera jamais acquise. Ses enfants quant à eux ont échappé à cette pression de la société, seuls leur père les y a imposé. Ainsi ils vivent avec des rêves, des espoirs, des envies, et s’adaptent mieux à l’époque qui évolue et qui, même si elle n’est pas toute rose et si facile, est plus conciliante et plus attractive pour les nouvelles générations. Quant à sa femme, elle est le plus pur produit du modèle patriarcale originel, ayant sacrifié l’entièreté de sa vie pour soutenir son mari et sa famille, elle apparaît donc comme le ciment le plus solide que cette famille est capable d’offrir. Avec cette diversité d’enjeux et de personnages, notamment avec des protagonistes plus spectateurs comme Jim Bono et Lyons qui ont un impact fort sur la famille Maxson mais qui restent relativement extérieurs aux événements principaux, Fences développe de manière quasi exhaustive l’intégralité des aspects sociologiques de la vie de famille, y compris avec une dimension théologique. Sur ce point l’écriture tant des dialogues, des scènes et des personnages fonctionne parfaitement bien. On comprend tout ce que l’histoire essaie de nous dire sans difficulté. Plus difficile en revanche est d’y être réceptif ou simplement intéressé. Ces aspects parleront sincèrement à quiconque dont la famille est un sujet très important, ou qui ont des membres avec qui ils ne s’entendent plus.

Fences est un film qui ne cherche pas à stimuler des émotions mais à investir littéralement le spectateur

L’autre point important de cette histoire est le rapport entre l’histoire noire et celle des blancs. A aucun moment les personnages ou les éléments de l’intrigue ne se plaignent de la condition noire. C’est comme ça, on ne refait plus l’histoire, inutile de continuer à se morfondre, autant avancer faire avec dans l’espoir de changer les mentalités futures. Pourtant Troy ne parvient pas à constater l’évolution des mentalités au sujet de la couleur de peau et continue d’agir comme si rien n’avait changé. Un aspect un peu paradoxal qui rend le personnage plus crédible dans un discours ni vengeur ni provocateur mais profondément combattant dans le bon sens du terme. Et l’une des raisons pour lesquelles l’histoire est à la fois aussi universelle et ne cherche jamais à condamner les actes passés, c’est parce qu’elle s’applique également à nos ancêtres blancs, notamment durant les guerres mondiales, qui ont eux aussi subit une éducation ultra répressive et dure. C’est une forme de cycle éducatif qui est mis en exergue ici et qui permet à cette histoire de toucher plus loin qu’au travers du simple aspect des origines ethniques. Au lieu de potentiellement tomber dans quelques discours évident sur la considération à apporter aux gens selon leur couleur de peau, le film offre une dimension plus humaine et générale de la condition noire par rapport à la condition « blanche ». En somme, il développe un avis qui se complète sur les situations de chacun au lieu d’émettre un avis relativement négatif sur la division des communautés.

Finalement Fences est une œuvre dont la portée s’applique à un certain public. Denzel Washington profite de sa notoriété et de son aura pour étendre au maximum la portée de son discours mais ne le fait pas forcément avec énormément de subtilité. La mise en scène est correcte sans forcément proposer de grands moments ou de plans cultes, au mieux quelques belles images et bonnes idées. Et la présence des dialogues est particulièrement rebutante, obligeant le spectateur à faire un double effort pour rester concentré. Sur des films comme Lincoln ou Diplomatie, la forte présence des dialogues n’est pas trop pesante car les enjeux de fonds sont d’une importance capitale, mais dans ce film les enjeux sont limités et n’ont de portée que l’importance que l’on accorde à la famille. Un film qui fonctionnera certainement très bien en Italie. En fin de compte, Fences est un film qui ne cherche pas à stimuler des émotions mais à investir littéralement le spectateur.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Fences
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 22/02/2017 Reprise -
Réalisateur Denzel Washington Compositeur
Casting Denzel Washington - Viola Davis
Synopsis Dans les années 1950 à Pittsburgh, Troy Maxson, ancien joueur de la Negro League de baseball, est devenu éboueur. Il vit aujourd'hui avec son épouse Rose, son fils Cory et son jeune frère Gabriel, ancien soldat handicapé suite à une blessure à la tête.

Par Aymeric DUGENIE