CRITIQUE : T2 Trainspotting


Trainspotting 2

Critique du Film

Pourquoi une suite ? T2 pour faire chi** James Cameron s'étant lui aussi justifié d'avoir fait revenir presque 10 ans après les personnages d'un film culte. Ce qu'il y a de fantastique avec Trainspotting, c'est le fait que le film traverse encore le temps tel un T-800 pour conquérir de nouvelles générations. Trainspotting se partage de génération en génération tel un grand classique, car le film de Danny Boyle raconte quelque chose. Le long-métrage raconte l'ennui de jeunes écossais perdus sur une île où rien ne se passe. Pour s'échapper et s'évacuer vers l'infini et l’au-delà, l'héroïne est le seul moyen trouvé et un peu facile. Renton, Tommy, Spud et Sick Boy se piquent les veines pour oublier qui ils sont et où ils sont. Trainspotting est un film punk, un essai de révolte se penchant sur des jeunes sans avenir qui se projettent dans l'utopie de synthèse pour éviter de se crasher dans le mur. Mais chaque réveil est un crash, alors ils repartent s'allonger sur le sol d'un appartement décrépi.
Danny Boyle ne se limite pas à une jeunesse perdue, par Trainspotting, il en fait l'étude par la trajectoire que le film suit au fur et à mesure des désintox, des pertes, des combines, des virages de vie et des arnaques. Le réalisateur examine la progression de chacun et en fait une conclusion finale amère. Chacun peut s'y reconnaître, se projeter dans des personnages ésotériques, loin d'être une jeunesse caricaturale prônée par certaines autres productions naïves et bien-pensantes. Trainspotting laissait son final incomplet, une porte ouverte vers l'avenir, une nouvelle chance. 20 ans après, nous avons la réponse.

T2 – Trainspotting est la suite logique attendue, presque espérée.

La réponse offerte par T2 – Trainspotting est la suite logique attendue, presque espérée. Celle que chacun a imaginé, une déduction simple amenant Renton dans sa traversée du pont à rejoindre Amsterdam pour de nouveau planter sa vie. T2 – Trainspotting est une séance prolongée de nostalgie nombriliste dont l'observation personnelle colle parfaitement à savoir qui nous sommes, la réalité des choses découlant alors à comprendre pourquoi nous ne sommes pas où nous nous attendions être. T2 – Trainspotting agit comme une réflexion personnelle de la part de Danny Boyle. Il fait le point sur sa carrière, ses succès et ses échecs. L'auteur anglais tourne légèrement en rond depuis quelques films, de concept en concept. Il a réinventé des genres (28 jours plus tard, Sunshine), réalisé des films générationnels (Trainspotting  ; La plage) et réussis des oeuvres à part entière (Slumdog Millionnaire). Mais depuis 2010, c'est la traversée du désert. 127 heures... Trance... Steve Jobs. Des essais plus ou moins bien accueillis, un regard sur le monde et son icône via une réflexion philosophique bien aidée par un grand scénariste, en l'occurrence Aaron Sorkin pour Steve Jobs. Quid de Danny Boyle  ?

2017. Danny Boyle est passé de l’autre côté de l’Atlantique. Il a obtenu un Oscar avec Slumdog Millionaire et vient de dresser le portrait du rêve américain avec Steve Jobs. Il est « Mark Renton », celui qui repasse le pont pour revenir. Il débarque à l'aéroport d'Edimburg accueillie par de jeunes hôtesses vantant les mérites de l'Écosse. Oui Mesdames et Messieurs, ce même pays figé il y a vingt ans essaie désespérément de se développer via le tourisme et Easy Jet. Le constat est vite fait passé la lecture de la brochure. Tout est aussi figé, accroché dans un autre temps : la maison de papa et maman, le bar, les HLM.
Pourquoi T2 – Trainspotting ? Pour revenir à ses premiers amours et ses vieilles amitiés. Remonter le temps et s'apercevoir que finalement on est toujours le même. En tant que réalisateur, que personnages (Spud, Renton, Sick Boy et Franco), mais surtout en tant qu'oeuvre. Car T2 ressemble à T1. Il n'est que le prolongement logique à regarder d'une traite. Loin l'effet passéiste d'un vieux réalisateur un brin perdu dans sa carrière. Danny Boyle n’est pas passéiste, il fait le constat d'une vie et des choix pris via un monologue incroyable de lui/Mark Renton sur le fameux «Choose Life» devant la petite nouvelle Veronika. Une astuce pour faire le point, redémarrer une troisième vie et la séduire. Car finalement, ils sont loin d'être des vieux cons. Enfin...

T2 est l'amère constatation que le cinéma peut parfois renvoyer ses personnages à la triste réalité de la vie.

T2 est un renvoi permanent à T1, un nouveau chapitre qui pourrait déboucher dans 20 ans à un T3 où les personnages auraient 60 ans et plus aucune dent. Ces projections sont comme une « Auberge Espagnole » punk et trash, une variation où Renton serait une variation du Xavier de Klapisch. Un point de repère dans la filmographie de Boyle comme Antoine Doinel chez Truffaut par exemple. Avec T2 – Trainspotting, Danny Boyle ouvre un couloir tridimensionnel le projetant à ses racines, à ce qui l'a amené à être ce qu'il est. Le réalisateur reconnu, parfois attendu, avec des prises de risque permanentes. T2 est un risque incroyable. L'auteur s'en sort avec facilité et dextérité, car finalement il ne fait que reprendre une certaine logique. Il raconte en prenant légèrement base sur la suite littéraire « Porno » la même histoire, mais de quadragénaires tout aussi perdus dans la vie se retrouvant aux mêmes endroits pour une nouvelle combine foireuse. Renton, Sick Boy, Spud et Franco ne font que tourner en rond pendant deux heures pour finalement se retrouver au même point de départ amorcé il y a 20 ans. Leurs vies n'ont été qu'une fuite en avant, un enchaînement de lâcheté, de petites magouilles à la sex-tape ou un emprisonnement. Le rendez-vous est donc pris dans 20 ans avec un T3 pour constater qu'ils ne changeront toujours pas, le temps restant figé les obligeant à n'être qu'eux-mêmes, des lâches fuyant les responsabilités pour ne vivre que de petits plaisirs, et encore... T2 est l'amère constatation que le cinéma peut parfois renvoyer ses personnages à la triste réalité de la vie sans essayer vainement de nous faire croire le contraire dans des suites désobligeantes. T2 – Trainspotting assume son sort, celui de ses personnages, mais surtout celui d'un auteur qui n'est que lui-même et qui a au moins le mérite de le reconnaître.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Informations

Détails du Film T2 Trainspotting
Origine Angleterre Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Comédie - Drame
Version Cinéma Durée 117 '
Sortie 01/03/2017 Reprise -
Réalisateur Danny Boyle Compositeur Rick Smith
Casting Ewan McGregor - Robert Carlyle - Jonny Lee Miller - Kelly MacDonald - Ewen Bremner - Anjela Nedyalkova - Irvine Welsh - Shirley Henderson
Synopsis D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison. Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non. Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer. Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent. Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse...

Par Mathieu Le Berre