CRITIQUE La course à la mort de l'an 2050 (Death Race 2050)

La course à la mort de l'an 2050

Critique du Film

Qui connaît le film La Course à la Mort de l'an 2000 ? Fan de Roger Corman, de Sylvester Stallone ou de cinéma Bis/nanar baissent leurs mains  ! Non finalement plus personnes dans la salle  !
Qui connaît Death Race ? Houla c'est la cohue dans la salle avec des fans de Jason Statham et d'un film multi-rediffusé sur la TNT.

Bien avant Death Race de Paul WS Anderson (Resident Evil ; Mortal Kombat), il y eut une production Roger Corman réalisée par Paul Bartel, La Course à la Mort de l'An 2000 avec David Carradine en Frankenstein et Sylvester Stallone.
Un film d'anticipation où la voiture customisée façon Fous du Volant d'Hannah Barbera était le prolongement phallique des pilotes accompagnés de jolies donzelles. Chaque étape était alors la possibilité d'effeuillages gratuits et de tensions de mâles alphas entre Carradine et Stallone. Pierre angulaire du cinéma Bis se revoyant avec tout autant de plaisir aujourd’hui (le film vieillit bizarrement plutôt bien), le long-métrage de Paul Bartel n'avait à l'époque pas bénéficié de suite directe. Aujourd'hui l'erreur est réparée après la trilogie « remake » amorcée par Paul WS Anderson avec Jason Statham et ensuite Luke Goss.

La Course à la Mort de l'an 2050 est un hommage flagrant à ce cinéma américain purement année 70. Les voitures y prenaient une part cruciale suite notamment au succès de Bullitt et sa célèbre course poursuite ou encore French Connection. En a découlé alors tout un genre se concentrant essentiellement sur les cascades avec 60 secondes Chrono, Larry Le Dingue / Mary La Garce, La Fureur du Danger ou L'équipée du Cannonball.
Il en fallut peu que ce malicieux Roger Corman n'en profite et dégaine une sous-production exploitant le filon à fond les caisses ! Il fut produit cette fameuse Course à la Mort, pamphlet incontrôlé de Paul Bartel qui s'échine à dénoncer la folie du spectacle et la bêtise de la consommation grandissante des Américains. Assassinats de retraités, de femmes et enfants pour le gain de points de pilotes tuant tout sur leurs passages même les petits animaux. Pas besoin d'arriver premier, il faut juste à ces pilotes de tuer ses concurrents et faire le plus de victimes sur la route pour amasser le plus de points et gagner la course. Paul Bartel signe une purge bien avant James DeMonaco avec humour noir, décalage et férocité.

Sous ses airs de série B fauchée, La Course à la Mort est un nanar inesthétique prenant un certain relief par le décryptage du monde en toile de fond.

Tout cela on le retrouve dans cette suite se déroulant donc en 2050. Roger Corman a récupéré les droits de son film original espérant bien carburé sur la renommée du titre chez les bisseux. Réalisé par G.J. Echternkamp (acteur et réalisateur de documentaires), La Course à la Mort de l'An 2050 montre un monde apocalyptique dirigé par un magnat à la mèche folle. Interprété avec délectation par Malcolm McDowell, il est un président exubérant communiquant par le biais d'hologrammes à une population bête et pauvre. Les tweets ne sont pas loin et le prolongement d'une Amérique « Trump » se dégage librement de cette production fauchée et moche, mais souvent pertinente. Pertinente par le monde décrypté consommant ses loisirs via des casques VR projetant le spectateur auprès des pilotes, mais aussi par la consommation toujours aussi excessive des loisirs et du spectacle. Le sport et la mort n'ont jamais été aussi proches pour asservir le peuple à la cause d'un président élu par un bétail de veaux adeptes des promesses. L'année 2050 n'est pas si loin, dans 33 ans exactement, on ne sait jamais trop ce qui peut arriver d'ici là. Qui aurait prédit qu'un magnat de l'immobilier serait devenu président des États-Unis ou que François Hollande soit le président de la France (heureusement le temps passe vite !) ?

Sous ses airs de série B fauchée, La Course à la Mort est un nanar inesthétique prenant un certain relief par le décryptage du monde en toile de fond. Le film est certes pénible à suivre, mais rares sont les nanars avec un discours louable, une volonté réelle de se servir de sa matière pour passer un message, une projection de notre monde si l'accumulation des choix d'un peuple pour le diriger nous amène vers l'apocalypse sociale, culturelle, voire totale. On ne peut que saluer une telle prise de risque, même si on vous abstient à lancer le film dans votre lecteur. À vos risques et périls  !

Note : A louper sans aucun regret. Verdict : A louper sans aucun regret.

Mathieu Le Berre

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