CRITIQUE : Cessez-le-feu


Cessez-le-feu

Critique du Film

Acteur dans divers films et séries (notamment dans Le pharmacien de garde, Welcome ou encore Ainsi soient-ils) et scénariste pour Philippe Lioret, Emmanuel Courcol passe à la réalisation sur le tard (à 59 ans) avec Cessez-le-feu, drame sur le traumatisme vécu par les soldats après la première guerre mondiale, période relativement peu représentée dans le cinéma français.

La guerre, on la verra très peu dans Cessez-le-feu. Seulement au détour d'une scène d'introduction brutale et sanglante où la maestria du plan-séquence ouvrant le film plonge le personnage dans l'horreur la plus indescriptible. Bizarrement, la violence du Tu ne tueras point de Mel Gibson n'est pas loin dans cette séquence qui s'achève avec des éclats de mâchoire nichés dans le cou du personnage principal, Georges. Puis c'est l'accalmie, le film faisant un saut dans le temps de cinq ans. Nous sommes en 1923, Georges fuit son passé en menant une vie nomade en Afrique tandis que le corps de son frère cadet reste introuvable et que Marcel, son frère aîné vit avec sa mère, enfermé dans un mutisme psychotraumatique. Quand Georges revient en France, il n'a toujours pas trouvé le repos mais Hélène, professeure du langage des signes de Marcel, pourrait lui offrir un peu de réconfort...

Romain Duris domine de son charisme et de sa présence cette première réalisation d'Emmanuel Courcol, drame plein de subtilité sur les traumatismes d'après-guerre.

Si Cessez-le-feu a le mérite de se dérouler dans une époque qu'on ne voit guère dans un cinéma français lui préférant la seconde guerre mondiale, le film d'Emmanuel Courcol offre une impeccable reconstitution soulignée par la qualité des costumes et la beauté de la photographie orchestrée par Tom Stern, le chef-op de Clint Eastwood depuis Créance de sang. Cessez-le-Feu relate le traumatisme d'après-guerre vécu par Georges et Marcel, celui qui hante chaque soldat revenant de la guerre depuis la nuit des temps et qui s'exprime encore aujourd'hui. Fuyant les démons de l'Europe, Georges pense trouver du repos en Afrique quand bien même il traîne ses fantômes avec lui. Comment se remet-on d'un tel conflit, d'une violence aussi inouïe ? Les femmes ont quitté bien des hommes revenus du front changés et incapables de communiquer avec elles, mais comme dit Georges, on ne peut pas revenir de la guerre le sourire aux lèvres comme si de rien n'était.

Explorant alors les fêlures de ses personnages (celles de Georges mais aussi de Marcel et d'Hélène), Cessez-le-feu se construit comme un drame classique subtilement écrit auquel Emmanuel Courcol apporte une vraie sensibilité dans son refus d'être trop dans l'ostentatoire, préférant laisser les personnages s'exprimer à travers bribes. Certes, il n'évite pas quelques écueils, mais dans l'ensemble son film est une belle réussite, lucide mais pas dénué d'optimisme non plus. Avec les moyens à sa disposition, le réalisateur se montre d'une vraie délicatesse dans sa mise en scène. Romain Duris, plus charismatique que jamais, démontre une intensité de jeu quasi égale à celle de Grégory Gadebois dans le rôle de son frère muet. À ces deux rocs s'ajoute la fragilité de Céline Sallette, que l'on devine plus forte qu'elle ne le montre. Avec une certaine pudeur évitant toute sensiblerie facile et tout héroïsme mal placé, Emmanuel Courcol délivre un drame qui ne manque pas d'allure et dont on salue l'ambition tout en restant déjà curieux d'un deuxième film de la part de ce ''jeune'' réalisateur.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Cessez-le-feu
Origine France - Belgique Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 19/04/2017 Reprise -
Réalisateur Emmanuel Courcol Compositeur Non Renseigné
Casting Romain Duris - Céline Sallette - Grégory Gadebois - Julie-Marie Parmentier
Synopsis 1923. Georges, héros de 14 fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu'il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d'Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée...

Par Alexandre Coudray