CRITIQUE A Cure For Life (A Cure For Wellness)

A Cure For Life

Critique du Film

Refroidi par l'échec (injuste) de Lone Ranger au box-office, Gore Verbinski s'est montré discret depuis 2013. Son retour à la réalisation était d'autant plus attendu que le cinéaste a toujours témoigné d'un sens habile de la mise en scène, qu'il soit du côté du grand spectacle (Pirates des Caraïbes) ou d'un registre plus discret mais très codifié (son remake américain de The Ring). A Cure for Life (A Cure for Wellness en anglais) prend très vite la tournure d'un film de genre sous influence, lorgnant du côté de Kubrick, de Polanski mais aussi du Samuel Fuller de Shock Corridor.

Si la bande-annonce du film donnait l'impression de se retrouver face à un ersatz de Shutter Island, A Cure for Life s'éloigne de cette référence pour aller vers quelque chose de différent, la proposition d'un cinéma glauque et angoissant, sans concession. Le film nous raconte l'histoire de Lockhart, jeune cadre ambitieux à qui l'on confie la mission de récupérer Pembroke dans un sanatorium en Suisse. Pembroke, PDG de l'entreprise pour laquelle Lockhart travaille, doit signer un accord pour conclure une importante fusion avec un autre groupe. Pour Lockhart, il ne s'agit que d'un simple aller-retour. Mais un accident de voiture l'empêche de quitter le sanatorium. Diagnostiqué du même mal que les autres patients, des vieillards amorphes et desséchés, Lockhart est soumis au traitement de l'énigmatique docteur Volmer dont l'institut cache un lourd secret. Tout en luttant pour son équilibre mental, Lockhart tente donc de découvrir ce qui se passe vraiment dans ce sanatorium et de retrouver Pembroke...

Avec A Cure for Life, Gore Verbinski prend un malin plaisir à nous immerger dans un monde malsain, jouant sur nos peurs et sur les maux de notre société. Car Volmer, l'inquiétant médecin campé avec brio par Jason Isaacs, n'a pas tout à fait tort dans son diagnostic : la société actuelle est malade, enfermée dans une soif de réussite matérielle qui nuit au bien-être. Si le diagnostic est bon, le remède trouvé par Volmer est assez radical. On vous laisse découvrir le pourquoi du comment, mais ce qui implique de l'hydrothérapie radicale, des anguilles et des séances chez le dentiste aurait de quoi refroidir plus d'un patient. Et à force d'être entouré de gens malades, Lockhart ne peut que ressentir d'étranges symptômes. C'est tout le propos du film, reprenant le même que Shock Corridor : à force d'être entouré de fous, on peut finir par le devenir.

Avec A Cure for Life, Gore Verbinski propose un cinéma de genre ambitieux et malsain mais commet l'erreur de se reposer sur un scénario qui livre ses clés dès la première heure.

Digérant ses références, Gore Verbinski donne vie à un sanatorium plus angoissant que jamais, situé dans un endroit pourtant magnifique. Préparant chaque plan avec minutie (le tournage du film a tout de même duré 4 mois et demi), Verbinski sait s'y prendre pour faire monter l'angoisse, filmant ses décors pour les rendre inquiétants, exagérant le moindre bruit pour nous crisper. Sachant construire une ambiance et se reposant sur l'excellent Dane DeHaan pour nous faire partager les questions et les frayeurs de Lockhart, Verbinski commet cependant le tort de trop se reposer sur son scénario dont on perce les mystères au bout d'une heure. Sachant que le film dure tout de même 2h26, cela nuit beaucoup au récit, qui a tendance à se montrer répétitif dans sa seconde partie.

Lockhart a beau être un personnage qui se débat du mieux qu'il peut pour se dépêtrer des griffes du docteur Volmer, on a sérieusement du mal à s'attacher à lui à partir du moment où, avec les mêmes éléments que le spectateur, il ne parvient pas à déceler ce qui cloche dans le sanatorium. Aussi quand il découvre la vérité une heure après le spectateur, il est trop tard pour se raccrocher à lui, on se moque presque de ce qui peut bien lui arriver puisqu'il semble plus bête que nous. Appuyant trop chaque élément de son récit, A Cure for Life livre ses mystères trop vite ce qui ne serait pas si grave si le film ne se reposait justement pas sur l'effet de surprise.

Le point faible du film réside donc dans le scénario écrit par Justin Haythe (Lone Ranger, Les Noces rebelles) tandis que Verbinski donne le meilleur de lui-même pour créer une ambiance malsaine. Grand point fort du film, la direction artistique donne vite le ton tandis que la photographie met un point d'honneur à souligner toute la bizarrerie qui règne sur le sanatorium, bizarrerie renforcée par les compositions de plan choisies par Verbinski. Si le film exploite jusqu'au bout ses idées glauques sans avoir peur d'être complètement malsain, on regrettera tout de même la construction d'un récit qui aurait gagné à plus laisser le spectateur dans le noir. Reste la force de la proposition faite par le réalisateur, celle d'un cinéma de genre, original, (même pas adapté d'un roman) et sans concession.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Alexandre Coudray

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